Éric Zemmour candidat en 2022 ? Est-ce l’un de ces fantasmes politiques dont foisonne chaque année pré-présidentielle ? La rumeur d’une possible candidature du célèbre polémiste enfle et suscite un engouement notable sur les réseaux sociaux. L’intéressé ne dément pas. Il serait en train d’y réfléchir, de consulter des élus et d’évaluer ses chances. Car franchir le pas serait audacieux, mais également risqué. Pour la droite française, comme pour lui-même…

       La chronique politique de Roland Lombardi

Éric Zemmour peut-il devenir le Trump français ?

Certes, les États-Unis ne sont pas la France et les Français ne sont pas les Américains. Aujourd’hui la France traverse des crises multiples, la colère couve et plus que jamais, la prochaine échéance présidentielle, dans 14 mois seulement, n’offre aucune perspective politique nouvelle et s’annonce comme un mauvais remake de 2017 avec un duel Le Pen-Macron et donc l’inéluctable victoire de ce dernier. Or la grande majorité des Français ne veulent plus de ce scénario. Ils en ont assez des élections qui se suivent et se ressemblent. Ils veulent choisir leurs représentants et non des élus par défaut. Les candidats sortis des mêmes moules qu’on leur propose depuis des années n’ont aucun goût, aucune saveur et les options politiques n’en sont plus depuis longtemps.

L'incapacité dans laquelle est actuellement LR de se trouver un leader pour conduire la campagne présidentielle, inquiète. Un Xavier Bertrand ou une Valérie Pécresse ne feront pas le poids face à Emmanuel Macron, leur alter ego mondialiste et progressiste, en plus flamboyant. Comme je l’écrivais dernièrement, « l’électorat populaire français, majoritairement de droite, qui a élu Sarkozy en 2007 et qui a failli élire Fillon en 2017, ainsi que les déçus et les désabusés des LR et du RN qui depuis, ne votent plus, rejetteront probablement tous ces politiciens qui leur apparaissent sans colonne vertébrale »[1].

Que cela nous plaise ou non, les Français veulent quelqu’un qui renverse la table et fasse trembler le « Système », comme les Américains en 2016 avec Donald Trump…

Alors Éric Zemmour peut-il raisonnablement incarner le candidat providentiel de cette droite « hors les murs », le héros de la droite identitaire et souverainiste mais aussi de la droite dite de gouvernement ? Voire au-delà, celle la « France périphérique » pour 2022 ?

Ses atouts

Le célèbre journaliste et essayiste au franc-parler jouit d'une notoriété médiatique certaine et d’une popularité conséquente : ses livres sont des succès en librairie (500 000 exemplaires pour son « Suicide Français », plus de 100 000 environ pour son dernier « Destin Français ») et il explose les audiences avec son émission quotidienne, Face à l’info, sur CNews (avec près d’un million de téléspectateurs en moyenne).

Rompu par une quinzaine d’années de débats sur les plateaux TV sur les sujets sociétaux, économiques, culturels, de politique nationale et de relations internationales, Éric Zemmour, féru d’histoire et doté d’une grande culture, a depuis élargi ses champs de compétence tout en devenant un débateur redoutable.

De plus, il connaît parfaitement le « Système », les médias, le microcosme parisien et ses coulisses. Plusieurs fois condamné pour provocation à la discrimination raciale et à la haine contre les musulmans, il semble savoir « nager » en eaux troubles puisque malgré des interdictions d’antenne, les pressions et les boycotts, il est encore là et écrit toujours pour Le Figaro.

Ses faiblesses

C’est une chose d’être un polémiste de talent, c’en est une autre d’être un fin politique ou mieux, un homme d’État. Est-il prêt à faire une longue parenthèse dans sa brillante carrière professionnelle d’éditorialiste ? Passer de la position confortable du commentateur à celle plus ingrate de l’acteur et, surtout du leader politique, n’est pas simple. Surtout qu’Éric Zemmour n’est pas un homme d’action et de terrain. C’est un intellectuel solitaire. Alors saura-t-il gérer et manager des équipes ? Et quelles équipes ? De nombreux amis et élus le soutiennent déjà, comme le maire d'Orange (Vaucluse), Jacques Bompard, le fondateur de la Ligue du Sud (ex-FN), ou encore le maire de Béziers, apôtre de l'union des droites, Robert Ménard. Mais sans appareil politique derrière lui, il lui faudra rapidement muscler ses réseaux et ses relais d’opinion, construire une équipe de campagne solide, compétente, et surtout, obtenir les fameux 500 parrainages nécessaires à une candidature.

Et puis, il y a le nerf de la guerre : le financement. Son entourage affirme qu’il n’aura pas de problème de ce côté-là. Soit.

Une pétition a été lancée pour promouvoir sa candidature. Un site internet a même été créé pour le soutenir au cas où…

Une récente étude Ifop pour Valeurs Actuelles lui prête un potentiel électoral de 13% (pas d'intentions de vote). Gardons-nous toutefois de confondre audimat et électeurs...

Quoi qu’il en soit, le calcul de Zemmour et surtout de ses proches est clair : si les LR se choisissent un candidat de centre-droit, fade, macron-compatible et sans envergure, il pourra attirer à lui la majorité de l’électorat définitivement déçue du parti et l’important cortège des abstentionnistes de droite évoqués plus haut. Il ne lui restera alors plus qu’à assécher le potentiel du RN en lui prenant entre 5% à 10% de ses voix et tenter de passer devant sa candidate. Pari risqué, mais au regard de sa nouvelle et piètre prestation lors du dernier débat face à Gérald Darmanin, Marine Le Pen a du souci à se faire. D’autant plus que la lassitude qu’elle suscite chez ses électeurs traditionnels et dans son propre mouvement, grandit…

Pour autant, lui qui aime l’histoire, devrait relire Churchill : « pour s’améliorer, il faut changer et pour être parfait, il faut changer souvent ! » Car la politique est aussi l’art du compromis (et non de la compromission du « en même temps » comme le pensent certains). Il lui faut additionner les forces. S’il veut être « une Marine Le Pen qui gagne au second tour », il devra rassembler au-delà de ses clivages et de son politiquement incorrect.

Éric Zemmour est loin d’être un idiot. Il a sûrement déjà pensé à tout cela. Il annoncera sa candidature - ou pas - à l’issue des Régionales, après avoir attentivement analysé l’état de l’opinion et des forces politiques en présence.

Par les temps qui courent, s’il franchit le pas, il faut cependant lui souhaiter d’avoir les reins solides et surtout, de ne pas avoir de « casseroles » cachées.

Car à l’instar d’autres prétendants à la fonction suprême, rien ne lui sera épargné.

Lorsque l’on grimpe en altitude, le sentier devient en effet plus périlleux…

[1] https://fildmedia.com/article/duel-macron-le-pen-les-francais-ne-sont-plus-dupes

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

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[1] https://fildmedia.com/article/duel-macron-le-pen-les-francais-ne-sont-plus-dupes


Une femme passe devant les affiches officielles des candidats à l'élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen à Nice, le 2 mai 2017.
Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi