Environnement | 9 juin 2021
2021-6-9

Quand l’écologie de l’extrême pollue la planète

De Fild Fildmedia
8 min

Smart cities, villes connectées, usage des réseaux sociaux, éoliennes … Les aménagements proposés par les écologistes, qu’ils soient élus ou militants, partent d’une noble intention : celle de réduire la pollution de la planète et ainsi limiter les impacts du dérèglement climatique. Mais derrière les idées, la réalité du terrain est souvent bien différente des discours tenus et relayés sur internet ou lors de campagnes électorales. Ceux qui rêvent en vert ne seraient-ils pas les pollueurs de demain ?

Enquête de Alixan Lavorel et Marie Corcelle 

Depuis leurs prises de fonctions, à la suite de la vague verte qui a déferlé sur la France lors des élections municipales de mars et juin 2020, les élus écologistes enchainent les bourdes. Souvent davantage maladroits ou inexpérimentés que réellement adeptes de la polémique, force est de constater que ces-derniers flirtent parfois avec le dogmatisme. Comment penser le contraire lorsque certains dans leurs rangs avancent que « l’aérien ne devrait plus faire rêver les enfants » ? * Cette petite phrase est symptomatique d’une « écologie de l’extrême », prônée par des élus ou des militants verts qui ont le vent en poupe, notamment auprès de la jeunesse.

L’une des idées mises en avant par les écologistes ces dernières années est celle de la Smart city, ou ville intelligente et connectée. C’est le cas de Grenoble. La métropole iséroise – onzième de France avec près de 450 000 habitants, ndlr – a lancé depuis plusieurs années un projet de ville connecté baptisé Great, pour GREnoble Alps Together. « Le travail de la smart city, c’est avant tout de mettre en place un écosystème grenoblois de l’innovation et de la high-tech au service d’applications intelligentes pour le développement territorial » explique Florent Cholat, conseiller métropolitain en charge du développement numérique et de la gestion des données. Il poursuit : « L’idée, c’est d’accompagner les acteurs locaux vers une métropole plus durable. Que ce soit au niveau des mobilités, de l’énergie ou de la qualité de l’air qui est un sujet particulièrement important à Grenoble. C’est un ensemble de petits projets qui visent à améliorer la qualité de vie dans nos territoires ».

En 2025, le stockage de données pourrait consommer 20% de l'électricité de la planète

« Il est encore tôt pour dire si les villes connectées seront une fausse bonne idée » selon Rodolphe Krawczyk, ingénieur depuis 40 ans et créateur du blog L’Usine Nouvelle, spécialisé dans les nouvelles technologies. « Le bilan global est loin d’être écologique quand on regarde les quantités d’énergie que vont consommer ces installations » s’inquiète-t-il. En effet, selon plusieurs études, les besoins énergétiques des villes intelligentes seront colossaux d’ici 5 à 20 ans. En 2016, les data centers - ou centres de données, des infrastructures composées d’un réseau d’ordinateurs utilisés pour organiser, traiter et stocker de grandes quantités d’informations, ndlr – consommaient déjà davantage d’électricité au niveau mondial que toute la Grande-Bretagne. Pour la même année, le site spécialisé Climate Home News estimait que ces centres étaient responsables de 2% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les prévisions ne font qu’empirer : en 2025, ce pourcentage serait évalué à 3,2% et grimperait jusqu’à 14% des émissions mondiales de CO2 en 2040, soit autant que les États-Unis aujourd’hui. D’ici quatre ans, le stockage de données pourrait consommer 20% de l'électricité de la planète.

