Analyses | 22 avril 2018

Quels sont les risques sécuritaires à Istanbul ?

De Jade Ouvrard
3 min

Bien qu’Ankara soit la capitale administrative de la Turquie, Istanbul est la capitale économique et culturelle du pays, et la sécurité de la ville est un enjeu primordial pour le gouvernement turc. Istanbul est la plus grande ville turque, recouvrant 5300 km2 et abritant 14 millions d’habitants. Il s’agit de la 5ème ville la plus peuplée intramuros dans le monde. Quels sont les risques sécuritaires à Istanbul ? Analyse.

En 2016, la Turquie a été frappée quinze fois par des attentats, dont six attaques qui ont visé Istanbul. Quatre de ces attaques ont été attribuées à l’Etat islamique, qui a pendant cette période représenté la plus grande menace sécuritaire. Les cibles de ces attaques étaient des lieux emblématiques de la ville, comme la très fréquentée rue Istiklal et la touristique esplanade de Sultanahmet, où s’élèvent la Mosquée bleue et la basilique Sainte Sophie. Il est indéniable que les lieux culturels et populaires d’Istanbul demeurent aujourd’hui exposés aux attaques, mais il est nécessaire de préciser que depuis la déroute de Daech en Irak et en Syrie, le risque est affaibli. L’Etat islamique se replie sur lui-même, et la menace terroriste en Turquie n’émane plus principalement de lui.

Aujourd’hui, ce sont les groupes armés kurdes radicalisés, qui revendiquent l’indépendance du Kurdistan, qui représentent le plus grand risque terroriste à Istanbul. Deux « ennemis » ont été identifiés par le régime : le PKK, bras armé de l’opposition kurde, reconnu par la Turquie, l’UE et l’OTAN comme une organisation terroriste, et les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), groupe issu d’une dissidence du PKK. Une trêve avait été établie en 2013 entre le gouvernement et le PKK, qui avait eu pour effet la suspension du conflit et de la vague d’attentats. Mais alors que le parti politique kurde, le HDP, avait obtenu des sièges à l’assemblée lors des élections législatives de juin 2015, le président Erdoghan a nié cette victoire en organisant de nouvelles élections. La même année, le cessez-le-feu entre le PKK et les autorités turques a été rompu. L’électorat turc a ensuite accordé à Recep Tayyip Erdoghan les pleins pouvoirs grâce à un référendum organisé en 2017. Les opposants kurdes au régime ont été arrêtés et emprisonnés au cours des purges organisées par les autorités, et les partisans de l’autonomie kurde n’ont plus voix au chapitre, sous peine de sévères sanctions. Par conséquent, il y a des risques que le PKK se radicalise davantage et entame une nouvelle vague d’attaques contre le régime. Istanbul pourrait ainsi devenir une cible privilégiée.

Les mesures prises par le gouvernement turc

Afin de pallier ces risques, le gouvernement a mis en place des mesures sécuritaires. Le 19 janvier 2018, l’état d’urgence a été reconduit sur l’ensemble du territoire pour une durée de trois mois. La ville d’Istanbul est au cœur des mesures de sécurité : les effectifs de police, qui ont considérablement augmenté en Turquie depuis 2016, sont omniprésents. Les patrouilles surveillent de façon permanente les lieux stratégiques de la ville, et les aéroports ont également renforcé leurs procédures de sécurité. Istanbul n’a pas connu d’attentats depuis le 1er janvier 2017, et le tourisme a repris, même si le public a évolué : les Européens sont désormais moins nombreux que les touristes iraniens, russes et saoudiens.

Recommandations du Ministère des Affaires Etrangères

En cas de voyage à Istanbul, le ministère recommande toutefois une prudence renforcée lors des déplacements, en particulier dans les lieux de forte affluence et les quartiers touristiques mentionnés précédemment. Il est préconisé d’éviter les rassemblements, de se tenir à l’écart des postes de police et des bâtiments officiels pouvant constituer des cibles, et de respecter les consignes des autorités locales. En outre, il est recommandé de s’inscrire sur Ariane avant un départ en Turquie.

20/04/2018 - Toute reproduction interdite.


Un membre des forces spéciales de la police monte la garde au sommet d'un bâtiment alors que le président turc Tayyip Erdogan prononce un discours lors d'une cérémonie à Istanbul, en Turquie.
De Jade Ouvrard

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