Le Figaro et La Lettre A ont récemment publié des articles à charge sur le moteur de recherche Français Qwant. Ce dernier pourrait pourtant bien finir par s’imposer dans l’Hexagone et en Europe, face à l’hégémonie du géant américain Google. Le PDG du groupe, Éric Léandri, s’interroge sur une tentative de destabilisation, et met les choses au point. Entretien. Par Charles Thomé (avec Emmanuel Razavi)

Quelle est votre réaction suite à l’article à charge du Figaro ?

Le Figaro a écrit un article le 3 juillet qui parle des 5 dernières années de Qwant, mais qui ne parle pas du tout de ce que l’on a fait cette année, de nos produits, de nos réussites, de nos perspectives. Ils publient un article en juillet 2019 pour évoquer un « truc » qui s’est passé en 2013, et une panne de serveur de 2017. Je n’avais que 100 serveurs à l’époque, contre 500 aujourd’hui. Le Figaro reconnaît qu’il y a une infrastructure, mais sous-entend que celle-ci ne doit servir à rien. Alors à quoi servent mes 500 serveurs ? Ils permettent à nos 160 collaborateurs de travailler, d’indexer le web et de poursuivre notre développement. Toujours selon le Figaro, je cherche depuis l’année dernière à lever de l’argent pour nous développer encore. J’ai signé pour une obligation convertible le 17 avril 2019, et non l’année dernière. Nous sommes début juillet. Vous considérez que c’est beaucoup, 2 mois et demi pour lever 30 millions d’euros ? (…) Nos actionnaires nous soutiennent ! L’État nous soutient également, et a annoncé vouloir ‘’basculer’’ les administrations sur Qwant. Nous ‘’basculons’’ des banques, des entreprises, des régions (9 sur 13), des académies avec Qwant Junior (11 sur 17). Notre accélération est énorme, nos nouveaux produits cartonnent ! De tout cela, il n’y a aucun mot dans Le Figaro. Doit-on appeler cela une tentative de déstabilisation de la part d’un journal que j’apprécie et que nous estimions très sérieux ?

Est-il vrai que vous payez trop vos collaborateurs ?

Les salariés qui sont visés par les articles ne sont même pas ceux qui sont payés le plus. Nous avons de nombreux ingénieurs rémunérés à la hauteur de leur talent. Et du talent il y en a chez Qwant ! En face de moi, j’ai Google, Facebook et d’autres. Si mes salariés travaillaient chez eux, ils seraient payés beaucoup plus. (…). A ce sujet, notre actionnaire, la CDC, remplit parfaitement son rôle et nous challenge sur ce sujet et sur bien d’autres. Mais à qui profite cette controverse ? C’est pourquoi je porte plainte contre X pour la diffusion de ces informations confidentielles. Il faut quand même avoir envie de nous nuire pour téléguider ce genre de manœuvre. Une chose est sûre : les talents sont les bienvenus chez QWANT.

Cherche-t-on à vous abattre ?

Qwant a sorti Maps, notre service de cartographie et Masq, un système qui permet de conserver les données personnelles sur l’ordinateur du client. En Allemagne, en Argentine et même sur le site d’Al Jazeera, des grands médias en ont parlé. Dans Le Figaro, après une enquête de 3 semaines, ils n’ont pas vu passer Maps ? Autre point commun entre Le Figaro et La Lettre A… Ils n’ont appelé personne de chez Qwant. On a insisté pour que Le Figaro vienne voir les serveurs, les ingénieurs, tout ce qu’ils veulent. Ils sont venus. Mais ils n’ont rien voulu voir. Ils ont malheureusement préféré passer 3h30 à reprendre les arguments mensongers de nos détracteurs. Nos portes restent néanmoins ouvertes et je reste disponible pour répondre à toutes leurs questions.

La Lettre A nous explique que vous travaillez conjointement avec Microsoft ?