Étonnant, donc, pour une métropole comme Grenoble – élevée au troisième rang des villes dont l’air est le plus pollué de France, ndlr – de soutenir un projet qui ne fera qu’empirer la situation dans les prochaines années. « La consommation énergétique des serveurs est une vraie problématique », reconnait Florent Cholat. Il tempère en ajoutant que ces initiatives lancées au sein de Great « ne génèrent pas énormément de flux de données » par rapport à ce qu’elles peuvent rapporter via la baisse de la consommation d’énergies fossiles. À observer, notamment, dans certains bâtiments de la ville : « La chaleur produite par un data center qui se trouve à Grenoble sert par exemple à chauffer des immeubles à proximité. La sobriété énergétique est un sujet que l’on doit traiter dans le même temps. Il ne s’agit pas de dire ‘‘on va faire dans le tout technologique’’. Si tel était le cas, nous aurions de vraies difficultés à atteindre nos objectifs de réduction des émissions de particules fines, tout en augmentant la consommation énergétique au niveau global », explique le conseiller isérois.

Des projets déjà tués dans l’œuf ? Difficile à dire. Certaines cités ont déjà abandonné leurs idées de villes connectées comme Toronto au Canada où un projet mené par Google a été abandonné en mai 2020. Mais dans le même temps, d’autres initiatives voient le jour, selon Rodolphe Krawczyk : « La société Toyota est en train de préparer une ville connectée pour ses employés – baptisée Woven City (ville tissée) aux pieds du mont Fuji au Japon, ndlr -. C’est intéressant car cette ville sera l’occasion de voir tous les travers et les points positifs d’une ville 100% connectée. Ce n’est pas une idée catastrophiquement mauvaise, il faut soutenir le progrès et les avancées technologiques. En revanche, ce serait mentir de dire que c’en est une excellente qui va résoudre tous nos problèmes ».

Des activistes sur les réseaux aux habitudes pas si écolos ?

Plus de onze millions d’abonnés sur Instagram. Cinq millions de followers sur Twitter. Trois millions et demi de j’aime sur Facebook. Ces chiffres impressionnants sont ceux des différents comptes qu’utilisent Greta Thunberg sur les réseaux sociaux. La jeune militante écologiste suédoise, adepte des manifestations relayées sur internet via des centaines d’images captées par des smartphones, est-elle un exemple à suivre ?

Les études concernant la fabrication des mobiles sont édifiantes et tendent plutôt à dire l’inverse. Selon un guide conçu par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) et France Nature Environnement publié en 2017, il faut réaliser quatre fois le tour du monde pour créer un smartphone. Selon ces associations, « l’exploitation des mines – dont les métaux sont extraits pour la fabrication des téléphones de dernières générations, ndlr - conduit notamment à la destruction d’écosystèmes et à de multiples pollutions de l’eau, de l’air et des sols ». Mais si la planète souffre, elle n’est pas la seule dans ce cas. Le dur labeur dans ces pays flirte parfois avec l’esclavagisme et l’exploitation des travailleurs. Selon l’UNICEF, plus de 40 000 enfants travailleraient dans des mines du sud de la République Démocratique du Congo. Beaucoup sont exploités dans des mines de cobalt et de coltan (colombite-tantalite), des minerais stratégiques que l’on retrouve dans les batteries et les condensateurs des smartphones. Chaque année, des enfants meurent ou sont mutilés dans les effondrements de tunnels ou de murs dans les mines congolaises. Il est toutefois très compliqué d’avancer des chiffres précis quant à ce phénomène qui impacte des jeunes souvent âgés de moins de 18 ans.

Les réseaux sociaux participent également massivement au réchauffement de la planète via des émissions de gaz à effet de serre. D’autant plus qu’en 2020, les confinements ont poussé les gens à passer de plus en plus de temps devant leurs écrans.

