Société | 18 avril 2020

Quand le foot business vient en aide aux plus précaires

De Antoine Grynbaum
min

Des projets de soutien vers les plus démunis et le personnel hospitalier initiés par certains clubs et des footballeurs voient le jour. Gros plan sur Mathieu Bodmer, ancien joueur du PSG et de Lyon, évoluant désormais à Amiens, footballeur engagé depuis des années et à l’origine d’"Unis Pour Evreux", sa ville natale. Par Antoine Grynbaum.

A l’origine, un constat dressé par Mathieu Bodmer et tant d’autres actuellement : avec la crise du coronavirus, les personnes distribuant les repas aux plus démunis ont disparu. Plus de bénévoles, ni de personnes âgées appelées à rester confinées. Et une idée, une initiative du joueur d’Amiens : récolter plus de nourriture pour des familles en besoin d’aide alimentaire, et acheter blouses, gels, gants, thermomètres pour le personnel médical d’Evreux. Au total, 60 000 euros récoltés par le footballeur, une partie venant de lui, le reste via des sportifs ayant fait des dons à l’instar du Champion du monde 2018 Ousmane Dembélé et des frères Mandanda.
« Il était urgent, primordial de faire quelque chose », avoue d’entrée Bodmer. « Vous savez, quand les organisations d’aide alimentaire (Secours populaire, Manches retroussées…) reçoivent l’argent le mercredi, elles vont à la banque alimentaire le jeudi, et le jeudi soir, les gens mangent… Il y a aussi des couches pour les enfants ; les gens sont reconnaissants, nous envoient des vidéos pour nous remercier, des mails avec de gentils messages ».
Une question au-delà de cette belle initiative, autour de la crise du Covid-19 : les footballeurs doivent-ils redonner une partie de leur salaire afin de venir en aide aux hôpitaux, centres médico-sociaux, et dans le développement de la recherche ? Pour Guy Lefrand, Maire d’Evreux et médecin urgentiste « le plus important, c‘est la solidarité globale ». En ce moment, il y a beaucoup de discours très “techno“, et personnellement, je préfère l’action telle qu’elle est menée sur la base du volontariat, à l’image de Mathieu Bodmer ». Et l’idée d’obliger les footballeurs à redistribuer ? Mon sujet, c’est que les actionnaires des grandes entreprises ne touchent pas de dividendes cette année. Ne jetons pas l’opprobre sur une catégorie en particulier (les joueurs) ».

Le foot business peut-il revoir son train de vie ? Y aura-t-il un avant et un après Covid ? Peut-on pousser le sport d’élite à financer encore plus le sport d’en bas ? « Pas mal de choses vont changer, au niveau des salaires, du montant des transferts », assure Bodmer. « Et oui, j’aimerais bien que le foot occupe une place plus importante dans le social. Quand j’ai repris le club d’Evreux il y a quelques années, on s’est lancé dans un projet : suivre la scolarité de 750 licenciés, avec du soutien scolaire au club, que les enfants soient le moins possible dans la rue. Si les notes scolaires n’étaient pas bonnes, les petits ne jouaient pas le week-end… Et on s’est aperçu qu’ils se comportaient bien mieux à l’école ».
L’ascenseur social footballistique peut jouer à plein. Bodmer en est l’exemple, ayant grandi dans le quartier le plus difficile d’Evreux, il fut récompensé à l’époque par l’Elysée et Nicolas Sarkozy pour son investissement. Par le biais d’une  cagnotte  « Leetchi » ouverte à tous, un tirage au sort avec 100 lots à gagner se tiendra à la Mairie d’Evreux, parmi lesquels des maillots de Messi, de Neymar ou de Tony Parker, pour aider tous ceux qui sont en 1ère ligne contre le virus, et notamment le médecin - Maire d’Evreux.
« Il y a quelques jours pendant ma garde, j’ai recommencé à soigner des gens qui s’étaient blessés en faisant du sport, et je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’interdire une activité sportive en journée (allusion faite à l’interdiction de jogging à Paris de 10H à 19H). Le sport est un défouloir, qui permet de mieux gérer cette crise, il est synonyme d’espoir », appuie l’homme de droite (LR) qui connaît d’importantes difficultés pour se procurer des masques… « On a repassé une commande de 200 000 masques pour Evreux, faute d’avoir été fourni par l’Etat. Certains sont enfin arrivés cette semaine, d’autres dans les 8 -10 jours qui viennent », précise-t-il.
Dans ce combat commun, face aux lourdeurs administratives d’un état jacobin et bien trop centralisé, Guy Lefrand pourra toujours compter sur son footballeur SOLIDAIRE, Mathieu Bodmer, qui pendant des années a reversé 20% de son salaire au club de football d’Evreux… Un joueur attaché à sa ville, à l’idée d’une société moins libérale, et où l’argent du football viendrait soutenir des zones délaissées par les politiques. Que son initiative serve d’exemple.


19/04/2020 - Toute reproduction interdite


Unis pour Evreux
De Antoine Grynbaum

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don