International | 23 avril 2019

Que veut vraiment Trump au Moyen-Orient ?

De Roland Lombardi
3 min

Loin des clichés habituels, le Géopolitologue Roland Lombardi revient sur le projet politique de Donald Trump au Moyen-Orient.

Donald Trump est en perpétuelle campagne électorale ! Son point de mire est bien sûr sa réélection.

Avec Israël, par exemple, en reconnaissant la souveraineté de l’Etat hébreu sur le plateau du Golan, il envoie un message aux groupes de pression pro-israéliens comme l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le plus influent des lobbies israéliens aux Etats-Unis, où, ne l’oublions pas, les grands donateurs sont très présents. Toutefois, plus les gestes faits par le Président américain envers l’Etat hébreu (déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, fin des aides financières aux palestiniens…) seront importants, plus les concessions que devra faire « Bibi », seront difficiles (solution à deux Etats, statut définitif de Jérusalem, échanges de territoires...). Trump veut en fait son « deal du siècle », pour des raisons électorales, mais surtout pour son prestige personnel, afin d’entrer dans l’histoire.

Avec l’Iran, il ne veut pas déclencher un nouveau conflit dans la région, et il faudrait vraiment une grave crise pour mettre le feu aux poudres. En dépit des apparences et de ses manœuvres politiciennes pour atténuer les attaques de l’establishment américain qui veut clairement sa peau, il ne veut pas la chute du régime iranien. Sa sortie de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et les sanctions économiques contre Téhéran n’ont pour objectif que de mettre la République islamique à genoux et la forcer à négocier un nouvel accord. D’ailleurs, la porte reste ouverte puisqu’il se dit prêt à rencontrer le président Rohani à tout moment…

Ainsi, malgré la victoire en Syrie, l’Iran n’a plus les moyens de ses ambitions. Certes, le régime reste solide. Mais les sanctions n’ont fait qu’accentuer les problèmes socio-économiques, la chute de la valeur monétaire et surtout le mécontentement populaire. La mauvaise gestion et la corruption des autorités sont vivement critiquées comme les différentes interventions extérieures (Syrie, Irak...). En Syrie, malgré les déclarations arrogantes des Gardiens de la Révolution, Israël, avec l’aval russe, continue de frapper les bases et les troupes iraniennes comme celles du Hezbollah (toujours sans représailles...). Les Russes, qui sont les derniers « partenaires » de poids de Téhéran, ne veulent pas non plus d’une influence iranienne trop grande dans la région.

Du côté de l’Irak, rappelons que de hauts dignitaires et responsables politiques chiites sont reçus à Riyad et que dernièrement, certains se sont même rendus en Israël.

Une politique du pire n’est donc pas raisonnable pour l’Iran. Au contraire, pour préserver tous les bénéfices de leur victoire en Syrie, les responsables iraniens, pragmatiques, se résigneront sûrement à revenir à la table des négociations avec Trump.

D’autant plus que l’actuel locataire de la Maison Blanche est totalement hostile à tout nouvel interventionnisme ou ingérence américaine. Trump l’a maintes fois affirmé depuis des années : il est contre les regime change et nation bulding dont on a vu les désastreuses conséquences. C’est d’ailleurs cette position qui l’a rendu aussi populaire. Pour lui, l’aventurisme passé n’a créé que le chaos, et a coûté beaucoup d’argent pour de piètres résultats.

Afin de se tourner sereinement vers l’Asie, une stabilité de la région est indispensable pour Washington. En définitive, sauf incident grave, la volonté du réaliste Trump de se retirer du Moyen-Orient (Syrie), finira à terme par se concrétiser. Et ce, au grand dam de nombreux groupes influents faisant partie de l’establishment américain, en guerre ouverte avec l’ancien businessman new-yorkais. D’où les entreprises de sape de certains, pour nuire à une normalisation des relations russo-américaines.

Un « désengagement » américain accompagné d’un « Yalta régional » avec la Russie, semblent alors inéluctables. Surtout que Trump, ignare en géopolitique mais qui a retenu les recommandations de certains stratèges américains, sait pertinemment que face au géant et grand rival de demain, à savoir la Chine, il n’est vraiment pas judicieux d’entretenir les tensions avec la Russie, et encore moins de la pousser à se rapprocher de Pékin.

Reste juste à savoir si Trump gagnera ou non son duel avec l’establishment américain...

 

24/04/2019 - Toute reproduction interdite


Le président américain Donald Trump s'adresse aux troupes américaines lors d'une visite inopinée à la base aérienne d'Al Asad, en Irak, le 26 décembre 2018.
Jonathan Ernst/Reuters
De Roland Lombardi

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