Analyses | 4 novembre 2019

Ras le bol des Français : Comment en sortir ?

De Emmanuel Razavi
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Selon un récent sondage Ifop-Fiducial pour Sud radio et CNews, 65% des Français se disent mécontents de l’action du président de la République Emmanuel Macron. La plupart lui reproche de ne pas avoir tenu ses engagements de campagne. Si l’on regarde au delà des simples chiffres, un constat s’impose : un sentiment de ras le bol, du à une convergence de crises, s’est emparé d’une majeure partie d’entre eux.

 

Des gilets jaunes à l’affaire du voile, de la faillite du système de santé au suicide des policiers, on voit bien que la France est en souffrance, au bord de l’implosion. Qu’ils soient fonctionnaires, salariés du privé ou petits patrons, nos concitoyens ne se sentent plus entendus par leurs dirigeants, et n’en peuvent plus des leçons qui leur sont assénées à longueur de journée par une partie des élites, coupées des réalités de leur quotidien. Face à une situation que certains analystes disent pré-insurrectionnelle, aucune réponse, aucune vision, aucun projet de société n’est proposé. Nous sommes dans le vide total de la pensée politique.

Orwellisation

Il semble que seuls les lobbys minoritaires soient entendus, imposant à coups d’anathèmes leur loi aux politiques et aux médias.  Mi-octobre, à l’université de Bordeaux-Montaigne, une conférence-débat avec la philosophe Sylviane Agacinski, a ainsi été annulée à la suite de menaces violentes. Plus récemment, c’est un groupe Facebook qui a demandé à ce que soient fichés les sénateurs « islamophobes » ayant voté la loi sur l’interdiction du port du voile lors des sorties scolaires.

La liste est longue …

Comme si les minorités avaient pris le contrôle de ce que l’on a droit de dire … ou de penser, profitant de l’absence totale de réponse des pouvoirs publics. Soyons clairs : ces ‘néo-fachos’ entendent profiter du vide politique pour imposer leur dictat. Leurs disciples voudraient ainsi que l’on se définisse en fonction de son appartenance à un groupe, de sa couleur de peau, de ses orientations religieuses, voire de ses combats. Ils veulent s’immiscer jusqu’au sein de nos familles pour nous dire ce que l’on doit manger ou boire, comment l’on doit éduquer nos enfants, etc. Disons le tout net : la République n’est pas un simple espace de cohabitation entre des communautés minoritaires qui n’auraient rien à voir ensemble, et n’oeuvreraient que pour leurs propres causes. Il faut avoir le courage de s’affranchir de cette soi-disant bien-pensance oppressante, qui confisque toute forme de débat, reléguant les vraies urgences de nôtre société aux portes de l’oubli.

Des élites plus que jamais coupées des Français

Emmanuel Macron, roi du « en même temps » démontre chaque jour qu’il ne parviendra pas à insuffler un nouveau cap. Bien sûr, il n’est pas responsable de tout. Il a hérité d’une situation qui perdure depuis plus de 30 ans. Mais il est comptable de l’absence de vision de sa majorité, de son manque de profondeur sociale  surtout, de son incompréhension de ce à quoi aspire réellement la société française. En 2005, notre confrère Bernard Lecomte, ancien grand reporter à l’Express et rédacteur en chef au Figaro Magazine, mettait déjà en garde, dans son excellent ouvrage Paris n’est pas la France (JC Lattes) contre la sclérose des institutions, l’impossible décentralisation et la faiblesse des élites. A l’époque, il décrivait à quel point cette situation de rupture mettait en danger la démocratie.

Etat des lieux malheureusement prophétique.

Répondre aux vraies préoccupations des Français

On attendait de Macron un projet pour la société. Il n’a fait que poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs. A force de ne rien faire, on voit bien ce qu’il en est aujourd’hui. Entre un monde rural qui se sent abandonné, une révolution numérique à deux vitesses selon que l’on vit dans une agglomération ou à la campagne, entre la communautarisation, l’indigénisme et l‘islam radical qui fracturent nos banlieues, entre le malaise des policiers, des pompiers, des infirmières et des enseignants, le pays déprime, en a ras le bol, et va droit à l’explosion. Si le pouvoir politique veut éviter cela, il faut qu’il réponde aux préoccupations réelles des Français. Vite. En redonnant d’abord du sens à toux ceux qui contribuent, par leur travail, à faire vivre le pays. 

Il doit pour cela davantage dialoguer avec eux, les entendre, leur donner plus de moyens. Il faut aussi qu’il assume nos valeurs et notre identité. Car elles sont le socle de notre nation. Il faut enfin qu’il lance une consultation nationale sur le projet de société à mettre en place pour la France, afin de se préparer à affronter les défis des trente prochaines années.

Cela ne réglera pas tout, tout de suite. Assurément. Mais ce sera un bon début pour éviter le pire … et repartir, peut-être, du bon pied !

 

05/11/2019 - Toute reproduction interdite


Des avocats français assistent à une manifestation de protestation contre les réformes des retraites à Paris, France, le 16 septembre 2019.
Charles Platiau / Reuters
De Emmanuel Razavi

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