Beaucoup croient qu’Israël en découd avec son « ennemi juré » le Hamas, dans un conflit qui serait celui de deux entités ou de deux régimes qui se répondent l’un à l’autre. Il est nécessaire de considérer l’organisation du Hamas dans une perspective plus proche de la réalité.

Par notre correspondant à Jérusalem, Bruno J. Melki

Aux origines du Hamas

La signification de son nom en Arabe est « courage », « ardeur », et son acronyme signifie : « Organisation de la Résistance Islamique » alors que de façon symbolique, en hébreu, ce mot signifie violence. Son idéologie est avant tout religieuse, en témoigne le nom qu’il a donné à la dernière vague de violences qu’il a déclenchée : « Glaive sur Jérusalem ». Sa finalité, comme l’explique ses textes fondateurs, se trouve dans le Djihad et la guerre contre les mécréants.

Le Hamas et le Fatah (branche de l’OLP de Yasser Arafat) sont tous deux issus des Frères Musulmans en Égypte, organisme Islamiste créé par Hassan el-Banna en 1922 qui veut influencer le monde musulman dans son intégralité. Vers les années cinquante, une différence idéologique se précise et le Fatah d’Arafat prend une orientation socialiste laïque, se tournant vers l’URSS, tandis que les Frères Musulmans continuent d’aider les Arabes de la bande de Gaza avec un organisme religieux « El Moujama El Islami », (l’Organisation Islamique).

Les Israéliens n’ont pas entravé son activité afin d’endiguer l’influence du Fatah qui menait alors une campagne terroriste à l’encontre de l’État Hébreu. C’est de là qu’est née la rumeur selon laquelle Israël avait créé le Hamas, en 1987.

Une idéologie de haine.

L’idéologie des Frères Musulmans puise son ressentiment en grande partie dans les textes d’un théoricien égyptien, Saïd Qutb, qui a écrit, entre autres, un livre intitulé : « Notre combat contre les Juifs » et qui remet la cinquième obligation de l’Islam, le Djihad, au centre de la théologie Islamiste. Ce livre a eu un impact énorme au Moyen Orient en général (avec la révolution Iranienne notamment), et sur le Hamas en particulier.

Ce dernier crée toutefois son propre mode de guérilla en perpétrant des attentats suicides dès le début des années quatre-vingt-dix, se démarquant ainsi du Fatah de Yasser Arafat qui signe de son côté les accords d’Oslo. Une vague d’attentats sans précédent déferle alors sur Israël, décimant hommes, femmes et enfants dans les rues, les cafés, les bus et même jusque dans les maisons où des familles entières ont été engorgées pendant leur sommeil.

En 2005, Israël décide de se retirer de la bande de Gaza. Quelques mois plus tard, le Hamas se présente aux élections et, contre toutes les attentes des spécialistes du monde entier, prend la direction de la bande de Gaza sans avoir eu à tirer un seul coup de feu.

Les USA, l’UE et l’ONU se démarquent alors, disant ne pas vouloir coopérer avec des organisations qui ne rejettent ni la violence ni ne reconnaissent les accords signés entre Israéliens et Palestiniens. Qui plus est, si l’Autorité Palestinienne refuse de reconnaître le droit à Israël d’exister en tant qu’État Juif, le Hamas refuse tout simplement le droit des juifs d’exister sur une terre musulmane.

La prise de contrôle de la bande de Gaza s’achève en 2007 avec un affrontement d’une violence inouïe entre le Hamas et le Fatah. Des militants du Fatah appartenant à la garde personnelle de Abou Mazen (Mahmoud Abbas), sont tout simplement jetés vivants des toits de certains bâtiments.

Le Hamas se retrouve alors seul maître sur le terrain à conduire non seulement son combat contre les Juifs, mais aussi à administrer la vie économique et sociale des habitants de la bande de Gaza. Les aides financières, du Qatar en premier lieu, mais aussi celles du monde occidental, servent cet organisme à s’armer, afin de continuer le combat. Sa devise : « Nous aimons la mort comme vous aimez la vie »[1].

Le parallèle que certains s’efforcent donc d’établir entre Israël et le Hamas est peu en phase avec la réalité, même s’il faut bien sûr couvrir les deux côtés d’un conflit qui fait des morts dans chaque camp.

Car il y a d’un côté un État nation qui s’appuie sur des rouages démocratiques - Israël - , et de l’autre une organisation terroriste que beaucoup de palestiniens aimeraient voir disparaître - le Hamas -.

Comme le disait Albert Camus : « Mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde. »

[1] Discours prononcé le 30 juillet 2014 par Mohamed Def.

https://www.youtube.com/watch?v=Qjon9EceZg8&t=29s

19/05/2021 - Toute reproduction interdite


Un membre des forces de sécurité palestiniennes du Hamas monte la garde à un poste de contrôle à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 août 2019.
© Ibraheem Abu Mustafa/Reuters
De Bruno J. Melki