Economie | 28 juin 2018

Quels sont les intérêts de la Chine en Grèce?

De Elisa Rullaud
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En 2016, l'entreprise chinoise Cosco a racheté 67% du port du Pirée, pour 368,5 millions d'euros. Plus grand port de la Méditerranée en nombre de visiteurs, le Pirée est l'emblème de la stratégie chinoise d'entrée sur les marchés européens. Une stratégie aux visées économique et géopolitique. Par Elisa Rullaud

Depuis une dizaine d'années, la Chine multiplie ses investissements en Grèce. En mai 2017, les deux pays ont signé un plan d'action 2017-2019 pour promouvoir la coopération économique bilatérale. La Chine y a présenté ses futurs projets d'investissements.

La majorité concerne les secteurs de l'énergie, les infrastructures de transport, la construction, le tourisme, les télécommunications et les énergies renouvelables. C'est le cas de l'entreprise Shenhua, le plus grand producteur de charbon de Chine, qui a signé un accord avec le groupe grec Copelouzos pour l'acquisition de 75 % des actions de quatre parcs éoliens.

L'économie grecque, qui a du mal à attirer les investisseurs étrangers, trouve donc des intérêts à ces accords.

Ces investissements s'inscrivent dans le vaste plan de privatisation des entreprises grecques exigé par les bailleurs de fonds de la Grèce. Même si l'intérêt de la Chine pour la Grèce ne date pas de la crise - l'entreprise chinoise de télécommunications Huawei s'allie par exemple avec le grec OTE en 2005 – la crise de la dette grecque a certainement contribué au rapprochement entre Athènes et Pékin. A l'occasion de la crise, la Chine a cherché à décrocher les premiers contrats avec la Grèce ; la régulation souple et la baisse du salaire minimum, notamment, ayant rendu les investissements plus attractifs.

Ces stratégies d'investissements ont plusieurs objectifs, et s'inscrivent dans le déploiement d'une « nouvelle route de la soie » avec le projet phare « une ceinture, une route » de Xi Jinping. Il ambitionne de relier la Chine au Proche-Orient, à l'Afrique et à l'Europe, à la fois par la terre et par la mer.

Selon Mary-Françoise Renard, responsable de l'Institut de Recherche sur l'Economie de la Chine (IDREC), « la Grèce occupe une position géographique stratégique pour la Chine puisque c'est la porte d'entrée en Europe ». L'investissement dans les infrastructures de transport comme le Pirée, secteur dans lequel la Chine a de forts avantages comparatifs selon la chercheuse, marque le point de passage de la route de la soie maritime à la ceinture terrestre. Ce qui signifie pour la Chine une réduction des coûts de transport et l'amélioration de l'accès et de la présence sur le marché européen, et plus spécifiquement dans le sud de la Méditerranée.

Mais ce partenariat peut aussi avoir des implications politiques : la Chine a trouvé un potentiel allié au sein de l'Union Européenne. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a par exemple en juin 2017 mis son veto sur une déclaration commune des Etats membres de l'Union Européenne devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies. Ce communiqué devait condamner les abus du régime chinois. De même que dans le débat européen en cours sur le contrôle des investissements étrangers (et notamment chinois), la Grèce se retrouve dans une position délicate en défendant une certaine flexibilité.

29/06/2018 - Toute reproduction est interdite.


China's Vice-Premier Zhang Dejiang poses with crew members of a Chinese cargo ship during a visit at Piraeus container port near Athens June 16, 2010.
De Elisa Rullaud

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