Apparue au grand public lors de la coupe du monde 2019 de football, Megan Rapinoe s’est faite remarquer pour son militantisme. Homosexuelle assumée, l’attaquante américaine est une anti-Trump notoire qui boycotte mème l’hymne américain.

                                                               Itinéraire d’une joueuse pas comme les autres.

                                                                                   La chronique d’Antoine GRYNBAUM

6 buts lors du dernier Mondial ; meilleure joueuse de la compétition ; un Ballon d’or féminin France Football largement mérité en décembre dernier. Absente de la cérémonie au théâtre du Chatelet, Megan Rapinoe avait été dépeinte dans un reportage à l’avant-garde des luttes contre les discriminations, martelant toujours plus fort ses messages à dimension progressiste : « Faire quelque chose, ce n'est pas trop demander. Parce que si vous ne faites rien, vous faites partie du problème. Je crois que les sportives, nous devons être engagées parce que c'est notre vie. Quand je vois ma fiche de paie... Je sais que c'est des “conneries“ et je sais que c'est bien moins que ça devrait être. Et si je veux que ça change, je dois agir. J'ai vécu l'homophobie et je pense que beaucoup de sportifs masculins n'ont rien vécu d'autre que l'adulation et les félicitations. Financièrement, ils ont beaucoup à perdre mais j'espère qu'on verra plus de sportifs masculins nous soutenir, sortir de leur zone de confort ».

Directe, franche, se moquant des convenances… En cause dans son témoignage, ces footballeurs lâches dans la lutte contre l’homophobie, apeurés de prendre position sous peine de faire face à la vindicte d’un milieu ultra-viril où l’homosexualité est taboue. A lire entre les lignes également, son combat pour l’égalité hommes-femmes… Rapinoe et une trentaine de footballeuses américaines ont attaqué leur fédération pour discrimination, touchant bien moins que leurs homologues masculins. Tout un paradoxe alors qu’ils n’ont jamais rien gagné. Quadruples championnes du monde pour ces dames, un seul quart de finale de Mondial en 2002 pour ces boys.

Parmi ses autres engagements, la lutte contre les violences policières à l’encontre des afro-américains. Pour marquer son opposition, la footballeuse-militante a boycotté l’hymne américain pendant toute la Coupe du Monde 2019. Ce mouvement fut lancé par le joueur de football américain Colin Kaepernick. Il est depuis repris par un grand nombre de sportifs américains, en majorité noirs, mais aussi par une attaquante de 34 ans, née en Californie.

Avec son n coming-out assumé en 2012 - « le sport est le dernier bastion de l’homophobie » - Megan affiche un anti-Trumpisme de tous les instants depuis quatre ans. Logique entre un Président aux discours sexistes, et anti-avortement, et de l’autre une sportive qui souhaite « pousser ce “maniaque“ hors de la Maison Blanche ».

Démocrate convaincue, elle avait annoncé boycotter Trump et une réception à la Maison Blanche en cas de victoire en France l’an dernier. De retour aux Etats-Unis, quelques jours après le sacre américain, la double-championne du monde avait tenu un long discours : « On a les cheveux roses et violets, on a des tatouages, des dreadlocks. On a des filles blanches, des filles noires et tout ce qu'il y a entre les deux. Des filles hétéros, des gay (…) », avait-elle lancé survoltée, lors de son « one-woman-show » devant l'Hôtel de ville de New York. « C'est un honneur absolu de mener cette équipe sur le terrain. Je n'aimerais être nulle part ailleurs, pas même dans la course à la présidence ».

Ultime provocation d’une trentenaire qui suivra, avec tant d’attention et d’espoir, la prochaine présidentielle américaine.

19/03/2020 - Toute reproduction interdite


Megan Rapinoe avant le match USA contre Pays Bas au stade Groupama de Lyon, le 7 juillet 2019
Denis Balibouse/Reuters
De Antoine Grynbaum