Oui, c’est vrai, et nous l’avons annoncé. A Paris, le numéro 2 de Microsoft, Jean-Philippe Courtois a annoncé avec le ministre du numérique Cédric O qu’ils étaient là pour aider Qwant à avoir plus de puissance et augmenter notre capacité d’indexation du Web en Europe et accélérer notre croissance.

Quelle est votre relation avec les pouvoirs publics ?

J’ai rencontré 3 présidents différents. M. Sarkozy avant qu’il s’en aille, M. Hollande avec qui je suis allé au Brésil, et M. Macron lorsqu’il était ministre des finances. Tous trois étaient intéressés par ce que nous faisions. N’est-ce pas à ce niveau-là que Google, Facebook et les autres arrivent aussi à s’imposer ? Je ne devrais pas faire de lobbying et laisser les autres prendre le marché ? Cela fait 4 ans que Qwant est testé par la DGE - Direction Générale des Entreprises - pour vérifier que c’est un bon produit (…). Comme Google paye pour être par défaut dans le navigateur, celui-ci était installé sur tous les ordinateurs de l’État il y a quelques années, car le référentiel général de sécurité s’arrête au navigateur. La concurrence faussée, c’est Google. Pas Qwant ! Nous nous battons juste pour avoir le droit d’exister, et pour que l’Europe ait le droit d’avoir un moteur de recherche qui intègre les valeurs européennes, et c’est une bonne nouvelle !

Que pensez-vous des GAFA ?

Leur position ultra dominante fait qu’ils ne veulent plus accepter d’avoir la moindre concurrence. Pourquoi est-ce que j’ai intenté un procès devant l’Europe ? C’est juste pour avoir le droit d’être installable sur Chrome et d’exister sur Android dans le Play Store. Je veux juste que le marché s’ouvre (…) Tout cela n’est pas de bonne guerre ! Lorsque vous avez 95% du marché, comme eux, vous êtes en situation de monopole et dans ce cas-là, vous n’avez pas le droit d’en abuser. Si vous êtes condamné à 6,6 milliards d’euros, c’est que vous abusez de votre situation de monopole !

Croyez-vous qu’un « Google Français » puisse réellement voir le jour ?

Non. Google, c’est 1 000 ou 2 000 entreprises rachetées. Ce que nous proposons, c’est un service de recherche, un service de cartographie qui ne vous trace pas, un service qui garde vos données et qui protège votre vie privée, avec bientôt un service de mail et de drive. Google, c’est 1 000 fois plus de choses. Qwant ne va pas remplacer les fonds d’investissements de Google. Nous ne faisons ni de téléphone portable, ni de voiture volante. Je crée un moteur de recherche. Mais est-ce qu’avec notre moteur de recherche, on peut concurrencer Google ? La réponse est oui !

Comment les informations concernant Qwant sont-elles parvenues à la presse ?

J’ai des employés qui ont des choses à dire lorsqu’ils partent. Ce sont toujours les mêmes. Ils sont deux(...). En 9 ans, j’ai eu 2 Prud’hommes. Lors du premier, j’ai perdu 1€, et lors du second, la personne a été déboutée de tout. Ce qui est incroyable, c’est que l’on nous calomnie à ce point. Car les gens finissent par y croire. Si on se bat pour faire vivre Qwant, ce n’est pas pour la vendre ni pour la brader. Je vis le projet totalement avec mes 160 collaborateurs qui font Qwant. Ils travaillent énormément, font un boulot de très haut niveau, imaginent des solutions techniques « monstrueuses », et on leur crache lâchement au visage... Ce n’est pas acceptable. Je ne suis pas d’accord et je ne me laisserai pas faire d’autant que notre croissance est top, les chiffres sont très bons, et que nous allons réussir !

11/07/2019 - Toute reproduction interdite


Capture d'écran de Maps, le service de cartographie de Qwant
De GlobalGeoNews GGN

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