Édouard Freund est l’ancien directeur général en recherche et développement de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles. Spécialiste des questions climatiques pendant plus de 20 ans, ce « climato-réaliste » retraité revient pour Fild sur les conclusions et les conséquences du rapport publié par les experts internationaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : Le rapport du GIEC est plus qu’alarmant, annonçant un réchauffement de la planète qui pourrait atteindre le seuil de +1,5°C autour de 2030, dix ans plus tôt que les précédentes estimations. Est-il déjà trop tard pour agir ?

Édouard Freund : Si l’on en croit les projections du GIEC et les restrictions quant aux émissions résiduelles de CO2 autorisées, oui. Car cela signifierait une diminution (en %/an) peu plausible. Toutefois, une partie des modélisateurs officiels du climat (associés au GIEC) se demandent si les projections d’augmentation apocalyptiques des températures ne sont pas elles-mêmes un peu exagérées. On essaye d’éveiller des consciences par la peur et en démoralisant les gens, notamment les jeunes, c’est une mauvaise idée. Au lieu de leur dire « oui, il y a un problème donc il faut se mettre à l’œuvre, vous intéresser et vous lancer dans des carrières qui permettraient de faire changer les choses », on dit à notre jeunesse : « sans des mesures presque punitives et en changeant nos modes de vie, en se privant de tout, des avions aux voitures, on n’y arrivera pas ». Cela peut créer du désespoir. Finalement, beaucoup se disent que de toute façon on ne peut déjà plus rien faire, donc à quoi bon commencer maintenant ?

Fild : Le rapport du GIEC est-il accepté dans l’ensemble du monde scientifique ?

Édouard Freund : Non, ces projections ne font pas du tout consensus dans le monde de la science. C’est pour cela que des scientifiques se réunissent aussi pour émettre d’autres hypothèses de travail que celles du GIEC. Une revue fondée a d’ailleurs été publiée sur les données de températures et les conditions extrêmes dans lesquels nous allons devoir vivre dans le futur. Deux explications ont été proposées. Celle du GIEC, où les effets des gaz à effet de serre sont montrés du doigt, et de l’autre côté la variabilité naturelle du climat. Quand on remonte 2000 ans en arrière, on constate qu’il y a eu une variabilité importante du climat, avec un premier optimum à l’époque romaine, synonyme de climat plus doux et chaud. Puis un refroidissement, avant un deuxième optimum au Moyen-Âge vers l’an 1000, précédant un petit âge glaciaire ayant culminé aux alentours de 1850. C’est d’ailleurs cette date qui a été déterminée comme l’origine de la variation de températures prise par le GIEC. Les experts de ce groupe ont trié les données utilisées pour montrer que la variation actuelle de températures est vraiment anormale. D’autres scientifiques, par une nouvelle analyse de ces données, considèrent que ce n’est pas avéré. Attention ce ne sont toutefois que des hypothèses, il n’y a rien de sûr.

Fild : Quelles sont les conséquences de cette hausse des températures globales ?

Édouard Freund : Plusieurs conséquences sont déjà observables sur les êtres vivants. Pour les humains, certaines régions pourraient devenir invivables, hors climatisation, avec une conjonction de températures et de taux d’humidité élevés. Pour les animaux, on peut s’attendre à de nombreuses évolutions de la faune avec, notamment, la disparition de certaines espèces qui ne pourront pas suivre l’évolution des températures. Enfin, pour la flore et notamment la forêt, il faudra faire face à des conditions de température et d’humidité incompatibles avec le maintien de la couverture végétale actuelle. Nous assisterons à une sorte d’évolution de la forêt vers la savane, puis en steppe et en désert.

Fild : Lutter contre les émissions de gaz à effets de serre est-il le combat central à mener aujourd’hui ?

Édouard Freund : La lutte contre l’effet de serre est jugée comme prioritaire devant toute autre action, ce qui suppose d’accorder un crédit inconditionnel aux prévisions du GIEC et au consensus sous-jacent sur les effets des émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique est un phénomène naturel qui a peut-être été accéléré par l’activité humaine. Malheureusement, il apparaît que le respect de l’accord de Paris est pratiquement impossible. Il faudrait du jour au lendemain changer complètement d’énergies, de consommation. Les énergies de demain sont les énergies renouvelables, principalement l’hydraulique, l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse. Bien que contesté, le recours au nucléaire semble incontournable.

Fild : Quels sont les pays les plus affectés par le dérèglement climatique ?

Édouard Freund : Tous les pays vont être affectés par le changement climatique, avec une répartition différente des phénomènes extrêmes. Certains seront touchés par des inondations, d’autres des sécheresses ou encore des canicules. Cependant, les pays en zone tropicale semblent particulièrement menacés. Il n’y a pas besoin d’aller aussi loin pour voir les conséquences du changement climatique. L’Espagne fait déjà face à des pénuries d’eau. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il est lié en bonne partie à l’irrigation des cultures comme les fruits et légumes. Le pays s’est équipé pour lutter contre ses manques en eau, notamment grâce au dessalement de l’eau de mer. La France pourrait être le prochain pays sur la liste, avec des problèmes concernant une partie des productions agricoles et les forêts très sensibles à l’irrégularité des précipitations et la hausse des températures.

23/08/2021 - Toute reproduction interdite


Une centrale électrique alimentée au charbon est visible dans un parc industriel à Wuhai, dans la région de Mongolie intérieure, au nord de la Chine, le 7 décembre 2009.
© Jason Lee/Reuters
De Fild Fildmedia