Jean-Pierre Perrin, ancien Grand Reporter du quotidien Libération, analyse la stratégie américaine envers l'Iran. 

Ce 6 juillet 2017, parmi les invités à un grand rassemblement de l'Organisation des Moudjahidine du peuple (OMP), qui se tient à Paris, on remarque à la tribune des invités un certain John Bolton. L'homme, qui fut l'ambassadeur américain auprès des Nations Unies sous George W. Bush, n'est plus rien. Aussi, l'événement passe-t-il inaperçu. Et son discours plus encore. Pourtant, les propos qu'il tient sont des plus durs : il annonce tout simplement que « la politique déclarée des États-Unis devrait être le renversement du régime des mollahs à Téhéran » et promet même que le prochain congrès de l'OMP « s'y tiendra en 2019 ». C'est ce même John Bolton qui est, depuis le 9 avril, le conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale.

Cette nomination, parmi d'autres, a un sens. Elle signifie que le président américain a opté pour une stratégie dite du regime change. On savait déjà, depuis l'entrée en fonction de Trump, que la politique de la main tendue au régime iranien chère à Barack Obama, était close. Cette dernière cherchait à obtenir une évolution en douceur du régime et avait permis la signature de l'accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015. On découvre à présent que la nouvelle politique américaine est celle du poing dressé. Ce n'est donc pas seulement une stratégie de containment mais de déstabilisation que l'administration va chercher à mettre en place. John Bolton en serait l'artisan, avec à ses côtés, Mike Pompeo, l'actuel chef de la CIA et futur secrétaire d'Etat, lui aussi ardent adversaire du gouvernement iranien.

Pourtant, on sait que Trump n'aime guère le Moyen-Orient – il lui préfère l'Asie où il prévoit que se dérouleront les grandes batailles économiques de demain. Ce désamour, il ne cesse de le montrer – il répète vouloir « sortir » les forces américaines de Syrie, où les enjeux sont néanmoins considérables. Mais comme ses meilleurs amis sont Israël et l'Arabie Saoudite, tous deux féroces adversaires de Téhéran, il ne peut guère que se rallier à eux. Cette politique du régime change tourne autour de quatre axes :

- Neutralisation de la poussée militaire iranienne en Syrie en direction d'Israël.

- Asphyxie économique de la République islamique.

- Appui à tout mouvement d'opposition au régime.

- Soutien à la mise en place d'un axe stratégique qui serait notamment constitué par Israël et l'Arabie saoudite.

On peut donc s'attendre à ce que les Etats-Unis sortent du Joint Comprehensive Plan of Action [JCPOA, l'accord de Vienne – ndlr] d'ici au 12 mai, en rétablissant l'ensemble des sanctions contre le régime iranien. Dans son communiqué du 12 janvier, Trump a été très clair : il ne prolongera plus la suspension des sanctions, comme il l'avait fait jusqu'alors.

Cette nouvelle stratégie aura évidemment un lourd impact sur toute société occidentale tentée par le marché iranien. En fait, elle l'a déjà : selon une étude du think tank International Crisis Group, qui a interrogé 60 dirigeants d'entreprises multinationales européennes et asiatiques, 79 % ont reporté leurs prévisions d'investissements sur le marché iranien au cours des deux dernières années et 83 % d'entre eux estiment que si les États-Unis réimposaient leurs sanctions, les entreprises seraient réticentes, voire très réticentes, à investir et travailler en Iran.

Le régime iranien a d'ores et déjà bien compris la menace. On le sent inquiet : les ultras sont devenus beaucoup moins critiques à l'encontre de l'accord sur le nucléaire signé par le président Rohani. Et dans le Golfe persique, les vedettes rapides des gardiens de la révolution qui, habituellement, pratiquaient une forme de harcèlement des bâtiments américains en tournant autour, se montrent beaucoup plus discrètes.

19/04/2018 - Toute reproduction Interdite


Un homme regarde une émission télévisée du discours du président américain Donald Trump, à Téhéran, en Iran, le 13 octobre 2017.
De Jean-Pierre Perrin