Analyses | 28 mars 2019

Qatar : Canicule l'été, tempêtes de sable l'hiver, le Mondial 2022 pris au piège

De Antoine Grynbaum
3 min

Le point de vue d'Antoine Grynbaum 

Initialement prévu pendant l'été comme toutes les Coupes du Monde, le Mondial 2022 au Qatar a finalement été décalé du 21 novembre au 18 décembre 2022, dans une période où les tempêtes sont légion dans le pays. Décryptage d'un sujet sensible dans le paysage footballistique

Jouer une Coupe du Monde en plein été au Qatar relève au mieux de l'inconscience. Et pourtant, Doha a malgré tout obtenu l'organisation de la Coupe du Monde 2022. 50 degrés l'été : une aberration. L'émirat avait pourtant bien trouvé la solution : climatiser les stades. Mais cela coûte cher et se révèle difficilement envisageable sur le plan écologique. Refroidir des stades, pourquoi pas, mais tout un pays ?

50 degrés l'été et le football international confronté à une question de taille : déplacer le Mondial en hiver, en décembre 2022, avec des jeux de pouvoir au cœur de cet imbroglio. Et l'ancien Président de la FIFA, Sepp Blatter, de sauter sur l'occasion dans L'Equipe : « Le Mondial 2022 a été attribué pour se dérouler durant les mois de juin et de juillet. Pour qu'il y ait un changement de dates, les Qataris doivent en faire la demande au comité exécutif. Ils savent que s'ils affectent les conditions de base de la désignation, ils s'exposent à ce que les autres pays candidats (Etats-Unis, Corée, Japon, Australie) en contestent le bien-fondé auprès de la FIFA. Cela pourrait conduire à procéder à un nouveau vote ». Coup de « canif » de la part du Suisse lors de son duel avec Platini, à une époque où les deux hommes s'opposaient sur tous les sujets, et sur fond d'élection à la présidence de la FIFA... Les polémiques ont en effet été nombreuses, comme quasiment tous les sujets liés à la désignation du Qatar pour 2022, et le conflit a duré, notamment avec les ligues européennes ne souhaitant pas modifier leur calendrier... A l'image du championnat d'Angleterre qui ne voulait surtout pas sacrifier son « boxing day », la période des fêtes de Noël où se disputent plusieurs journées de Premier League.

Impossible de jouer l'été, évidemment, la commission médicale de la FIFA s'étant même prononcée en ce sens bien avant le vote final... Alors vive la Coupe du Monde entre automne et hiver, malgré des tempêtes de sables parfois destructrices, et potentiellement mortelles. Ceux qui ont vécu là-bas le savent, les températures sont peut-être plus clémentes au Qatar, mais pas les vents, qui charrient un sable du désert si fin, qu'il s'engouffre même dans les maisons, sous les portes et les fenêtres, et qui charrie parfois les poutres des chantiers de construction sur plusieurs dizaines de mètres ...

Alors comment la FIFA a-t-elle pu laisser faire ? Tout simplement pour une question d'argent, le Qatar étant le grand financier du football mondial : propriétaire du PSG, détenteur de droits TV un peu partout dans le monde (Ligue 1, Ligue des Champions, Ligue Europa, championnat d'Espagne, Coupes du Monde 2018 et 2022), de chaînes de télévision (BeIn Sports, Al Jazeera Sport...) ... En clair, le grand argentier de la FIFA.

« Il n'y a pas l'ambiance pour une Coupe du Monde de football... Sans compter les conditions climatiques. Quelles seront les retombées alors qu'il n'y a presque pas de clubs de football dans ce pays ? Tout ceci sert à satisfaire une mégalomanie car on pense pouvoir tout faire avec de l'argent. C'est grave que le sport se prête à ça », évoquait Theo Zwanziger, ex-membre allemand du comité exécutif de la FIFA dans Président Platini (Grasset).

Les grands perdants de l'attribution du Mondial 2022 (Etats-Unis, Australie et Corée du Sud) auraient pu déposer plainte. Ils ne l'ont pas fait, et laisseront des millions de fans affronter, à l'hiver 2022, d'immenses tempêtes rendant la vie impossible à tout un pays.

29/03/2019 - Toute reproduction interdite


Des gens marchent dans le centre commercial du Qatar à Doha, au Qatar, le 5 juillet 2017
Naseem Zeitoon/Reuters
De Antoine Grynbaum

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