Parmi les soignants qui ne souhaitent pas se faire vacciner figurent des infirmiers, des médecins ou des aides-soignants. Depuis une semaine, ces derniers se voient ainsi taxés d’égoïsme, voire accusés d’être les principaux propagateurs du Covid au sein des structures sanitaires.

Notre journaliste a interrogé des membres du Collectif Inter-Urgences* - lequel alerte avec force sur la situation - pour comprendre ce qu’il en est vraiment.

Par  Matteo Ghisalberti.

 

Le président de la République a peut-être oublié que depuis l’arrivée en France du virus né en Chine, le personnel soignant a fourni d’énormes efforts pour sauver la vie ou alléger les souffrances de milliers de Français. Le tout avec les moyens du bord qui bien souvent n'étaient pas suffisants pour faire face à une catastrophe planétaire telle que celle que nous traversons.

Bien avant que ne déferle la première vague de Covid sur l’Hexagone, les hôpitaux de France se trouvaient déjà dans une situation difficile avec un manque cruel de moyens, de lits et de personnel.

Selon l’un des représentants du Collectif Inter-Urgences « si lors de la première vague, certains aides-soignants ont pu devenir des vecteurs involontaires de la maladie, c’était à cause du manque de masques, de gants et de surblouses. Maintenant que ces protections sont disponibles en nombre suffisant, le risque de transmission par les professionnels de santé est limité ».

Il faut rappeler que ces déficits de matériel étaient le résultat - entre autres - des coupes budgétaires décidées par les gouvernements français au cours des dernières décennies, dans le but de respecter la discipline budgétaire imposée par l’Union Européenne.

Quelques mois avant le début de la pandémie, les représentants des métiers de la santé battaient d’ailleurs le pavé pour manifester contre la réforme des retraites. Au cours des deux années précédentes, de nombreux infirmiers et aides-soignants avaient rejoint les rangs des Gilets Jaunes pour dénoncer leurs conditions de travail.

Face à ces cris d’alerte, le Président Emmanuel Macron - et les premiers ministres qui se sont succédé depuis son arrivée à l’Élysée - ont fait comme si de rien n’était. “Depuis plusieurs années nous alertons sur l’état du secteur sanitaire français. Dès 2019, nous avons clairement exprimé nos craintes en cas une crise sanitaire majeure. Le gouvernement a malheureusement fait le choix de ne pas les considérer » constate le représentant du Collectif Inter-Urgences.

Une stratégie de communication gouvernementale déficiente


Contrairement à ce qu’affirment certains, la plupart de ces soignants réticents à l’obligation vaccinale ne le sont pas pour des raisons idéologiques. “Le Collectif Inter-Urgences est favorable à la vaccination de toutes les personnes qui le souhaitent, comme le révèle l'Initiative Citoyenne Européenne pour la levée des brevets des vaccins à laquelle nous souscrivons et participons. En revanche, nous sommes opposés à l'obligation vaccinale. D’une part, pour respecter la liberté individuelle de chacun et, de l’autre, pour rappeler que la stratégie de communication du gouvernement et des scientifiques a été déficiente” affirme le représentant du Collectif Inter-Urgences.

Le Collectif craint que l’obligation vaccinale pour les soignants et d'autres catégories professionnelles favorise la stigmatisation de personnes qui sont encore et toujours sur le front.

La résistance à l’obligation vaccinale est plutôt liée aux souvenirs de la première vague et des précédentes campagnes obligatoires. « Il est difficile d’oublier le cafouillage autour des masques » rappelle notre interlocuteur. « De plus, une partie des soignants appartient à la génération à laquelle le vaccin contre l’hépatite B avait été imposé. Donc ils se demandent quels seront les effets du sérum anti-Covid dans dix, quinze, vingt ans ».

Selon certains soignants, l’obligation vaccinale aurait pu être évitée si la gestion de la campagne de vaccination du premier semestre 2021 avait été différente. « Le président de la République a déclaré dans son allocution que les choix faits pendant cette crise étaient les bons. Mais c’est ubuesque » relève un représentant du Collectif Inter-Urgences. Pour lui, « Il ne s’agit pas de refaire l’histoire. Mais on peut se demander si on en serait là si les jeunes avaient pu se faire vacciner déjà depuis le mois de mars ou avril. Là encore, il y avait un problème de pénurie ».

Cette semaine, le projet de loi portant sur le passeport sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants débutera son chemin parlementaire. Inter-Urgences “va attendre de connaître le contenu de la loi. Le Collectif évaluera la possibilité de présenter des recours” comme l’explique son représentant.

*Témoignages sous anonymat

19/07/2021 - Toute reproduction interdite


Des flacons vides de vaccins Pfizer-BioNTech COVID-19 sont vus dans un centre de vaccination à Nice, France, le 13 mars 2021.
©Eric Gaillard/Reuters
De Matteo Ghisalberti