Analyses | 6 août 2018

Quelles sont les causes des flux migratoires vers l’Union Européenne ?

De Elisa Rullaud
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Dans les discours politiques européens, la question migratoire est présentée comme « un problème » à résoudre. Un arsenal de lois a été déployé par les gouvernements de l’Union Européenne pour contrôler les flux migratoires qui se sont intensifiés depuis 2015. Une réponse insuffisante qui occulte les causes du « problème » ainsi que les relations entre politiques européennes et mouvements migratoires. Par Elisa Rullaud 

D’après l’OIM, en avril 2018, les principaux pays européens qui enregistrent des arrivées de migrants sont la Bulgarie, Chypre, la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Parmi les 59 167 migrants qui ont atteint l’Europe depuis janvier 2018, par la Méditerranée ou par voie terrestre, une grande majorité provient de Syrie (plus de 20%), d’Afghanistan ou d’Irak selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ils sont également originaires de la Corne de l’Afrique (Somalie, Soudan du Sud, Erythrée…), d’Afrique de l’Ouest (Nigéria, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali…) et d’Afrique du Nord (Tunisie, Libye, Egypte…).

La destination principale au sein de l’Union Européenne est l'Allemagne, qui en 2016 a déclaré plus d’un million d’arrivées. Cette même année, 445 000 demandes d'asile y ont été approuvées. Le pays est suivi par le Royaume-Uni qui a enregistré l’arrivée de 589 000 migrants, puis l'Espagne (414 700), la France (378 100) et l'Italie (300 800). Mais la grande majorité de ces migrants n'est pas accueillie par les pays européens mais par les pays frontaliers des zones de guerre, majoritairement au Proche et au Moyen-Orient, comme le Liban (plus de 1,2 millions) ou la Jordanie (744 000).

Des facteurs d’immigration multiples

Tous ne sont pas des réfugiés politiques et ce terme même est insuffisant pour recouvrir la réalité du phénomène. Or, ce ne sont pas que des raisons politiques qui les poussent à prendre le chemin de l’exil, les causes des migrations sont multiples. Il est juste de rappeler également que le phénomène migratoire dans sa globalité comprend les migrations liées au travail temporaire ou saisonnier, aux études ou au regroupement familial.

Selon un rapport du IARAN (Inter-Agency Regional Analysts Network), les autres causes peuvent être classées en quatre catégories : « l'insécurité induite par l’intervention armée d’acteurs non étatiques, l’incapacité des gouvernements à assurer un développement économique minimum, la répression politique et l'autoritarisme, les catastrophes naturelles exacerbées par un manque de résilience ». La majorité des migrants arrivant en Europe fuit un conflit endémique (Syrie, Irak ou Afghanistan), des guerres civiles (Soudan du Sud), une forte répression (Erythrée) ou des Etats en situation de faillite (Somalie).

D’après certains chercheurs, les motifs d’ordre écologique pourraient aussi gagner en importance, avec les migrations dues à l’avancée des déserts, la pénurie d’eau ou les inondations. Pour Alice Baillat, chercheuse à l’« Observatoire défense et climat » de l’IRIS, le changement climatique ne serait pas à l’origine des migrations mais aurait un effet aggravant en provoquant des tensions pour l’appropriation des ressources naturelles ou des conflits armés.  En Syrie, par exemple, une grave sécheresse a provoqué des mouvements de populations vers les principales villes entrainant un boom démographique, une flambée des prix des loyers, du chômage et des pressions sur les produits de base. C’est un des facteurs du déclenchement des révoltes populaires de 2011.

Quant aux facteurs « pull », c’est à dire les effets d’attraction, « ils sont en soi rarement des causes de migrations de masse » mais « jouent un rôle important dans le choix du lieu où chercher refuge » selon le politologue Jochen Hippler.

Une responsabilité des politiques européennes ?

La responsabilité des dirigeants européens dans ces mouvements migratoires n’est donc que peu liée à l’effet d’attraction mais à divers autres facteurs analysés par Felix Braunsdorf dans sa publication « Les causes des migrations dues aux politiques « Made in Europe ».

Il y fait état des relations complexes qui lient les politiques européennes et les mouvements migratoires, provenant la plupart du temps de pays anciennement colonisés. En effet, la plupart des interventions militaires menées par les puissances occidentales dans des pays comme la Somalie, l’Afghanistan, l’Irak ou la Libye ont contribué à la déstabilisation de régions entières. Tout comme le soutien apporté à des régimes répressifs tels que ceux de Mouammar Kadhafi et Bachar Al-Assad. L’analyse met aussi en lumière les dangers liés à l’exportation d’armes européennes, largement utilisées lors de conflits, qui n’en sont certes pas la cause mais entrainent une escalade de la violence et son prolongement. Plus généralement, les accords commerciaux et politiques économiques conclus avec des régions moins développées sont souvent déséquilibrés et bénéficient peu aux populations locales.

 

 

17/07/2018 - Toute reproduction interdite 


Des migrants écoutent le discours de bienvenue après avoir été secourus par l'organisation SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières lors d'une opération de recherche et sauvetage (SAR) avec le navire de sauvetage MV Aquarius en mer Méditerranée,
De Elisa Rullaud

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