Ancien grand joueur du PSG dans les années 1990 et Champion du monde 1994 avec le Brésil, Raí est aujourd’hui directeur sportif du Sao Paulo FC et Président de la fondation « Gol de Letra » qui soutient les plus précaires. Le Brésil face au coronavirus, ses conséquences dans les favelas, Paris et Neymar : entretien sans concession avec une immense star du foot qui prône l’entraide !

                                                                  Entretien conduit par Antoine Grynbaum

GGN : A quel point le coronavirus a-t-il rendu la vie plus difficile dans les favelas ?

Raí : Le virus a surtout exposé combien notre réalité sociale est perverse et malsaine, comme les conditions de vie dans les régions pauvres. Un véritable « apartheid social », sans conditions de santé et sanitaires acceptables. Les populations des favelas sont acculées, entre fossé économique et sanitaire, sur quelques mètres carrés, avec en plus dans certaines villes un système hospitalier précaire.

GGN : Comment votre association, « Gol de Letra » et le foot peuvent-ils venir en aide aux plus précaires ?

Raí : « Gol de Letra » travaille depuis 20 ans dans les favelas sur la transformation sociale à long terme. Nous développons des programmes qui s'inscrivent dans le temps : éducation, culture et sport pour l'insertion sociale. En ce moment, nous ciblons l'urgence : récolter des fonds pour les biens de première nécessité, nourriture et produits d’hygiène… On se bagarre aussi pour que l’État aide financièrement les quartiers les plus pauvres afin de mieux se protéger du virus… ce sont des zones où la mortalité est la plus importante. Nous avons d’ailleurs lancé une campagne de levée de fonds pour pouvoir fournir des paniers d'alimentation aux familles et les aider à rester confinées. En France, vous pouvez y participer à partir de ce lien : https://bit.ly/34yd3j3.

GGN : Le Brésil est-il armé (tests, gel, masques) pour limiter la contagion ?

Raí : On a trois Brésil bien différents : le misérable, le pauvre et le riche. On a tout et le meilleur pour les riches, du gel et des masques pour les pauvres, et à peine quelques masques pour les misérables. Mais le plus grand ennemi, c’est la grosse densité et le manque d’espace dans les bidonvilles.

GGN : Quelles seront les conséquences économiques pour le Brésil ?

Raí : Terribles, comme partout. Le grand défi, c’est avoir la meilleure stratégie pour perdre le moins de vies possibles, soulager le système de santé, pour repartir petit à petit. On a trop hésité, et à certains moments on n’a pas pris les meilleures décisions, donc malheureusement, on va perdre des milliers de vies supplémentaires, et derrière, mettre plus de temps à sortir de la crise sanitaire. A l’arrivée, cela signifie plus de pertes économiques dans le pays et pour le tourisme forcément, mais l’incroyable beauté du Brésil sera toujours bien présente.

GGN : Quel peut-être le rôle des politiques dans cette crise ?

Raí : Majeur. Si dans une crise normale, les leaders sont soutenus par un bon système politique, dans une gigantesque crise comme celle-là, avoir de grands leaders politiques est indispensable.

GGN : Trouvez-vous normal que les joueurs du PSG n’aient pas baissé leur salaire dans les mêmes proportions que les joueurs du Barca (70%) et de la Juventus (30%) ?

Raí : Écoutez, la réalité nous impose de négocier, surtout quand il y a des gens dans le besoin… Et encore plus quand cela peut mettre en danger d’autres salariés, leurs emplois. Après, les négociations se font au cas par cas, mais la solidarité, c’est presque une obligation dans ce type de situation, tout en respectant l’équilibre économique d’un club.

GGN : Vous qui avez connu Paris vivante et dynamique, cela doit vous faire mal de la voir morte et déserte ?

Raí : Mais ça va revenir ! Et cela peut servir de parenthèse pour repenser nos relations humaines, et donner de la vraie valeur à la liberté et à la vie sociale. Valoriser encore plus l’histoire de cette ville incroyablement belle !

GGN : Quel peut être le rôle de Neymar et des plus grands sportifs brésiliens dans la reconstruction du pays post-Covid ?

Raí : Tout est encore trop récent. Difficile de mesurer la profondeur des dégâts. Mais il y aura surement plein de choses à faire... Peut-être pourra-t-on penser à des actions et des mouvements collectifs de grands sportifs. Ce serait l’idéal, même si cela sera toujours complexe à mettre en place.

10/05/2020 - Toute reproduction interdite


Le joueur de football brésilien à la retraite Rai Souza Vieira de Oliveira pose avec le prix qu'il a reçu lors des Laureus World Sports Awards 2012, au centre de Londres, le 6 février 2012.
Paul Hackett/Reuters
De Antoine Grynbaum