La fin des différents confinements a sonné le retour du tourisme et des voyages. Mais pour les personnes souffrant de handicap, pandémie ou non, il est toujours aussi compliqué de partir en vacances. Près de 20% d’entre elles refusent même de voyager, par crainte de ne pas trouver de lieux adaptés. Malgré les différentes lois pour rendre accessibles les établissements recevant du public, il y a encore beaucoup à faire.

Par Marie Corcelle

 

« La clientèle handicapée est importante, et elle veut passer des vacances comme les autres », déclare Joël Solari. Le vice-président du Groupement pour l'insertion des handicapés physiques (GIHP) a été victime d’un accident de la circulation qui l’a rendu tétraplégique il y a 30 ans. Investi au sein de différentes associations pour les personnes handicapées, il déplore qu’« il reste encore beaucoup à faire » en matière de tourisme. À commencer par les problèmes d’accessibilité pour les fauteuils roulants, encore beaucoup trop fréquents à cause de marches ou par manque d’ascenseur, quand ce ne sont pas des portes trop étroites pour manœuvrer ou de salles de bain qui ne sont pas adaptées. C’est pour faire prendre conscience de ces difficultés et pour trouver des solutions qu'a été créé, en 2001, l’association Tourisme et handicaps. Son but ? Sensibiliser les professionnels du secteur à l’accessibilité, et leur expliquer comment ils peuvent s’y prendre, mais aussi promouvoir le label Tourisme et handicap auprès des professionnels d’un côté, et du grand public de l’autre.

« 20% des personnes en situation de handicap refusent de partir en vacances »

Destinée à fournir une offre adaptée aux personnes handicapées en matière de tourisme, la marque est accordée par l’État. « Elle repose sur une démarche volontaire de la part des sites touristiques qui veulent s’engager dans cette démarche d’accessibilité. Ils trouvent sur le site de l’association tous les critères auxquels ils doivent souscrire », explique Pierre Boudot-Lamotte, administrateur de l’association Tourisme et handicaps. Le bar, l’hôtel ou tout autre établissement de loisirs qui souhaite prétendre au label reçoit alors une visite de contrôle par des évaluateurs, qui transmettent leur avis à une commission régionale ou départementale, responsable final de l'attribution de la fameuse marque. « Quand les personnes en situation de handicap savent que les sites disposent d’un label, elles sont assurées de trouver les critères minimums d’accueil respectés. Elles ne seront pas confrontées aux problèmes qu’elles pourraient rencontrer dans des établissements non-accessibles », ajoute Pierre Boudot-Lamotte. Le catalogue des opérateurs ainsi labellisés détenteurs du label en France est disponible sur le site de l’association, avec photos et commentaires à l’appui, mais Tourisme et handicaps va plus loin : « Nous parlons aussi des pays qui effectuent la même démarche ! Vous avez donc des informations sur le Portugal, l’Espagne, le Québec… », se félicite Pierre Boudot-Lamotte. Malgré ces efforts, en France, selon les dernières études, « 20% des personnes en situation de handicap refusaient de partir parce qu’elles craignaient de ne pas être bien reçues », cite Pierre Boudot-Lamotte. On compte sur le territoire près de 12 millions de personnes qui seraient handicapées d’après les données de l’INSEE en 2016. Ce qui représente 2,4 millions de Français qui se résignent à ne pas voyager, car incertains de trouver à destination des structures adaptées pour les accueillir correctement. Pourtant, la loi de 2005 dite « égalité des chances » prévoyait qu’à partir du 1er janvier 2015, tout établissement recevant du public ( ERP ) serait accessible aux personnes handicapées. L'échéance n'ayant pas été respectée, une ordonnance de 2014 avait mis en place de nouveaux délais, courant entre 3 et 9 ans selon les capacités d’accueil des établissements. Sans oublier les dérogations possibles, notamment en cas de difficultés financières… Résultat : beaucoup d’endroits ne sont toujours pas accessibles. On dénombre par ailleurs seulement un peu plus de 5500 sites labellisés « tourisme et handicap » en France. Mais même lorsqu’un établissement détient la marque, cela ne signifie pas qu’il remplit les critères pour les quatre familles de handicaps, à savoir psychique, auditif, physique et visuel… Un établissement peut donc être adapté uniquement pour les personnes présentant des déficiences visuelles, ou seulement pour des handicapés en fauteuil roulant. Si l’administrateur de l’association Tourisme et Handicaps reconnaît que les aménagements pour le handicap moteur peuvent être onéreux, la plupart du temps, ils relèvent du bon sens, et il est possible de les mettre en place : « On ne demande pas la lune ! Quand vous avez des chaînes d’hôtels qui n’ont pas assez de chambres pour les personnes handicapées, ce n’est pas normal, pas plus que de trouver un équipement neuf qui n’est pas accessible. C’est inadmissible d’un point de vue du vivre ensemble ».


Faciliter le séjour des personnes en situation de handicap

« Être handicapé et se rendre dans un endroit qui n’est pas accessible, c’est tout simplement affreux ! », dénonce Pierre Boudot-Lamotte. Et cela, Marie-Claire, propriétaire d’un gîte dans l’Yonne à Argenteuil sur Armançon avec son mari, l’a bien compris. Après avoir possédé un premier établissement, le couple suspend temporairement son activité avant de se décider à en ouvrir un second. Mais en aménageant cette fois-ci un lieu complètement accessible pour les personnes en situation de handicap. Une prise de conscience pour la propriétaire au fort accent bourguignon : « On entend toujours que les personnes handicapées ne savent pas où aller, qu’il n’y a pas de structures pour réellement les accueillir. Quand on discute avec elles, elles sont souvent déçues de voir que très peu de gites sont équipés, et souvent, quand il y a des infrastructures, elles ne sont pas suffisantes. Beaucoup de sites prétendent être équipés, mais ce n’est pas le cas ». Aujourd’hui, le gîte dispose du label pour les quatre types de handicaps. Fière de son choix, elle explique en quoi ont consisté les travaux qui lui ont permis de se conformer aux normes : « Concernant le handicap moteur, le bâtiment est de plain-pied, ce qui est pratique. Les lits des chambres ont une hauteur conforme à celle des fauteuils roulants. Au niveau visuel, les aménagements concernent par exemple les interrupteurs ou l’intérieur des tiroirs : il va falloir les peindre d’une certaine couleur de manière à ce qu’ils ressortent et soient davantage visibles pour la personne ». Le gîte de Marie-Claire est le seul dans tout le département de l’Yonne à être labellisé Tourisme et Handicap. Une exception, donc, qui reflète bien la difficile situation des personnes handicapées à pouvoir partir en vacances... comme tout le monde.

10/11/2021 - Toute reproduction interdite


The sign for a reserved parking spot for disabled drivers is painted on a street in the old city of Strasbourg, France, March 30 2016.
© Kai Pfaffenbach/Reuters
De Fild Fildmedia