Les géants de la VOD et de la vidéo en ligne comme YouTube ou Netflix y ont particulièrement contribué. Avec 935 milliards d’heures sur les plateformes de streaming vidéo, les internautes ont augmenté leur temps de visionnage de 40 % par rapport à l’année 2019, et de près de 65 % sur deux ans. Selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Bristol, une heure passée devant Netflix rejette l’équivalent de 100g de CO2, soit autant qu’un climatiseur en marche pendant 40 minutes. Dans le même cas de figure, et selon d’autres calculs, une heure de streaming en haute définition représenterait un trajet de 3800 à 4800 kilomètres – environ l’équivalent de 2 allers-retours Lille/Barcelone, ndlr - en voiture à essence. En 4K, ce sont plus de deux kilos de CO2 qui seraient rejetés dans l’air, soit l’équivalent de 6000 à 7600 kilomètres parcourus en voiture. En d’autres termes, plus d’un aller-retour entre Paris et Moscou !

S’inquiéter de l’avenir de notre planète, militer pour un réel changement au niveau mondial et alerter sur l’une des plus grosses crises du XXIè siècle est essentiel. Mais le faire avec un smartphone fabriqué dans des conditions plus que contestables - aussi bien sur le plan social qu’écologique - ou via des plateformes de streaming qui alimentent le réchauffement de la Terre, est-ce là pertinent ?

Le cas des éoliennes

L’éolien, vanté comme la solution absolue par les pouvoirs publics pour la transition énergétique, présente plus d’un défaut. Non seulement il participe à la pollution du fait de son intermittence, mais il menace l’environnement. Patrice Cahart, dans son livre ‘‘La peste éolienne’’ (éd. Hugo&Cie, 2021), met en exergue ces diverses incohérences. « Les écologistes, pour beaucoup, ont cessé de raisonner, ce sont devenues des fanatiques. Ils se sont mis en tête que l’éolien c’est bien, que ça contribue au sauvetage de la planète. Mais en travaillant pour l’éolien, ils nuisent au climat ! » Il ne faut pas oublier que lorsque le vent est faible, les éoliennes sont au point mort. Et a contrario, lorsque les bourrasques sont trop importantes, les engins sont stoppés pour cause de sécurité. « L’éolien est incapable de fournir l’alimentation régulière dont les usagers ont besoin ». Cette intermittence oblige à avoir recours à une autre forme d’énergie, explique Patrice Cahart : « Ce système a un caractère intermittent, et a donc besoin d‘un complément, qui ne peut-être que le gaz naturel, un méthane fossile ». L’auteur prend pour exemple les éoliennes installées en mer dans la baie de Saint-Brieuc : « Pour compenser l’intermittence des engins, on fait appel à une centrale à gaz dans une petite ville près de Brest, Landivisiau ».

Outre ce paradoxe énergétique, cette soi-disant énergie renouvelable menace de manière très importante la faune, notamment ailée. Les engins perturbent l’installation de nids, et les oiseaux et insectes sont tués par leurs pales. Dans son livre, Patrice Cahart cite des chiffres éloquents : « L’American Bird Conservancy évalue le massacre à un million d’oiseaux par an aux États-Unis (26 janvier 2021) ». Ainsi, il semble difficile de croire que la transition énergétique passera par l’éolien, et qu’il permettra de sauver la planète. Bien au contraire, il contribuera plutôt à la menacer.

Des changements sont bels et bien à entreprendre pour limiter les risques liés au réchauffement climatique. Mais ces décisions doivent se prendre en ayant tous les éléments en main et pas seulement les aspects positifs prônés par des élus ou militants écologistes qui manquent visiblement parfois de connaissances ou de sincérité sur le sujet. À un an d’une élection présidentielle qui s’annonce déjà comme historique, la vague verte va-t-elle continuer son avancée ou se heurter au mur de la réalité ?

*Léonore Moncond'huy, maire EELV de Poitiers, a prononcé cette phrase en conseil municipal à la suite d’une décision de suppression de subventions municipales destinées à deux aéroclubs locaux.

09/06/2021 - Toute reproduction interdite


Une heure passée devant Netflix rejette l’équivalent de 100g de CO2 ( Illustration)
© Dado Ruvic/Reuters
De Fild Fildmedia