Emmanuel Macron a prouvé depuis quatre ans qu’il n’avait pas la dimension d’un homme d’État. Cependant le président français reste un fin politique. C’est un joueur chanceux qui sait pertinemment qu’à l’ère de l’image, sa com’, même rejetée par une majorité des Français, peut faire la différence dans nos démocraties modernes, ultra-médiatiques et malades. Il sait qu’un soutien populaire et massif n’est plus essentiel pour s’imposer dans les urnes.

La chronique politique de Roland Lombardi.

 

Emmanuel Macron se fiche éperdument de s’adresser à tous les Français comme de la déliquescence inexorable de leur nation. Il est dans le calcul électoral permanent et son point de mire est sa réélection en 2022. À la différence de son entourage, il est conscient qu’il suscite plus d’animosité qu’un Nicolas Sarkozy et encore moins de respect – il fallait le faire ! – qu’un François Hollande ! Qu’importe !

En dépit de son parti – LREM - qui n’est plus qu’un simple comité de soutien et d’une désaffection populaire croissante, sa stratégie est limpide. Il a déjà par ses manœuvres politiques habiles fait exploser ce qui restait du parti socialiste, l’ancien phare de la gauche, et il s’attèle à présent à diviser, comme en Paca, une droite en perdition, littéralement paralysée par la bien-pensance et qui peine à se trouver une ligne claire et un champion pour 2022.

Son « en même temps » hérisse la majorité mais peut encore fonctionner sur les plus crédules, avec des petits coups pour la « gauche caviar » (avec Dupont-Moretti) ou pour la « droite bourgeoise » (avec Darmanin).

En attendant, le RN monte dans les sondages, ce qui arrange Emmanuel Macron. Aux prochaines régionales, le mouvement de Marine Le Pen peut bousculer les lignes, voire remporter des régions comme dans le Sud. Mais le président sait que les ténors locaux de droite comme de gauche, apeurés, opportunistes et sans colonne vertébrale, chercheront alors le salut de leurs gamelles à l’Élysée. Il ne restera donc à son locataire qu’à négocier leur appui et leurs relais d’opinion en échange de quelques miettes de pouvoir avec des futurs ministères ou des secrétariats d’État après sa victoire l’année prochaine, ou des investitures pour les législatives qui suivront.

Pour l’échéance présidentielle, Macron n’a rien à craindre du néant à gauche. À « droite », un Xavier Bertrand ou une Valérie Pécresse et encore moins un Michel Barnier ne sont pas de véritables menaces pour lui.

Un président qui mise sur la com’, les vauriens médiatiques et les influenceurs ineptes

Le plan élyséen est simple : arriver en finale face à Marine Le Pen. Même second, un récent sondage le créditant à 27 %, et la fille de Jean-Marie Le Pen à 29 % !

Il ne lui restera qu’à ajuster sa com’ et son discours selon les circonstances durant l’entre-deux tours. Il sait que l’extraordinaire rouleau compresseur médiatique, du politiquement correct, des élites progressistes et des « puissances de l’argent » feront le reste.

Et puis de vilaines « casseroles » trainées par son adversaire peuvent fort opportunément faire surface (comme pour Fillon en 2017) si le besoin s’en faisait sentir… Il sait surtout que, comme l’histoire ou l’actualité récente le prouve, un soutien massif et populaire ne suffit pas pour s’imposer dans les démocraties modernes. Sauf à ne vouloir qu’entretenir un profitable fonds de commerce électoral et stérilement contestataire, on n'accède pas au pouvoir seul, isolé et sans un soutien, même infime, de ce que certains nomment le « Système » ou l’État profond. Et par-dessus tout sans alliance ! C’est le cas de la présidente du RN (mais cela vaut aussi à présent pour les LR qui tiennent encore les territoires).

Tous les « populistes », en Italie, avec Salvini, en Autriche, avec Kurz, en Grande-Bretagne, avec Johnson, ou tout récemment Isabel Díaz Ayuso, la présidente de la communauté de Madrid, ont franchi les portes du pouvoir ou s’y maintiennent avec des alliances, parfois même avec leurs adversaires !

Même Donald Trump, l’emblématique champion de « l’anti-Système », s’était appuyé sur les réseaux sociaux et surtout la formidable machine des Républicains (son appareil politique et Fox News) pour être élu en 2016. En 2020, il a finalement perdu lorsqu’il n’a plus que miser sur sa seule popularité, pourtant toujours croissante dans l’électorat populaire américain.

Cela dit, on comprend mieux la dernière opération de com’ du président sortant, avec les blogueurs totalement ineptes que sont Carlito et McFly, par ailleurs très populaires chez les jeunes. Celle-ci peut sembler de prime abord ridicule mais elle vise une grande partie de la jeunesse acculturée, qui ne lit plus et se détourne de la politique en errant dans une sorte de « cloud électoral ». Il en va de même des affaires Benzema et Youssoupha et des soutiens qui leur ont été apportés par les proches du président, cl'objectif étant d’aller chercher le soutien indirect d’une jeunesse des banlieues qui elle aussi se détourne des urnes – et se fout royalement d’une gauche moribonde ou des délires d’un Mélenchon – mais qui peut faire la différence comme en 2012 pour François Hollande.

Certes, c’est un pari risqué car dans l’éventualité d’un duel au second tour entre Le Pen et Macron, l’abstention de l’électorat désabusé de la droite populaire – majoritaire dans le pays – sera assurément beaucoup moindre qu’en 2017 et que cette fois-ci les électeurs de gauche seront moins enclins à aider le président sortant.

Rien n’est jamais écrit. Les plus talentueux joueurs de poker prennent parfois d’énormes risques mais sans la chance, ils ne vont pas bien loin. Napoléon choisissait toujours ses généraux en demandant s’ils avaient de la chance…

Emmanuel Macron sait qu’il en a. Pour lui, celle-ci se traduit d’abord par l’absence devant lui d’une sorte de Kurz latin à la française[1] et qui le renverrait sûrement dans les cloaques de l’histoire de la petite politique politicienne de la Ve République dont il n’aurait jamais dû sortir !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

[1] https://fildmedia.com/article/sebastian-kurz-l-anti-macron

24/05/2021 - Toute reproduction interdite


Le président Emmanuel Macron flanqué du maire de Montpellier Michael Delafosse salue les résidents du quartier pavillonnaire de la Mosson à Montpellier, le19 avril 2021.
© Guillaume Horcajuelo/Pool via Reuters
De Roland Lombardi