La présidentielle approche à grands pas. Après avoir évoqué la semaine dernière les potentialités de trois des cinq principaux favoris (Macron, Le Pen et Pécresse), interrogeons-nous cette semaine sur les chances de Jean-Luc Mélenchon et d’Éric Zemmour d'accéder au second tour. Avec toujours le questionnement légitime sur la fiabilité des derniers sondages.

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

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Peut-on vraiment croire les sondages qui annoncent Emmanuel Macron à plus de 30 % avec un litre d’essence à plus de 2 euros ? Alors que le mouvement des Gilets jaunes avait commencé à cause d’un litre de carburant à 1,50 euro ! Soit nous sommes pris pour des idiots (pour rester poli !), ou c’est à désespérer de la lucidité de nos compatriotes !

Quoi qu’il en soit, si ce score paraît totalement surréaliste, il n’en reste pas moins que le président sortant, assuré de sa solide base électorale du centre-droit et du centre gauche, a de fortes chances, sauf incident, d’être qualifié au second tour, avec toutefois un score beaucoup plus modeste qu’annoncé, peut-être 20 ou 22 %.

La grande surprise concerne toujours le nom de l’adversaire qui parviendra à se qualifier face à lui. Elle pourrait alors venir de Zemmour et Mélenchon. Que l’on soit d’accord ou pas avec leurs idées et propositions totalement opposées, il n’en reste pas moins que ce sont les seuls candidats à la présidentielle qui représentent une réelle rupture avec la macronie dans l’ambiance française actuelle marquée par le rejet des élites, la colère et les ressentiments.

Le premier scénario possible peut donc être un duel Macron/Mélenchon. En effet, Jean-Luc Mélenchon, fort de son talent oratoire certain – il est le dernier tribun de la classe politique française – et ses capacités de débatteur bien supérieures à celles de ses adversaires, est le seul véritable candidat de la gauche (ou de ce qu’il en reste). Le candidat d’extrême gauche va incontestablement représenter le « vote utile » d’une gauche très divisée. Inévitablement, il profitera également de la piètre qualité de la candidate socialiste et du représentant des Verts. Et ne parlons même pas des autres leaders gauchistes en lisse. Seul le candidat communiste, Fabien Roussel, peut éventuellement lui rogner quelques points grâce à un timide retour aux fondamentaux de la gauche populaire…

Le champion de la France insoumise peut également surfer sur la politique folle et méprisante du gouvernement, consistant, à chaque crise, à demander toujours plus d’efforts aux seuls Français, tout en les pressurant d’avantage de taxes ! Enfin, Mélenchon pourrait aussi frayer son chemin grâce aux divisions de la droite et surtout du camp souverainiste…

En attendant, dans le contexte actuel, avec un résultat proche des 15 %, il peut facilement se hisser au second tour.

Un scénario Zemmour/Macron plus probable ?

Toutefois, le scénario le plus pertinent semble rester une finale Macron/Zemmour. Là encore, comment donner crédit aux dernières enquêtes qui placent le journaliste-candidat aux alentours des 12% en dépit de la forte audience de ses divers passages télévisuels, ses 115 000 adhérents et les salles combles pendant ses meetings ? De toute évidence, Éric Zemmour est assurément lui aussi largement sous-estimé. Malgré un trou d’air dans les enquêtes d’opinion après sa candidature officielle de novembre dernier et quoi qu’on en pense, il serait pourtant malhonnête de ne pas reconnaître que la dynamique est clairement de son côté. D’où un certain étonnement légitime quant à sa stagnation dans les sondages. Depuis l’automne en effet, il n’a quasi fait aucune erreur, sa mue en animal politique semble être un succès et les adhésions à son nouveau parti explosent. Par ailleurs, il engrange, à l’inverse de Pécresse et Le Pen, les soutiens et les ralliements à droite. Méthodiquement, Zemmour semble réussir son premier pari de l’Union des droites sur son nom. De plus, et c’est son second objectif, il est en passe de faire revenir aux urnes une grande partie des 70% d’abstentionnistes des dernières élections, majoritairement composés des électeurs déçus de Sarkozy, de Fillon et même de Le Pen, qui ne votaient plus. La surprise du premier tour est là, car ce vote est difficilement quantifiable dans les études d’opinion actuelles…

Si aucune « casserole fatale » ne surgit d’ici là, il est fort envisageable qu’il sera au second tour, peut-être même devant Macron (22%/20%) ! Ensuite, gagner face au Président sortant est une autre paire de manches surtout avec le contexte international d’aujourd’hui. Or, comme je l’écrivais déjà en novembre dernier, dans l’éventualité d’un second tour Zemmour/Macron et la non-qualification de la candidate LR, le polémiste pourrait alors compter (c’est son troisième pari) sur ce séisme politique et la reconfiguration inévitable des droites. Et compter, pour le second tour, sur le report quasi assuré et total des voix lepénistes, mais surtout sur le soutien opportun et éventuel de personnalités et certains ténors LR, notamment les plus conservateurs et irrémédiablement réfractaires à Emmanuel Macron. Tout en scellant des alliances et négociant (comme Macron en 2017 avec les centristes et les socialistes), au mieux pour une alliance gouvernementale, ou au pire pour l’après scrutin présidentiel, avec de possibles circonscriptions pour les élus territoriaux et les futurs candidats de droite aux législatives. Ce que Marine Le Pen s’est refusée à faire en 2017 en ne voulant jamais sacrifier la trésorerie de son parti au profit du pouvoir.

S’il adopte une stratégie rassembleuse et intelligente d’entre-deux-tours - notamment grâce à ses réseaux personnels et ses amitiés au sein de la direction LR la plus conservatrice ainsi que dans l’establishment, les médias et les intelligentsias, à droite comme à gauche -, Éric Zemmour pourrait alors réussir là où la présidente du RN a toujours pêché. Certes, ce sera toutefois très compliqué de transformer l’essai face au rouleau compresseur médiatique qui va s’abattre sur lui. Mais qui sait ? En politique, tout est possible…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Éditions, 2019), Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Éditions, 2020) et Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? Chroniques géopolitiques (VA Éditions, 2022)

@rlombardi2014

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22/03/2022 - Toute reproduction interdite


Eric Zemmour, leader du parti "Reconquete !" et candidat à l'élection présidentielle française de 2022, participe à un événement avec "France Digitale", une association de startups européennes, à Paris, France, le 9 mars 2022.
© Christian Hartmann/Reuters
De Roland Lombardi