International | 1 avril 2020

Quel avenir pour le « Deal du siècle » de Trump ?

De Roland Lombardi
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Présenté la semaine dernière, le plan de paix israélo-palestinien de Donald Trump prévoit une solution à deux États avec un État palestinien et l'éventualité d'une reconnaissance officielle de Jérusalem-Est comme capitale, un investissement de 50 milliards de dollars pour cet État et un échange de territoires. Analyse de Roland Lombardi

Certes, ce n'est qu'un plan, une base pour les négociations qui vont dès lors commencer. Mais celles-ci vont être très compliquées. Dès l'annonce officielle de Trump, l'Autorité palestinienne et le Hamas ont rejeté catégoriquement ce projet. En Israël, une partie de la droite refuse déjà l'éventualité d'un État palestinien et d'autant plus avec Jérusalem-Est comme capitale ! Tout comme certaines clauses, méconnues par ceux qui critiquent le plan Trump mais qui ne l'ont pas lu, et qui concernent le don de 3 territoires israéliens à la "Palestine" (au sud de la Cisjordanie et de Gaza, dans le Néguev), la libération de prisonniers palestiniens ou encore l'éventuelle interdiction de la prière juive sur le mont du Temple...

Concernant le Hamas, à Gaza, son refus est logique. L'organisation islamiste palestinienne veut la disparition pure et simple d'Israël ! Quant à Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, il a clairement et officiellement annoncé son opposition. Il ne peut pas accepter la souveraineté d'Israël sur la vallée du Jourdain (terres les plus fertiles de la zone) prévue. Toutefois, il est fort probable que ce dernier ne recherche qu'à faire monter les enchères. Un bon négociateur commence toujours sa tractation par un "non" faussement catégorique ! Il joue également la montre, en misant sur la victoire de Benny Gantz en mars prochain (l'ancien général de Tsahal serait plus ouvert que Netanyahou). A moins qu'Abbas espère la défaite de Trump aux prochaines élections. Mais dans ce cas, ce serait une erreur. Car si Trump n'était plus là après novembre 2020, ce serait un retour au statu quo et pire, il n'y aurait alors plus de meilleure occasion pour un nouvel accord à l'avenir.

Paradoxalement, et nous venons de le voir, seul Trump est capable d'imposer des concessions à l'État hébreu. Car même imparfait, à la lecture des 181 pages du projet, force est de reconnaître qu'il est très sérieux. D'autant plus qu'il y a des points que les Palestiniens peuvent encore négocier et sur lesquels les Israéliens seraient susceptibles de faire des compromis supplémentaires. Notamment sur le statut définitif du futur Etat palestinien et de sa capitale, ou encore au sujet des échanges et partages de territoires en Cisjordanie (70 % aujourd'hui aux Palestiniens dans le plan Trump alors que dans le plan Olmert de 2008, par exemple, 93 % leur étaient alloués !).

La paix est-elle possible et qui la veut vraiment ?

Les négociations seront donc longues et difficiles. Quatre ans sont prévus pour celles-ci. Tout dépendra de l'élection de mars en Israël, et de la présidentielle américaine de novembre 2020. Comme évoqué plus haut, en cas de défaite de Trump, les chances d'un accord s'éloigneront. En Israël, si Netanyahou est réélu, il aura du mal à négocier car sa coalition de droite sera très fragile. Par contre si Benny Gantz est vainqueur, nous pouvons être optimistes. En effet, l'ancien chef d'état-major de Tsahal est un pragmatique. Auréolé de sa crédibilité militaire acquise sur les champs de bataille, il peut être légitimement l'homme idoine pour négocier un véritable accord gagnant-gagnant. Les militaires israéliens (à l'image de Gantz et de tous les officiers généraux qui le suivent) sont peut-être les seuls, avec Trump (qui veut entrer dans l'Histoire !) et bien sûr la majorité des peuples israélien et palestinien, à vouloir vraiment la paix.

D'autres espèrent encore que les Palestiniens se révéleront fidèles à leur tradition « de ne jamais manquer une occasion de manquer une occasion ». C'est tout le drame de cette région. Encore trop d'acteurs ne veulent pas la paix. Il suffit d'écouter les réactions dans les médias depuis plus d'une semaine - qui n'auraient été certainement pas les mêmes si Obama avait été l'instigateur du projet -. Nombreux sont ceux qui souhaitent que Trump échoue. L'establishment américain, les Démocrates, les néocons... feront tout pour faire capoter son plan.

En Europe, certains aimeraient bien que les tensions demeurent. Car en cas de paix, ils n'auraient tout simplement plus de griefs envers Israël ! Au niveau régional, un tel accord, même s'il sera toujours condamné, couperait beaucoup d'herbe sous les pieds du radicalisme palestinien (mais aussi israélien) et de tous les extrémistes du monde arabe (Frères musulmans, salafistes et jihadistes). Comme sous ceux de la République islamique d'Iran (et donc du Hezbollah), dont la lutte contre l'État « sioniste », sera toujours sa principale « carte de visite » dans le monde sunnite. Ainsi, pour certains politiciens israéliens et palestiniens, le conflit est un fonds de commerce très rentable, et pas que sur le plan politique...

Sans parler de certains leaders arabes qui, grâce au formidable « dérivatif » que représente la « cause palestinienne » (mais dont ils se sont toujours moqués en réalité), occultent ainsi à leur population, les difficultés socio-économiques de leurs propres pays et surtout leur impéritie à les régler...

Quel avenir pour ce « deal du siècle » ?

Quoi qu'il en soit, en dépit de ses menaces actuelles, Abbas - ou son successeur - sera obligé de revenir à la table des négociations. Il est seul et plus isolé que jamais. Tant sur le plan intérieur qu'extérieur. Son rapprochement de circonstance avec le Hamas ne durera pas. Washington finira de couper toutes ses aides financières aux Palestiniens. L'Iran et la Turquie sont les seuls à soutenir Abbas, mais nous connaissons leurs grandes fragilités internes... De même, la Ligue arabe a elle aussi rejeté le plan Trump. Mais que pèse-t-elle aujourd'hui ? Ses 22 membres sont très divisés, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres...

Les deux grands parrains de l'Autorité palestinienne, l'Égypte de Sissi et l'Arabie saoudite de MBS, ont fait partie des négociations secrètes durant ces deux dernières années. A n'en pas douter, les pressions de Riyad et du Caire sur Abbas se feront de plus en plus fortes. Même le Qatar, dernier grand argentier d'Ankara et du Hamas, n'est pas foncièrement hostile au projet. Le roi de Jordanie, « gêné » par sa population (composée à 70 % de Palestiniens) très sensible sur cette question, finira lui aussi par accepter ce plan. La Jordanie a trop besoin des Etats-Unis. Comme d'ailleurs le Maroc, Oman, Bahreïn, les Émirats arabes unis, qui ont déjà reconnu le « deal » de Trump comme « positif » !

Et puis ne soyons pas dupes, certains diplomates palestiniens n'ont jamais rompu totalement les pourparlers avec les Américains ni même avec les Israéliens !

Quant aux Russes, comme cela a déjà été le cas, ils conseilleront discrètement à Abbas de revenir négocier avec les Israéliens. N'oublions pas que Poutine aurait tout intérêt à ce que Trump soit réélu...

04/02/2020 - Toute reproduction interdite


Des Palestiniens protestent alors que la fumée s'élève des pneus en feu avant l'annonce du président Donald Trump de son plan de paix au Moyen-Orient, longtemps retardé, dans la ville de Gaza le 28 janvier 2020
Mohammed Salem / Reuters
De Roland Lombardi

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