International | 12 mai 2019

Quand la diplomatie française s’embourbe dans le sable libyen

De Roland Lombardi
2 min

Le Géopolitogue Roland Lombardi analyse le positionnement diplomatique de la France quant à la  situation en Libye

 

En Libye, on reproche à l’Etat français de soutenir secrètement le maréchal Haftar. Un double-jeu qui hérisse. En effet, durant les presque huit années du chaos libyen (dont nous sommes en grande partie les principaux responsables pour avoir, sous la pression de certains philosophes, chercheurs et journalistes, confondu les notions de morale privée et de morale publique, si chères à Richelieu), nos gouvernants successifs, comme la communauté internationale d’ailleurs, ont fait le mauvais choix de soutenir mordicus une « solution démocratique ». Option totalement inapplicable et aberrante pour qui connaît réellement le poids des tribus de ce pays sans véritable tradition étatique. Ce fut donc le « gentil démocrate » de Tripoli, Fayez el-Sarraj, qui eut les faveurs occidentales. Or, ce dernier ne représente en définitive que lui-même. Mais il est soutenu par les milices jihadistes les plus virulentes et surtout par les Frères musulmans libyens qui sont, on le sait, les poulains de la Turquie d'Erdogan et bien sûr  de nos chers amis - investisseurs - qataris... Devant les réalités du terrain, mais surtout face à la pression migratoire et au danger du terrorisme, nos autorités se sont toutefois résolues à lorgner du côté du « méchant dictateur » en puissance, le maréchal Haftar, qui commençait par ailleurs à engranger les succès tant militaires (contre les islamistes) que diplomatiques (avec les tribus) ...

Certes, la diplomatie est l’art de maintenir le contact et de dialoguer avec tout le monde, même avec nos pires ennemis, (et pas en coupant les ponts comme nous l’avons fait lamentablement en Syrie avec Assad), mais c’est aussi décider, trancher, faire des choix, et les assumer !

Vladimir Poutine puis Donald Trump, eux, ont choisi : ce sera le « futur dictateur » soutenu par l’axe égypto-émirati, certes symboles des contre-révolutions arabes, mais surtout à la pointe de la lutte contre l’islam politique !

Du côté de Paris, on l’a vu ces derniers jours, devant les révélations sur notre soutien très discret à l’homme de Tobrouk, c’est l’hésitation, la tergiversation voire la gêne qui sont de rigueur. Nous semblons ne plus savoir qui soutenir... Pathétique ! Le président Macron a même reçu très récemment Sarraj à l’Elysée en catastrophe. Peut-être peut-on y deviner la main de certains lobbyistes de Doha très présents dans la capitale française ?

Quoi qu’il en soit, ce nouvel épisode libyen nous discrédite une fois de plus.

Sun Tzu a écrit : « On n’entreprend jamais une action qui ne répond pas aux intérêts du pays ».

Alors que politique interne et géopolitique s’imbriquent et se confondent désormais, il faut que nos dirigeants prennent rapidement conscience que l’angélisme, le sentimentalisme idéologique et les demi-mesures au sujet du terrorisme, de l’islam politique ou des réfugiés sont suicidaires.

Notre seule sécurité et un co-développement gagnant-gagnant, ambitieux, sérieux et surtout efficace devraient alors représenter la colonne vertébrale d’une diplomatie réaliste, claire et cohérente que nous devrions mettre en place le plus rapidement possible.

Malheureusement, pour entreprendre ce genre de révolution copernicienne, il ne faut pas de simples gestionnaires à la petite semaine, mais plutôt de vrais hommes d’Etat. Le souci, c’est que pour l’instant, sur les bords de Seine, je n’en vois pas...

 

13/05/2019 - Toute reproduction interdite

 


Des membres de l'Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Khalifa Haftar, se préparent avant de quitter Benghazi pour renforcer les troupes avançant vers Tripoli, à Benghazi, en Libye le 13 avril 2019.
Esam Omran Al-Fetori / Reuters
De Roland Lombardi

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