Dans un peu moins d’un mois aura lieu le premier tour de la présidentielle. Dans un contexte de guerre en plein cœur de l’Europe, les sondages officiels ressortent le scénario idéal pour l’Élysée, à savoir le fameux duel Macron-Le Pen. Mais qu’en est-il véritablement des chances concernant les trois autres prétendants les mieux placés : Zemmour, Pécresse et Mélenchon ? Tout en s’interrogeant sur la fiabilité d’enquêtes d’opinion qui semblent très orientées, le géopolitologue Roland Lombardi nous propose d’évaluer, au prisme du réel, toutes les candidatures…

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

La Présidentielle consistera inévitablement en un tournant pour la France sur le plan politique interne et sur la place du pays dans le monde. Elle sonne l’heure du choix entre souverainisme et poursuite dans la voie d’un progressisme autodestructeur. Comme nous l’évoquions dans un récent ouvrage, co-écrit avec des experts de terrain, Repenser la France d’après (Éditions Amphora Bold, 2021), des révolutions coperniciennes sont nécessaires dans tous les domaines pour que la France retrouve son rang.

Or cette élection peut être l’une des plus surprenantes de l’histoire de la Ve République, les observateurs et les sondeurs ne semblant pas mesurer à sa juste valeur le niveau extraordinaire du ras-le-bol français.

Les sondages ne sont qu’une photographie de l’opinion à un instant T, influençant parfois les votes. Lorsque l’on sort de son microcosme et que l’on se frotte au terrain et au réel, à la « vraie vie » et aux « vraies gens », on a une tout autre vision des choses. Pour ma part, je pense que Macron est très surévalué dans les sondages. Même s’il sera, sauf surprise, au second tour puisqu’il est le champion par excellence du progressisme français. Surtout qu’avec la guerre en Ukraine qui sature les médias, ses adversaires sont devenus inaudibles. Macron, en bon opportuniste et véritable maître de la com’, instrumentalise cette crise internationale pour monopoliser l’attention, jouer sur la fameuse « union nationale », l’« effet drapeau » et se faire passer, en jouant encore sur la peur et l’émotion, pour un grand capitaine faisant face à la tempête.

Sa diplomatie spectacle face à Poutine, comme dernièrement la publication pathétique du roman-photo de sa gestion de la crise ukrainienne, semblent pourtant le faire bondir dans les sondages. Mais les Français sont plus intelligents qu’on ne le croit, même si beaucoup sont encore crédules surtout lorsqu’ils ont peur…

Valérie Pécresse à la peine.

Après l’effet de sa victoire à la primaire LR, le score de Madame Pécresse dans les sondages ne fait que se réduire. Là encore, elle a raison de dire qu’elle est la seule qui puisse battre à coups sûr le Président sortant. Le problème est qu’elle risque de n’être même pas présente au second tour ! Elle peut même se retrouver en troisième voire en quatrième position en dessous des 10 % peut-être même à 7 %, bien derrière Mélenchon !

Pourquoi ? Parce qu’une partie des électeurs du centre droit, l’électorat principal de Valérie Pécresse, ont déjà leur candidat en la personne de Macron. On peine donc à voir où elle peut trouver une autre réserve de voix. En dépit du durcissement de sa campagne et des sujets de fond qu’elle aborde avec lucidité, celle-ci n’imprime pas. Surtout chez les électeurs de base et les militants les plus conservateurs LR (notamment ceux qui avaient choisi Éric Ciotti, arrivé premier lors de la primaire de la droite). Dépités et ne se reconnaissant pas toujours dans la candidate, une partie d’entre eux se montrent séduits par le phénomène Zemmour. Aussi brillante soit-elle, elle demeure pour beaucoup une centriste et une énarque peu en phase avec les préoccupations des Français, quand d’autres ne lui pardonnent pas son départ des LR …

Marine Le Pen, surévaluée ?

Quant à Marine Le Pen, elle est, elle aussi, faussement surévaluée dans les enquêtes. Elle atteindra péniblement les 12 %. L’adversaire idéal pour Macron, l’assurance-vie du « système » et celle qui aurait assuré une réélection confortable au locataire de l’Élysée – d’où son score encore très haut dans les études d’opinion –, est en grande difficulté. Son parti connait des problèmes financiers et surtout une véritable hémorragie de cadres et de ténors locaux au profit du jeune mouvement d’Éric Zemmour. Le récent ralliement de Marion Maréchal à Zemmour, très populaire dans l’électorat lepéniste, n’est là pas encore apprécié à sa juste valeur par la plupart des observateurs politiques. Pour les adhérents et surtout les électeurs historiques du parti lepéniste, fatigués par quarante ans de défaites alors que les circonstances jouaient souvent pour le FN/RN, beaucoup se sont finalement lassés de voter ou militer pour « une entreprise familiale et non leur cause »...

Dès lors, on comprend mieux la nouvelle bienveillance médiatique de ces dernières semaines envers la candidate RN et la volonté du pouvoir, et de ses puissants relais, d’imposer dans les esprits, avant les urnes, un remake de 2017…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Éditions, 2019), Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Éditions, 2020) et Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? Chroniques géopolitiques (VA Éditions, 2022)

@rlombardi2014

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Le président Emmanuel Macron assiste à une réunion avec Marine Le Pen au palais de l'Élysée à Paris, le 6 février 2019.
© Philippe Wojazer/Reuters
De Roland Lombardi