Chirurgien digestif à la retraite et écrivain, Marc Lagrange est une référence dans le monde viticole. Grand maître des Baillis de Pouilly-sur-Loire et Chevalier du Tastevin de la Confrérie du Château de Clos Vougeot, cet épicurien passionné d’œnologie revient sur le mythe de la dangerosité du vin pour la santé.

            Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Quelles sont les idées reçues sur le vin ?

Marc Lagrange : Ceux que nous pouvons appeler les « prohibitionnistes », ne voient que le côté addictif du vin. Il convient de ne pas exagérer et confondre. Un hectare de pinot n’est pas un hectare de pavot ! Le vin à dose modérée, c’est un nectar fabuleux, parfois « orgasmique ». Il faut promouvoir la qualité plutôt que la quantité, surtout pour nos jeunes adeptes de la "biture express". On doit déguster nos ambrosies sans tomber dans l’excès. Apprenons à nos jeunes générations à apprécier les couleurs, les arômes et les textures. En tant que chirurgien, lorsque l'on retrouve des personnes avec 4 grammes dans chaque bras, aux urgences ou à la morgue, c’est désolant ! Ces cas graves sont rarement liés au vin mais plutôt à la bière, aux alcools distillés, aux alcools forts et souvent ingérés à jeun. Dire sans nuances que le vin est mauvais pour la santé à cause de cette collusion entre alcool et alcoolisme, c’est radical et faux.


Fild : Quels sont les effets bénéfiques du vin sur la santé ?

Marc Lagrange : Il y a eu des écrits jusque dans les années 1960, décrivant le vin comme un médicament. Errare ! Le vin n’a aucune valeur curative ! Il n’est pas un médicament mais un alicament, un néologisme entre ‘’ aliment ‘’ et ‘’ médicament ‘’. Il n’a jamais traité telle ou telle pathologie, mais présente des vertus reconnues par l’institution médicale comme préventives. Il est admis depuis 1971 avec le Professeur Renaud et le French Paradox que le vin a un effet bénéfique sur la coagulation du sang et sur l’athérosclérose (une forme de vieillissement des artères ndlr). Il entraîne une moins grande mortalité cardiovasculaire chez ceux qui en consomment modérément. Il induit une sorte d’immunité, en protégeant le contenant (la paroi des vaisseaux avec une baisse de l’athérome, c’est-à-dire le dépôt graisseux situé sur la paroi interne des artères) et le contenu, le sang (avec une moindre activité des facteurs de la coagulation, une baisse du mauvais cholestérol et une agrégabilité plaquettaire plus réduite).

Tout ceci est avéré. À travers toute l’Histoire, on retrouve en tous lieux des conseils de modération depuis le temps des pharaons. Chez Hippocrate, il convenait de boire une cotyle (soit 0,26 l), pour St Benoit une hémine (0,24 l) et les médecins médiévaux préconisaient un demi-setier (0,23 l), soit l’équivalent de nos deux verres de vin rouge par jour (0,24 l) prônés par les médecins modernes.


Fild : Qu’est-ce qui permet ce processus ?

Marc Lagrange : Grâce aux polyphénols (antioxydants) qu’on retrouve très concentrés dans les vins rouges et essentiellement dans deux cépages : la syrah et le tannât.
Le vin rouge est donc plutôt bon pour la santé, alors que les vins blancs, moins riches en polyphénols (dont le resvératrol) sont sous cet angle sanitaire, plus des vins de plaisir. Il ne faut pas boire pour autant, deux fois plus de blanc parce qu’il y a moins d’éléments bénéfiques que dans le vin rouge ! Cela ferait deux fois plus d’alcool.

Fild : Pensez-vous que les gens ont conscience de ces bienfaits ?

Marc Lagrange : Ils demeurent méconnus du grand public. Les gens ignorent en général le côté bénéfique du vin bon pour la santé, à cause des "pisses-froids médiatiques" (le politiquement correct) qui ne voient que le côté négatif. Ce qui fait la vertu sanitaire du vin, en plus du cépage, soit la qualité, c’est la modération, à savoir la quantité.

En conclusion, un verre, c’est bon pour la santé, et le reste de la bouteille, c’est bon pour le moral ! Le vin sur un plan épicurien, doit relever du partage et de la convivialité. Rappelons-nous Emile Peynaud, grand œnologue bordelais des années 1980, qui affirmait « Buvons peu, mais bon, pour boire longtemps ».


Bibliographie :

* Le vin et la médecine : de l’Antiquité à nos jours Ed Féret 2005

* Vin et santé : qu’en pensent les médecins ? Ed GFA 2019

18/02/2020 - Toute reproduction interdite



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