Le taux d’abstention lors du premier tour des Régionales et des Départementales de dimanche dernier – 67 % – est un triste record pour une élection française. Il faut être réaliste : notre système semble à bout de souffle, tant la parole politique est discréditée. Mais au-delà du constat, que retenir de ce « malaise démocratique » ? Quel impact aura-t-il sur la présidentielle de 2022 ?

La chronique politique de Roland Lombardi.

 

Le scrutin des régionales n’a jamais attiré les foules. Dimanche dernier, l’abstention a cependant atteint un record historique. Toutes élections confondues. Moins d’un Français sur trois s’est rendu dans un bureau de vote ! Les causes évoquées sont nombreuses. Il y a bien sûr la très mauvaise réforme de 2015 et le « redécoupage » du pays en « super-régions » sans âmes qui a éloigné davantage les électeurs de leurs élus. Mais la raison principale demeure la rupture entre les Français et la classe politique.

Les Français ont toujours été très critiques envers leurs dirigeants, quelles que soient les époques. C’est dans leur ADN !

Or, depuis 2008 et la substitution par Nicolas Sarkozy du Traité de Lisbonne au Traité Constitutionnel Européen – rejeté par référendum en 2005 –, les affaires et les promesses non tenues des mandats de ce même Sarkozy, d’Hollande et de Macron, ont fini par écœurer l’écrasante majorité de nos concitoyens et de les détourner de la vie publique.

Ainsi, l’engagement politique attire de moins en moins.

Si l’on ajoute à cela l’effet « libération » après plus d’un an de pandémie et de restrictions sanitaires et la reprise timide de l’activité économique, on comprend mieux pourquoi l’écrasante majorité des Français ont préféré le retour en terrasse et le soleil dominical.

Les frustrations et la colère de ces derniers mois ont finalement fait place à la résignation, à l’indifférence et au mépris.

Difficile de leur en vouloir devant la vacuité du personnel politique et le théâtre de l’absurde qui nous est offert, avec ses tartuffes et leurs tambouilles politiciennes comme en Provence entre Muselier, la LREM et la gauche.

Quid du duel Macron-Le Pen annoncé en 2022, après la déroute de LaRem ?

Quoi qu’il en soit, si l’extrême volatilité des résultats sur un aussi faible pourcentage de votes exprimés et le formidable réservoir des abstentionnistes ne permettent pas, avant le second tour, de faire une étude prospective sur la présidentielle de 2022, les chiffres peuvent toutefois nous aider à y voir un peu plus clair.

Sur l'ensemble de la France, le parti Les Républicains, crédité de 29%, arrive très loin devant le Rassemblement National (18,7%) puis le Parti socialiste (18%). Quant à La République en marche et au Modem (10%), ils n’arrivent que 5eme, juste derrière Les Verts (12%) !

Pour le locataire de l’Élysée, c’est une déroute. La dizaine de ministres qu’il avait envoyé au front ne parvient même pas à se qualifier pour le second tour. Ils n’ont d’ailleurs même pas la décence de quitter leurs fonctions après cet échec !

64% de ceux qui avaient soutenu Emmanuel Macron en 2017 se sont abstenus. Dans les Hauts-de-France, d’autres ont préféré voter pour le sortant Xavier Bertrand qui arrive en tête avec 41,4% des voix.

La droite, qui tenait 7 régions sur 13, est en bonne position pour les conserver. LR semble bénéficier de la fameuse « prime au sortant » et surtout de son ancrage territorial encore solide. Surtout, cela prouve que lorsque les leaders de droite travaillent, assument leurs valeurs et refusent le compromis et les combinaisons avec le pouvoir macroniste, ils peuvent gagner. Valérie Pécresse (35,94%) et surtout Laurent Wauquiez (43,85%), arrivés en tête, l’ont très bien compris et ont tous deux solidement conforté leur position. Même Xavier Bertrand, le plus « macron-compatible » de tous, en avait pris conscience. À la différence d’un Muselier déconnecté du réel, arrivé lui second (31,9%) derrière le candidat RN (36,38 %) en PACA.

L’abstention ne profite pas aux extrêmes

Pour mettre fin à une fausse assertion défendant que l’abstention profite systématiquement aux extrêmes, il suffit de regarder en détail quelques chiffres. D’abord, 75% de ceux qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017 se sont abstenus, comme 71% des électeurs de Marine Le Pen. Par tranche d’âge, 82% des électeurs de moins de 35 ans n'ont pas voté. Chez les 18-24 ans, le chiffre atteint 84% et chez les retraités, 56% d'entre eux ne se sont pas déplacés. Une même hausse est constatée dans les catégories populaires dont 72% ont boudé les urnes en 2021, dont 76% des ouvriers.

C’est la majorité de nos concitoyens de la « France périphérique » qui n’a pas participé au scrutin. À l’évidence beaucoup d’électeurs potentiels LR et surtout du RN.

Ce n’est pas la « dédiabolisation » voire une « banalisation » de Marine Le Pen et de son parti qui sont en cause. Si le RN ne semble plus trouver grâce aux yeux des plus contestataires, c’est que Marine Le Pen ne séduit plus, et qu’elle est incapable de gagner tout simplement. Son fiasco de 2017 est encore dans les esprits.

La « victoire » du RN, somme toute relative, aux Européennes de 2019 a rapidement été oubliée suite à l’échec cuisant des Municipales de 2020. Dimanche, Marine Le Pen a payé une nouvelle fois le manque d’implantation locale de son parti, l’absence d’alliances – condition sine qua non pour toute conquête du pouvoir – et la piètre qualité de certains cadres, ainsi que le choix des têtes de liste, à l’exception de Thierry Mariani en Provence.

Si le week-end prochain le RN ne gagne aucune région, pas même PACA, cela obérera les chances de sa présidente aux élections présidentielles et augmentera le nombre d’abstentionnistes dans l’électorat de droite, majoritaire dans le pays et définitivement déçu.

Pour autant, l’échéance de 2022 n’est pas du même ressort que les régionales. Le duel Macron-Le Pen, qui est massivement rejeté par les Français, comme le confirme les derniers votes, a du plomb dans l’aile. Or le président de la République, bien qu’à présent très esseulé, possède encore des ressources. Les « morts politiques », surtout annoncées, ne sont jamais définitives…

Comme le rappelle si justement le politologue Guillaume Bigot : « Nous aurons sûrement des surprises en 2022 avec peut-être d’autres porte-drapeaux du bloc élitaire, voire du bloc populiste que ceux qui étaient initialement prévus ».

Bref, cela dépendra beaucoup des capacités des LR à capitaliser sur ce fragile succès électoral et à éviter les pièges de l’Élysée. Et surtout, à ne pas se tromper dans le choix de leur champion qui devra incarner le renouveau et une véritable alternative. Mais cela, c’est une autre histoire…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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23/06/2021 - Toute reproduction interdite


Des personnes passent devant des panneaux électoraux en prévision des élections régionales françaises à Cambrai, le 1er juin 2021.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Roland Lombardi