Culture | 7 décembre 2020

« Première Ligne » : un hommage aux soignants

De Fild Fildmedia
4 min


Pendant le confinement, l’acteur et réalisateur Francis Renaud a tourné avec son téléphone portable un film qui raconte le quotidien d’une infirmière et de sa fille. Une réussite visuelle pour un témoignage sensible et empreint de sens.         
                                 
                 Entretien conduit par Marie Corcelle

                                                           

Fild : Comment est né votre film ?   

Francis Renaud : Je me suis retrouvé confiné avec ma compagne Jennifer et ma fille de 10 ans, Eva-Rose, dans le Val-d’Oise. Au bout d’une semaine, j’entends parler d’une infirmière qui se fait agresser au travers de lettres, où on lui reproche de travailler dans un hôpital avec des patients atteints du covid-19. On lui demande de quitter son appartement. J’ai trouvé ça insensé et d’une violence inouïe. À partir de là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. J’ai filmé, pris mon portable, Jennifer a joué une infirmière, et Eva-Rose sa fille. Tous les jours, je me suis donné cet objectif de tourner en temps réel et de raconter une histoire, inspirée de cette véritable infirmière, qui aujourd’hui a heureusement gagné son procès.

Fild : Vous avez tourné en intégralité avec votre smartphone. Comment s’est passé le montage ?

Francis Renaud : Après avoir tout filmé, j’ai passé une petite annonce sur les réseaux sociaux, pour dire que je recherchais un monteur. J’ai trouvé Mathias Bracho-Lapeyre, qui a fait un travail colossal : il y avait près de 1400 vidéos ! Ensuite, un producteur, Aurélien Adjedj m’a aidé. Il m’a ouvert les portes de ses studios pour que je puisse mixer le son de mon film.

Fild : Le nom du film n’est pas anodin, avez-vous cherché à rendre hommage à ceux qui se battaient tous les jours, à savoir le personnel soignant ?      

Francis Renaud : Je n’ai rien inventé ! Le titre du film, je l’entendais tous les jours aux informations. C’est effectivement un hommage aux soignants, à tous ces gens qui étaient en première ligne, mais aussi au Dr Li Wenliang. Ce médecin de 33 ans a été le premier lanceur d’alertes à mettre en garde contre ce nouveau virus. Mais en Chine, il y a une telle répression qu’il a été immédiatement bâillonné. Il est décédé 4 mois plus tard, et ce film lui est aussi dédié.


Fild : À la fin de votre film, on voit une vidéo de l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lors d’une allocution, qui rassure la population en disant qu’il n’y a rien à craindre de ce nouveau virus. Votre film dénonce ces incohérences, et est ainsi engagé dans un sens ? 

Francis Renaud : On a vu des médecins qui ont réagi tout de suite, qui avaient de très bonnes idées. Mais malheureusement, le gouvernement était en retard, et ne savait pas quoi faire. Il n’a pas su prendre les mesures adéquates qui auraient pu nous éviter de nous trouver dans la situation actuelle. Je suis bouleversé de voir des gamins de quatre ans, six ans qui portent un masque. On aurait pu empêcher ça. Je pointe du doigt les failles d’un système qui nous fait croire qu’il est efficace, mais ce n’est pas le cas du tout. Les soignants n’avaient pas de tests, pas de masques. On s’est retrouvé débordés à cause d’une politique qui depuis des années supprime des lits, des emplois…C’est dramatique.        


Fild : À un moment, on peut entendre l’une des actrices qui a dix ans, Eva-Rose dire « Il faudra tous continuer à avancer avec nos blessures pour construire un monde meilleur ». Croyez-vous que votre film va pouvoir contribuer à cette prise de conscience ?       

Francis Renaud : Malheureusement non, car je suis mis à l’écart. J’essaye de trouver des distributeurs, mais tout le monde refuse le film, pour l’instant. Ça va être difficile de le faire connaître, car nous sommes dans un monde très formaté, et le cinéma aujourd’hui se trouve amputé de ce qu’il y a de plus beau, à savoir la sincérité et l’émotion.
Première Ligne est un film libre, il n’a pas d’écriture au sein de l’industrie du cinéma, il a été autoproduit. Je ne rentre pas dans les cases, je suis un outsider. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le mettre en ligne sur Vimeo. C’est très difficile de produire un film seul.
 Le seul qui a pris le film pour le mettre en avant, c’est Bernard Bec, pour le Festival Polar de Cognac, où il a été très bien reçu par le public. C’était même impressionnant de voir la salle rire, pleurer, être émue à ce point-là. Il y a eu énormément de retours positifs, avec une vraie réflexion.

Fild : Votre film laisse une place énorme à l’improvisation. Pourquoi avoir misé là-dessus ?

Francis Renaud :  Je n’avais pas le temps d’écrire le scénario, nous étions en plein confinement. J’ai toujours beaucoup aimé l’improvisation. Ça peut faire naître des choses incroyables. Dans le film, rien n’est écrit : quand on voit Jennifer et Eva-Rose jouer, on pourrait croire qu’elles suivent un texte, mais non ! Tout est improvisé selon le thème ou l’idée que je leur donnais.  Et ça a fonctionné ! Au festival Polar de Cognac, le jury a remis un prix à Eva-Rose pour son travail d’interprétation. Elle a eu une mention spéciale et le prix Jeune pousse du cinéma. 

30/11/2020 - Toute reproduction interdite



DR
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