Economie | 24 septembre 2018

Quel avenir économique et politique pour le Kurdistan Irakien ?

De Myriam Benraad
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Le 25 septembre 2017, la tenue d’un référendum sur l’indépendance au Kurdistan irakien n’avait pas été sans conséquences pour l’économie de cette région autonome. D’aucuns suggéraient qu’en désirant la sécession politique, les Kurdes braderaient leur indépendance économique. En quelques jours, les territoires disputés du nord, sous le contrôle du Gouvernement régional kurde (GRK) depuis de longues années, étaient ainsi brutalement repris par l’armée irakienne. Un an plus tard, la situation s’est partiellement stabilisée, les investissements ont repris, bénéficiant d’un accord de cessez-le-feu respecté entre peshmergas (combattants kurdes) et forces régulières. Or les populations des principaux centres urbains (Erbil, Soulaymaniyya) continuent de souffrir de la réaffirmation de l’influence de Bagdad dans leurs zones. Des défis de taille, relatifs à l’avenir du Kurdistan irakien à l’échelle du pays et du Moyen-Orient, se profilent à moyen et long terme. Les autorités kurdes seront-elles en mesure d’y répondre et d’offrir un environnement favorable aux investisseurs étrangers ? Analyse de Myriam Benraad

Rappelons que le retour de l’armée irakienne dans les provinces septentrionales s’est traduit par la perte d’une ville absolument stratégique pour les Kurdes : Kirkouk. Elle est en effet la seconde la plus riche en hydrocarbures d’Irak, dotée de 8,7 milliards de barils de réserves. Avant 2017, Kirkouk était un poumon financier pour le GRK et sa perte a donc signifié un rétrécissement des extraordinaires revenus que l’exploitation de ses champs de pétrole généraient – 98 % du budget du GRK en dépendaient. Les répercussions de ce basculement, conjuguées à la chute mondiale des cours du brut, se font d’autant plus ressentir qu’après avoir placé Kirkouk sous leur coupe en 2014, au moment où les jihadistes proclamaient un « État islamique » à Mossoul, le GRK a cessé de développer ses propres infrastructures de production. Les Kurdes, de plus, pourtant endettés à hauteur de plus de 17 milliards de dollars, n’ont jamais défini de véritable stratégie de diversification de leur économie locale en vue de réduire leur dépendance énergétique. Fin 2018, la compagnie pétrolière russe Rosneft devrait donc commencer à opérer au GRK malgré les virulentes objections formulées par Bagdad.

Dans ces circonstances, l’aide apportée par le GRK aux populations civiles dans une région par ailleurs touchée par un chômage structurel, se sont également amoindries. La corruption est endémique et la transparence des institutions absente en dépit des promesses régulières de l’actuel Premier ministre kurde, Nechirvan Barzani. Enfin, au terme de son combat contre l’État islamique, le GRK continue d’accueillir dans ses frontières plus d’un 1,8 million de déplacés internes et de réfugiés syriens dont le sort demeure inconnu. Des élections parlementaires sont prévues pour le 30 septembre, première étape décisive depuis les lendemains désastreux du référendum (fermeture des frontières, blocage des exportations pétrolières, du trafic aérien) et la démission, le 1er novembre 2017, de l’ancien président Massoud Barzani. Ce scrutin pourrait-il mettre fin à la crise politique et institutionnelle qui mine le GRK ? Pour l’heure, au terme d’un consensus entre partis dominants (PDK et UPK), les Kurdes ont d’ores et déjà proposé la candidature de Barham Saleh à la présidence nationale et tentent, en parallèle, d’ouvrir un nouveau chapitre de détente avec leurs voisins turcs et iraniens.

20/09/2018 - Toute reproduction interdite


Une flamme s'élève d'une cheminée du champ pétrolier Taq Taq à Arbil, dans la région du Kurdistan irakien, le 16 août 2014.
De Myriam Benraad

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