Yannick Jadot, le « modéré » du courant écologiste, a remporté la primaire des Verts d’une courte tête face à la « radicale » Sandrine Rousseau. Représentant le courant minoritaire dans l’électorat français, l’eurodéputé candidat à la présidentielle fera acte de figuration. Or, pour Emmanuel Macron, c’est un point positif dans une stratégie pour sa réélection.

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

Mardi dernier, Yannick Jadot a remporté la primaire des écologistes et sera donc le candidat « Vert » en 2022. Lors du second tour du scrutin, et après quatre jours de vote en ligne, il a battu d'une courte tête Sandrine Rousseau (51,03% contre 48,97%). Cette dernière représentait le courant le plus radical et le plus déconnecté des réalités. L’eurodéputé incarne le visage de l’écologiste pragmatique, « modéré » et « présentable », à l’inverse de sa concurrente qui, hormis chez les plus illuminés, était le porte-drapeau de tous les travers idéologiques de l’extrême-gauche et de la culture woke. Ses déclarations, toutes plus délirantes les unes que les autres, avaient au moins le mérite d’égailler ce début de campagne présidentielle et de nous divertir par leur absurdité abyssale. Elles risquaient néanmoins de « refroidir » certains électeurs de la « bobosphère », les éventuels indécis ou les crédules.

De fait, Sandrine Rousseau et ses adeptes peuvent toujours rejoindre Mélenchon, remis en selle par son dernier débat honorable (surtout pour l’électorat le plus à gauche ou de ce qu’il en reste) face à Éric Zemmour. Dans la dernière étude Harris de cette semaine, le leader de la France Insoumise – avec 13% soit +3 points par rapport au début du mois de septembre –, s'impose ainsi en distançant la socialiste Anne Hidalgo (7%) et Arnaud Montebourg (2%).

Quant à Yannick Jadot, il peut encore grappiller quelques voix au centre-gauche ou dans le camp moribond des socialistes.

Le courant écologiste est minoritaire dans l’électorat français et un candidat vert à la présidentielle ne fera toujours que de la figuration, surtout si les abstentionnistes, majoritairement de droite, se mobilisent en 2022. Dans le même sondage, Jadot est crédité de 7%. Faible score, mais intéressant pour les éventuels finalistes du second tour…

Jadot, un point positif pour l’Élysée

Éric Zemmour, qui n’est toujours pas candidat officiel, est en train de rebattre foncièrement les cartes de l’élection de 2022. Les LR se sabordent en privilégiant un candidat « centriste » et Marine Le Pen décroche dans les sondages. La présidente du RN perd douze points par rapport au mois de juin – elle était créditée à 28% ! Le journaliste-polémiste poursuit sa fulgurante progression gagnant 7 points en un mois ! Dans le dernier sondage Harris, il est donné à 13%, au coude-à-coude avec l'ex-LR Xavier Bertrand (14%), et très proche de Marine Le Pen (16%). En cas de candidature de l'ex-LR Valérie Pécresse (12%), il passerait alors devant la droite (13%). Écart qui se creuserait davantage si Michel Barnier (8%) était choisi pour représenter sa famille politique.

De fait, la stratégie élyséenne basée jusqu’ici sur un duel final face à une Marine Le Pen qui assurerait donc – à juste titre – la réélection d’Emmanuel Macron, est de moins en moins à l’ordre du jour.

Afin de consolider sa base en vue de 2022, la « maison commune » progressiste, une sorte de parti Démocrate à la française, le chef de l’État a invité à dîner mercredi soir à l’Élysée l’ex-Premier ministre, Édouard Philippe, qui s’apprête à lancer son propre parti sur l’aile droite de la majorité présidentielle, et tous les ténors ex-PS ou ex-LR de ses différentes composantes, comme la ministre Barbara Pompili, ancienne députée et présidente du groupe parlementaire écologiste jusqu’en 2016, représentante du courant le plus à gauche.

Ultra-européiste, partisan de la vaccination obligatoire, ardent défenseur du passe sanitaire : Jadot - comme Pompili- est parfaitement Macron-compatible.

De toute évidence, moyennant un futur ministère, le candidat des Verts jouera évidemment, au 1er tour de la présidentielle, le rôle de voiture balai des électeurs EELV, et appellera ainsi à voter Macron au second tour.

Vu la tournure actuelle de la campagne et l’issue de l’élection plus qu’incertaine, les 7% potentiels de Jadot sont loin d’être négligeables pour faire la différence, quel que soit l’adversaire final du Président sortant…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

29/09/2021 - Toute reproduction interdite


Yannick Jadot participe à un débat télévisé dans le cadre de la campagne pour les élections européennes, sur le plateau de la chaîne BFM, à La Plaine-Saint-Denis, le 23 mai 2019.
© Stephane De Sakutin/Pool via Reuters
De Roland Lombardi