Analyses | 28 mars 2019

Qatar 2022, diplomatie des contrats, droits de l’Homme et présidents français

De Antoine Grynbaum
2 min

Le point de vue d’Antoine Grynbaum

Sarkozy, Hollande, Macron … aucun Président français n’a vraiment remis en cause les atteintes aux droits de l’Homme et la corruption qui entachent l’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Mais ont-ils vraiment droit au chapitre, alors que l’émirat achète à la France Métro, Rafales, A321 ? Les locataires de l’Elysée seraient-il les otages consentants d’une diplomatie des contrats ?

 

23 novembre 2010 à l’Elysée. A neuf jours du vote concernant l’attribution de la Coupe du Monde 2022, a lieu un rendez-vous très secret, organisé par l’hôte des lieux, Nicolas Sarkozy. A la table des puissants, Michel Platini, l'émir du Qatar Hamad ben Khalifa Al Thani accompagné de son Premier Ministre, ainsi que Sébastien Bazin, représentant de Colony Capital, alors propriétaire d’un Paris Saint-Germain en souffrance sur le plan financier. Le deal : un échange de bons procédés, de très bons procédés même. D’un côté, la France vote pour le Qatar concernant le Mondial 2022 par l’intermédiaire de Michel Platini, membre du comité exécutif de la FIFA. De l’autre, le Qatar rachète le PSG, dont Sarkozy est un fervent supporter, investit encore davantage dans le capital du groupe Lagardère et crée des chaînes sportives - le bouquet BeIn Sports, qui sera lancé à l’été 2012 - afin de déstabiliser Canal+. En cause, certaines émissions de la chaîne cryptée : les Guignols de l’info et le petit journal, très critiques à l’égard du Président, qui ne les apprécie pas.

Platini a-t-il été influencé par ce rendez-vous élyséen ? « Quand je suis arrivé au déjeuner à l’Elysée, il y avait l’émir du Qatar et le Premier Ministre qatari, donc j’ai cru comprendre que c’était un message un peu subliminal, mais jamais Sarkozy ne m’a demandé, non. On ne demande pas à quelqu’un de voter pour quelqu’un », explique-t-il sur Canal+, le 24 octobre 2013 

Selon ses proches contactés par les auteurs du livre Président Platini (éditions Grasset), l’ex-numéro 10 des Bleus a ensuite expliqué qu’il n’était au courant de rien, avant de découvrir la présence des Qataris en arrivant.

Hollande et Macron, pas mieux

Arrivé au pouvoir en 2012, François Hollande se pose de son côté, en défenseur d’un football populaire, anti bling-bling, comprendre anti-PSG… Mais sans aller jusqu’à critiquer l’organisation de la Coupe du Monde au Qatar en 2022. Pas de déclaration critique vis-vis de Doha, mais à l’inverse, un chef d’Etat accompagné de grands patrons français intéressés par les appels d'offres concernant les stades et infrastructures nécessaires à l'organisation du Mondial (Vinci, Alstom…). Souhaitant se démarquer de la « diplomatie de contrat » qu'affichait, dit-il, Nicolas Sarkozy, Hollande avance lors de ses déplacements à l'étranger le concept d'une « diplomatie économique » où les rôles entre les entreprises et l'Elysée sont clairement définis. Macron, lui, est supporter de l’OM, l’ennemi historique du Paris Saint-Germain, allant même jusqu’à rendre une visite surprise au centre d’entraînement marseillais en août 2017, quelques semaines après avoir été élu. Utilise-t-il le football à des fins politiques ? Lors de ses voyages en Russie pour assister aux matchs des Bleus lors de la Coupe du Monde 2018, pas un mot sur les droits de l’homme ou les questions d’homophobie. Quant à l’organisation de Qatar 2022, on ne l’a pas plus entendu que ses prédécesseurs sur la question des nombreuses morts sur les chantiers, dénoncée par les ONG. Les dizaines de milliards d’euros que représentent les contrats commerciaux liés directement à la Coupe du Monde devraient nous obliger à évoquer le sujet des droits de l’Homme… C’est une question que l’on a obligation de poser, alors qu’en principe, notre pays n’est jamais le dernier à donner des leçons de morale au monde entier…

 

29/03/2019 - Toute reproduction interdite


Michel Platini (à gauche), Président de l'UEFA, et Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République Française, discutent avant le match aller de la Ligue des Champions, le 17 février 2015 au stade du Parc des Princes à Paris,
Christian Hartmann / Reuters
De Antoine Grynbaum

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