Analyses | 22 mars 2021

Principe de précaution : Comment l’État fuit ses responsabilités

De Guillaume Bigot
3 min

Face à la crise sanitaire, la classe dirigeante Française applique systématiquement le principe de précaution afin de protéger la population. Le politologue Guillaume Bigot y voit au contraire une manière de se décharger de ses responsabilités. 

                                 La chronique de Guillaume Bigot. 

Depuis le début de la pandémie, presque toutes les décisions du gouvernement semblent avoir été dictées par le principe de précaution.

Les masques déconseillés car non fiables à 100% ? Principe de précaution.

L’obligation de porter seul le masque à l’extérieur ? Principe de précaution.

Le refus d’utiliser des tests non homologués qui pouvaient créer de faux positifs ? Principe de précaution.

Le refus d’autoriser à la vente les autotests ? Principe de précaution.

Le besoin de l’aval de l’UE pour vacciner ? Principe de précaution.

Le refus d’acheter du vaccin chinois comme la Hongrie ? Principe de précaution.

La suspension temporaire d’Astrazeneca ? Principe de précaution.

Le principe de précaution parait a priori incontestable. Qui oserait en effet aller contre un principe qui semble résulter de l’alliance de l’humanisme et du bon sens ?

S’il est possible de sauver une seule vie en étant prudent, pourquoi hésiter ?

Sauf que le principe de précaution tue.

Les moyens accusent, la fin excuse.

N’est-ce pas ce qui s’est passé avec Astrazénéca ?

Au nom du fameux principe, on décide en effet de suspendre en 48 heures ce vaccin parce que 30 cas de thromboses pour 20 millions sont suspectés.

Sauf qu’en suspendant Astrazeneca une journée, on condamne entre 10 et 20 personnes qui mourront de la Covid.

Même si ce vaccin tuait une personne par jour, son interdiction serait plus meurtrière que son utilisation.

Au fond du principe de précaution, il y a le rejet du conseil prodigué par Machiavel : les moyens accusent, la fin excuse.

La politique n’est pas immorale, simplement, sa morale est collective. Elle consiste à rechercher le moindre mal pour tous.

La politique du risque zéro est donc antipolitique, c’est celle de la zéro décision.

Le principe de précaution a beau se présenter comme altruiste, il existe moins pour protéger la population que pour couvrir juridiquement ceux qui le brandissent.

Un exécutif qui n’assume pas ses décisions

En dépit des coups de menton, des déclarations martiales de chefs qui prétendent assumer des décisions difficiles, on découvre des technocrates apeurés qui cherchent à se mettre à l’abri. Courage, ouvrons le parapluie !

Il est vrai que près d’une centaine de plaintes ont déjà été déposées contre les membres de l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire, dont une information judiciaire qui a été ouverte contre Olivier Véran et Édouard Philippe devant la Cour de Justice de la République.

Le politique se laisse neutraliser par le judiciaire alors que les tribunaux ne devraient juger que des cas individuels. Les enjeux politiques ne regardent que le peuple. Mais si l’exécutif se laisse faire, c’est qu’il peut avoir intérêt à renoncer à assumer ses propres décisions.

Faire prendre et assumer par d’autres les décisions que l’on doit prendre soi-même offre aussi un confort relatif à nos dirigeants.

Confier à Bruxelles, aux autres pays que l’on imite, au conseil scientifique, aux élus locaux et aux collectifs citoyens la responsabilité de décider est une manière de se défausser.

« De l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace » s’exclamait Danton.

« De la précaution, encore de la précaution et toujours de la précaution » répond Macron.

22/03/2021 - Toute reproduction interdite


Un membre du personnel médical tient un flacon du vaccin AstraZeneca-19 au Groupe hospitalier Sud Francilien, à Melun, le 8 février 2021.
Thomas Samson/Pool via Reuters
De Guillaume Bigot

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