Analyses | 17 janvier 2021

Qatar : Le Mondial de la honte

De Antoine Grynbaum
3 min

Malgré la corruption, les ouvriers morts sur les chantiers de construction des stades et la présence de prestataires qataris en lien avec l’islamisme international, le Qatar organisera bien la coupe du monde.

                                       L'analyse d'Antoine Grynbaum

 

Tous, absolument tous se sont posé la question : mais avec toutes ces « casseroles », comment expliquer que Doha puisse encore organiser la Coupe du Monde 2022 ?

Tout simplement, car le petit émirat du Golfe n’a jamais été lâché par les Présidents de la FIFA, Blatter et Infantino, soucieux de ne pas créer de séisme dans le monde footballistique en cas de déménagement de la plus prestigieuse des compétitions.

Remettre en cause le vote sulfureux de 2010 et ouvrir la « boîte à polémiques », surtout pas… Alors, tous les dirigeants du foot mondial se sont tus les uns après les autres. Plus à y perdre qu’à y gagner, sans oublier une chose : le Qatar est le plus grand argentier du foot mondial avec ses chaînes Bein Sports et les milliards de droits TV payés à la FIFA, à l’UEFA et à d’autres instances un peu partout sur la planète.

Corruption et petits arrangements

L’ordre est venu de la famille royale : Mohamed Bin Hammam, cerveau de la victoire de Qatar 2022, aurait interdiction de s’exprimer ! Afin de ne pas compromettre l'attribution du Mondial au petit pays du Golfe et malgré les sollicitations journalistiques, l’ancien protégé de l’ex-Émir, qui vit à Doha, a systématiquement refusé les demandes d’interview. 

Ce milliardaire qui a fait fortune dans l’immobilier aurait pourtant corrompu tout un tas de caciques du football international. Suspendu à vie par la FIFA, cela n’a paradoxalement pas débouché sur des sanctions vis-à-vis du Qatar et du Mondial.

Morts sur les chantiers

Quand sort une « grosse information », elle est la plupart du temps téléguidée par des intérêts, politiques et opportunistes.

Mais qui a donc bien pu donner l’information aux journalistes du Guardian en septembre 2013 ? Sepp Blatter et ses proches afin de déstabiliser le Qatar et le camp Platini ? Une enquête du journal anglais révélait pour la première fois il y a 7 ans de très graves entorses aux droits de l'homme et du travail sur les chantiers du Mondial 2022. Il y était question « d’esclavagisme » selon la Confédération syndicale internationale. Le quotidien britannique utilisait également le mot d’« esclaves » pour évoquer les travailleurs népalais recrutés par l’émirat.

Un bilan effroyable non confirmé par le Qatar : 44 décès entre le 4 juin et le 8 août 2013, d'accidents du travail ou de crises cardiaques liées aux chaleurs accablantes sur les chantiers… Des Népalais travaillant dans de terribles conditions, qui n’auraient pas été payés pendant des mois et sans autorisation de quitter le Golfe, leurs passeports ayant été confisqués.

Et combien de travailleurs décédés aujourd’hui ? Les chiffres sont très difficiles à vérifier mais une autre enquête du Guardian (octobre 2019) dévoilait l’abominable : 2700 décès (statistiques sur les périodes allant de 2012 à 2018)… Sans que cela n’émeuve grand monde.

Sans parler des liens d’un prestataire avec la nébuleuse islamiste…

Pourtant, à moins de deux ans du tournoi, le décompte est entré dans sa dernière ligne droite. La coupe du monde aura lieu à Doha, les statuts de la FIFA étant clairs : à moins d’une guerre, rien ne peut empêcher l’organisation d’un tel évènement.

 

13/01/2021 - Toute reproduction interdite


Le stade Al Thumama de Doha, conçu par un architecte qatari sous la forme d'une casquette traditionnelle arabe "gahfiya" tricotée; Illustration d'artiste non datée publiée le 20 août 2017.
The Supreme Committee for Delivery & Legacy/Handout via Reuters
De Antoine Grynbaum

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