« L’opposition, ça s’oppose » disait François Mitterrand. Un homme de droite « qui avait appris à parler à gauche » disait Guy Mollet. Et à neuf mois de la présidentielle, on peut supposer que la droite parlementaire et ses candidats plus ou moins déclarés, entre atermoiements, renoncements et reniements, a d’ores et déjà sabordé une partie de ses chances pour la prochaine présidentielle tant elle s’est montrée « Macron compatible ».

La chronique de Philippe David.

 

Revue d’effectifs. Le 4 juin, quatre jours après le vote de la loi instituant le pass sanitaire, Philippe Juvin qualifiait celui-ci « d’indispensable condition de la liberté ». Le 7 juillet, cinq jours avant les annonces d’Emmanuel Macron, Xavier Bertrand déclarait lors d’une interview : « Je souhaite que l’on développe beaucoup plus vite le pass sanitaire. Pour dire à ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, et pas seulement les soignants, qu’ils ne peuvent pas nous mettre en risque. Et que s’ils font le choix de ne pas se faire vacciner, alors ils doivent savoir qu’ils n’auront pas la même liberté que les autres ». Vendredi 23, Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, annonçait au gouvernement : « on va vous accompagner sur le pass sanitaire » avant de voter le projet de loi. Lundi 26, toujours lors d’une interview, Valérie Pécresse a affirmé que « bien sûr, elle aurait voté la loi sur le pass sanitaire ». Le 11 juillet, Michel Barnier allait encore plus loin en prônant la vaccination obligatoire pour tous. Pas de traces de déclarations de Laurent Wauquiez sur le sujet. Un silence qui pourrait être d’or au moment de la primaire, la plupart des militants LR ne souhaitant pas n’avoir pour seule différence avec la majorité que deux lettres à la fin du nom de leur parti. Bref, « l’opposition ça s’oppose »… ou pas…

Mais ces ralliements à la majorité, outre les questions de personnalités, sont encore pires pour LR du point de vue idéologique et programmatique pour les échéances électorales à venir.

Pendant des décennies, les valeurs de la droite se résumaient à deux choses : la Nation et la Liberté, auxquelles on pouvait ajouter la souveraineté populaire pour la droite bonapartiste d’où venait le fondateur de la Vème République. Que reste-t-il à la droite de ces valeurs ?

La Nation ? Elle a depuis Maastricht été remplacée par l’Europe, une Europe rejetée par les Français le 29 mai 2005.

La souveraineté populaire ? Elle a été piétinée en 2008 lorsque cette même droite, avec l’appui de la gauche, a voté le traité de Lisbonne, rappelant aux français le célèbre aphorisme de Coluche « la dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours ».

La Liberté ? Elle a été abandonnée ce weekend par la majorité des parlementaires LR qui ont décidé en votant le pass sanitaire - outre de faire un magistral cadeau au gouvernement - de prendre une décision qui pourra ressembler à un suicide politique en cas d’absence de son ou sa candidate au second tour la présidentielle.

Un ou une candidate qui devra faire un programme en faisant abstraction de la Nation, de la souveraineté populaire et des libertés pour ne pas paraître aussi cynique que ceux qui nous promettaient il y a moins de deux mois que « le pass sanitaire ne s’appliquerait jamais aux lieux de la vie quotidienne ».

Que reste-t-il à la droite pour faire un programme ? Vaste programme !

26/07/2021 - Toute reproduction interdite


Manifestation contre les restrictions imposées par la France pour lutter contre l'épidémie de coronavirus sur l'esplanade des Droits de l'Homme , place du Trocadéro à Paris, le 24 juillet 2021.
© Benoit Tessier/Reuters
De Philippe David