Interviews | 18 mai 2021
2021-5-18

Rachel Khan : « Il y a une détestation de la France et de ses principes fondamentaux »

De Fild Fildmedia
4 min

Rachel Khan est l’une des figures de l’universalisme républicain. D’origine gambienne et française, l’auteur de Racée (Éditions de l’Observatoire, 2021) lutte contre les dérives identitaires d’une partie de la gauche. Régulièrement insultée sur les réseaux sociaux, elle n’a de cesse de dénoncer le racisme et la haine de ceux qui se veulent aujourd’hui antiracistes.

Entretien conduit par Marie Corcelle.



Fild : Quelles menaces font peser les nouveaux antiracistes sur les valeurs républicaines ?

Rachel Khan :
Je voulais parler des discriminations dans mon livre. Dire qu’elles étaient répandues au sein de l’extrême droite, ce n’était pas très intéressant, car cela a déjà été fait ! On me reproche souvent de ne pas critiquer cette partie de l’échiquier politique, mais on sait déjà très bien de quoi il est question. Le nouvel antiracisme est bien plus insidieux. Il a une détestation de la France et de ses principes fondamentaux, notamment universalistes. Il a un rapport au réel biaisé, en faisant croire qu’on est dans un racisme d’État et systémique. Cela tue la société, dans la mesure où ça la déchire. Cette idéologie est faite pour construire une opposition entre les uns et les autres en fonction de la race des individus. Donc c’est complètement l’inverse du tissage et du métissage de la société.

Fild : Peut-on dire que ce nouvel antiracisme est une autre forme de racisme ?

Rachel Khan :
Ce n’est pas une forme de racisme, c’est du racisme tout court. Quand on vous dit qu’en fonction de votre couleur de peau vous devez avoir une manière de penser qui doit aller à l’encontre des principes républicains, de l’universalisme et contre la société, c’est du racisme. Quand on vous dit que vous devez accepter les réunions non-mixtes parce que vous êtes noir, et que si vous ne le faites pas, vous êtes un traître… C’est un racisme d’une violence inouïe ! Dans le discours des indigénistes et des woke, tous les principes démocratiques et de l’État de droit sont bafoués : le dialogue est impossible et la liberté de pensée est inexistante. Il y a des libérations de la parole qui sont validées, mais pas d’autres. C’est de la domination. Ces militants pointent du doigt le patriarcat, le colonialisme, les discriminations, mais ils reproduisent tout cela ! On a une véritable colonisation woke qui émane des États-Unis. On ne peut pas se dire décolonial quand on est dans une démarche colonialiste. Ce sont des incohérences notoires.

Fild : Que répondez - vous à ceux qui prétendent que le racisme anti-blanc n’existe pas ?

Rachel Khan
: C’est tout simplement une phrase raciste. La question des dominations, de l’esclavage et de la colonisation a eu lieu depuis la nuit des temps ! Entre les blancs avec les Slaves, entre les noirs avec le Maghreb et l’Afrique noire… Dire que ce racisme anti-blanc est inexistant, c’est profondément mal connaître l’espèce humaine qui est intolérante.


Fild : Du fait de votre engagement, vous êtes victime de menaces et de harcèlement. Comment faites-vous pour tenir ?

Rachel Khan :
Pour pouvoir tenir, il faut avoir une pensée claire et une construction.
Je collabore beaucoup avec des psychologues sur l’utilisation des mots et du langage. C’est un travail sur le fond qui permet de résister : les woke disent précisément l’inverse de ce qu’ils veulent nous faire croire, ce qui fait partie de leur stratégie d’influence et d’humiliation. Je reçois des messages de haine en permanence, mais aussi des messages de soutien qui sont fabuleux. J’ai reçu un énorme élan de solidarité récemment, et j’ai beaucoup de retours positifs sur mon livre. Je ne suis pas isolée. Ces gens sont heureux de pouvoir parler librement sans se faire systématiquement taxer de fascistes. Ils sont de droite, de gauche, de tous milieux. Ce sont des Républicains issus de toutes les familles politiques, qui ont la même pensée et les mêmes valeurs fédératrices.


Fild : Ces mouvements antiracistes sont-ils amenés à perdurer et à s’établir durablement au sein de la société française ?

Rachel Khan :
En France, nous sommes le dernier bastion de résistance à ces idéologies, et je pense que nous allons tenir. Il y a trop d’incohérences dans les discours et idées de ces mouvements identitaires. On est quand même le pays de la pensée, de la création, doté d’un patrimoine puissant. Et surtout, en France, on adore se révolter et s’insurger ! C’est peut-être grâce à ce caractère-là qu’on va tenir.

Fild : Le modèle d’assimilation français a encore de l’avenir ?

Rachel Khan :
L’assimilation, ça s’apprend. On croit à tort qu’elle va vous faire perdre vos origines et va vous faire perdre de vous-même. C’est faux, elle permet de s’émanciper.
C’est un plus, pas une négation de l’individu, on ne remplace rien. Le but est de tout mettre en œuvre pour se dépasser, pour faire mieux que ses parents.


Fild : Quelles solutions seraient à mettre en place pour tenter d’endiguer cette vague de communautarisme ?

Rachel Khan
: Il y a un travail qu’on n’a pas fait sur l’égalité territoriale et la justice sociale.
Il faut tenter de rattacher certains territoires à l’ensemble de la société. Je vois énormément de jeunes qui sont ignorés depuis toujours. Beaucoup de ces enfants sont livrés à eux-mêmes, et tombent ainsi plus facilement dans le communautarisme.
J’ai eu la chance de pouvoir vivre dans un milieu familial très aimant. Il y avait de la transmission, de l’éducation et de la culture : ce n’est pas donné à tous les enfants. Parce que dans certaines familles, la transmission ne se fait pas. Je milite en permanence pour des interventions longues, tout au long de la scolarité des enfants : sur nos principes, nos valeurs, notre Histoire… Le contre-discours doit être puissant dès l’apprentissage de l’écriture, dès le plus jeune âge, pour apprendre à résister à ces idéologies dogmatiques.


13/05/2021 - Toute reproduction interdite


"Racée" par Rachel Khan
© Editions de l'Observatoire
De Fild Fildmedia