À trois mois du début des épreuves finales du baccalauréat 2021, les 4 000 lycéens de terminale inscrits dans des établissements hors contrat avec l’État ne décolèrent pas.  Ils devront passer l’ensemble de leurs épreuves sur table, malgré la crise sanitaire. À l’inverse, leurs camarades du public bénéficient du contrôle continu à hauteur de 80% de leur note finale. Une situation injuste que lycéens et parents d’élèves comptent bien faire entendre à l’Éducation nationale.

Enquête de Alixan Lavorel.

Ils s’appellent Louis, Eliott, Ingil, Elsa, Joseph ou Ellis. Ils étudient l’art du cinéma, la littérature anglaise, la géopolitique, les sciences ou encore l’économie. Tous vont passer le baccalauréat au mois de juin. Ces six lycéens de terminale ne se connaissent pas et ont tous un point commun : ils font partie d’un établissement hors contrat avec l’État. Comprenez ici des lycées qui ne reçoivent pas de subvention publique et qui sont pleinement autonomes quant à la gestion de leurs équipes ou le choix de leur enseignement. À condition que celui-ci ne comporte rien « de contraire à la République et au respect des lois ». Il en existerait environ 1 300 en France, servant principalement de porte de sortie pour des jeunes ne se sentant pas à leur place dans le système éducatif français traditionnel. « Injustice, incompréhension, inégalité », les termes pour qualifier le bac 2021 s’enchaînent et se ressemblent du côté des candidats-bacheliers du hors contrat que nous avons contactés. La cause ? La publication du calendrier des épreuves, le 25 février dernier, par le ministère de l’Éducation nationale.

Un bac à deux vitesses ?

L’annonce est venue perturber les vacances scolaires de ces six élèves de terminale. Car les 750 000 candidats au baccalauréat ne seront pas logés à la même enseigne en fonction de leur établissement d’origine. L’immense majorité d’entre eux - 98% selon le ministère - sont des élèves inscrits dans des lycées publics et privés sous contrat. Ces derniers passeront les évaluations communes et les épreuves de spécialité en contrôle continu toute l’année, avant de tabler sur la philosophie et le Grand oral en épreuves terminales au mois de juin. Ainsi, seule 20% de la note finale du bac 2021 se jouera vraiment en fin d’année scolaire, sous les rayons de soleil du début de l’été.

Mais pour les 2% restants, pas de contrôle continu. Les 3 000 à 4 000 élèves inscrits dans des établissements « hors contrat » n’échapperont pas aux épreuves terminales en présentiel malgré la crise sanitaire. « Si le ministère a mis le bac en contrôle continu pour les lycéens, c’est bien pour une raison : la crise sanitaire. Alors, pourquoi pas nous ? » questionne Louis, du lycée hors contrat Forma-Passion de Bordeaux. « On n’est pas plus immunisés contre le virus que les autres », rajoute son camarade Joseph. Tous deux regrettent « un flou » autour de ces décisions. Un sentiment partagé par Ingil, élève en terminale à l’école Maigret à Paris : « C’est très difficile à comprendre pour les hors contrats. On se sent exclus et abandonnés par le ministère. Même quand Blanquer dévoilait les mesures, il n’a pas parlé de nous ! »

Un bac jugé incohérent et stressant par Eliott de l’école Heureuse d’Ablon-sur-Seine en région parisienne. « Je me sens encore plus angoissé car nous sommes dans le flou total, dans l’attente constante, dans l’injustice, et je trouve que nous sommes mis à l’écart par rapport aux élèves qui appartiennent au système scolaire classique. » Certains ont même décidé de se mobiliser pour essayer de faire bouger les choses. Le collectif Bac2021.égalitaire a lancé les hostilités le 23 mars dernier avec une manifestation devant le ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle à Paris. Quatre manifestants avaient alors été reçus par une représentante du ministre « à aucun moment en mesure de répondre à nos questions » selon les propos d’Elsa, lycéenne hors contrat et représentante du collectif. Une mobilisation « importante et nécessaire » selon Ellis, lycéen à l’école Maigret, présent à la manifestation : « On va essayer de renouveler au maximum ces manifestations, avec les mêmes revendications jusqu’à ce que l’on soit entendus ».

Une mesure « d’équité entre tous les candidats » pour le ministère

Du côté de la rue de Grenelle, le ministère confie à la rédaction de Fild comprendre le sentiment des élèves, tout en affirmant que ces différences de traitement étaient déjà prévues par la réforme du bac. « Ces élèves n’ont pas de livret scolaire, ou ils sont non homologués par l’institution scolaire. Il n’est donc pas possible de connaître leur niveau réel sans passer des épreuves terminales sur table. Le passage de celles-ci est donc prévu au contraire pour garantir une plus grande équité entre tous les candidats, selon leurs différents parcours », précisent les services de l’Éducation nationale.

Une équité que ne comprend pas la Fédération des Parents des Écoles Indépendantes (FPEEI) qui parle de son côté de « discriminations » entre élèves du public et du hors contrat : « Les inspecteurs [de l’Éducation nationale, ndlr] passent dans les classes comme dans tous les établissements pour vérifier le travail qui est fait par les élèves et les professeurs. Cela suffit largement pour vérifier le niveau des élèves. Pourquoi en rajouter une couche avec ces épreuves en présentiel ? ». Le gouvernement cherche à « décourager les parents de mettre leurs enfants dans des écoles hors contrat » avec cette décision « incompréhensible », toujours selon la FPEEI. Les parents d’élèves regrettent de voir leurs enfants stressés et perdus à l’approche du baccalauréat et réclament la mise en place du contrôle continu pour tous.

À l’heure actuelle, aucun changement n’est prévu du côté du ministère pour le déroulé des épreuves terminales en juin, sans toutefois exclure des modifications d’urgence en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique en France.

29/03/2021 - Toute reproduction interdite


Une lycéenne travaille sur une dissertation lors des épreuves du baccalauréat, près de Paris, le 18 juin 2018.
© Benoit Tessier/Reuters
De Fild Fildmedia