Les prétendants au premier tour de l’élection présidentielle sont entrés dans la dernière ligne droite. Si certains d’entre eux sont assurés d'être présents le 10 avril, d'autres peinent à obtenir les 500 parrainages d’élus qui leur sont nécessaires.

Le point de vue d’Emmanuel Razavi (directeur de la rédaction)

Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour, Marine Le Pen ou encore Christiane Taubira, candidats à la présidentielle, font part depuis plusieurs jours de leur crainte de ne pas obtenir les 500 parrainages indispensables pour se qualifier et donc se présenter au premier tour.

Cette situation est-elle normale en démocratie ? La réponse est évidemment non.

Qu’on aime ou pas Mélenchon, Le Pen, Zemmour et Taubira, ils représentent des millions de Français.

Le système des parrainages, instauré par le général de Gaulle en son temps, était une bonne idée. Celui-ci évitait que des énergumènes peu sérieux se présentent aux présidentielles. Mais à l’époque il ne fallait que 100 signatures d’élus, contre 500 aujourd´hui. Par ailleurs, les noms des élus ayant parrainé un candidat restaient dans l’ensemble confidentiels.

C’est l’ancien président de la République François Hollande qui décida de les rendre public. Une volonté de transparence qui aboutit aujourd’hui à un déni de démocratie.

À l’instar de Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), des candidats qui ne représentent rien ont obtenu les signatures qui leur permettent de briguer le premier tour de l’élection, alors que Mélenchon, Taubira, Lepen et Zemmour risquent de se trouver disqualifiés.

Soyons clairs : dans notre rédaction, nous n’avons qu’un seul camp : celui de l’information.

Mais à juste titre, nous considérons que la liberté d’expression est un pilier de la démocratie. Dès lors, on ne peut que considérer comme un déni de celle-ci le fait que des candidats qui rassemblent plusieurs millions d’électeurs soient empêchés de se présenter.

Dans ce contexte, le maire de Cannes, David Lisnard (LR) qui soutient Valérie Pécresse, a annoncé le 20 février qu’il donnait son parrainage à Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise. « J’ai décidé de parrainer le candidat dont je suis le plus éloigné, puisque je suis classé à droite (…) Je combats ardemment ses convictions, ses idées et ses valeurs, mais il doit pouvoir concourir » a expliqué l’édile de Cannes. On ne peut que le féliciter de son fairplay et espérer qu’il inspire d’autres élus de gauche et de droite d’ici le 4 mars, date qui marque la fin de la période de collecte des parrainages.

Dans le cas contraire, l’élection présidentielle risque d’avoir le gout amer de la supercherie pour des millions d’électeurs.

22/02/2022 - Toute reproduction interdite


Jean-Luc Melenchon, assiste à la conférence annuelle sur les mauvaises conditions de logement en France, à Paris le 2 février 2022.
©Sarah Meyssonnier/Reuters
De Emmanuel Razavi