C'est l'histoire d'une « primaire populaire » de la gauche qui n'est pas vraiment une primaire, puisque les candidats y sont inscrits (ou pas) sans leur accord, et qui n'est carrément pas non plus populaire.

La chronique de Philippe David

Habemus candidatum ! Il ne manquait que la fumée blanche ce dimanche soir du 30 janvier 2022, pour annoncer la victoire fort prévisible de Christiane Taubira à la « Primaire populaire » de la gauche, qui était aussi populaire que la République Démocratique Allemande était démocratique, puisque le nombre de votants a atteint le chiffre mirobolant de 392 738 personnes, c’est à dire environ 0,05% de la population française.

Alors me direz-vous, quel a été le score de la gagnante ? Un score digne de feu Erich Honecker à l’époque du rideau de fer, aux alentours de 99% des voix ? Non beaucoup mieux ! Une quasi-élection par acclamation, comme celles qui renouvelaient Brejnev à la tête du Présidium du Soviet Suprême par applaudissements.

Pas besoin de résultats ni de majorité ! Christiane Taubira s’est imposée dans cette primaire avec une mention « bien plus » devant Yannick Jadot, qui n’a obtenu qu’une mention « assez bien plus ». Sur la troisième marche du podium Jean-Luc Mélenchon, qui recueille une mention « assez bien moins », devance Pierre Larrouturou (4e, « mention passable plus »), Anne Hidalgo (5e, « mention passable plus »), Charlotte Marchandise (6e, « mention passable moins ») et Anna Agueb-Porterie (7e, « mention insuffisant »). Ce n’est plus la primaire populaire : c’est la remise des bulletins de fin d’année d’une classe de 4ème dans laquelle on ne note plus les élèves pour ne pas stigmatiser les plus mauvais, pardon, les moins bons d’entre eux.

Le syndrome « Montebourg le téléphone pleure »

Pour les scores de chacun des candidats, vous repasserez, puisque les votes se résumaient à des appréciations sur les candidats allant de « très bien » à « insuffisant ». L’école des fans sans Stéphane Collaro, alias Tonton Mayonnaise, qui remettait tous les scores à égalité pour qu’il n’y ait que des gagnants… Immédiatement, la gagnante a déclaré : « Nous devons trouver un chemin, un langage, de façon à rassembler les gauches et leurs sensibilités » ; avant d’ajouter : « Je prendrai l'initiative d'appeler les autres candidats », citant Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel.

Le syndrome « Montebourg le téléphone pleure » tourne à plein, et on imagine facilement que la vidéo de l’homme de la « remontada » tombant désespérément sur les répondeurs téléphoniques lors de ses appels va se répéter pour Christiane Taubira. On imagine en effet mal Jadot - qui a gagné une primaire - et Mélenchon, qui a reçu l’imprimatur de son parti, se retirer au profit d’une candidate dont le « point mort haut » dans les sondages la situe à environ 4,5% des intentions de vote...

On est d’ailleurs surpris de trouver Fabien Roussel, le candidat communiste, dans la liste des personnes qui vont recevoir un coup de fil qui ne fera pas son bonheur, puisque celui-ci a été exclu de la primaire. Il faut dire que défendre l’entrecôte frites avec une part de camembert et un verre de rouge le dimanche, c'est franchement transgressif pour la gauche « populaire », qui préfère à ces plats bien de chez nous le quinoa et le tofu au wok(e)…

Cette « primaire populaire » aura au moins eu le mérite de nous rappeler la véracité d’un vieil adage : « Le ridicule ne tue pas » !

31/01/2022 - Toute reproduction interdite


Fabien Roussel, leader du PCF et candidat à l'élection présidentielle française de 2022, s'exprime lors d'une conférence de presse pour présenter son programme à Paris, le 24 janvier 2022.
© Gonzalo Fuentes/Reuters
De Philippe David