International | 28 mai 2018

Porte - avions : Le nouveau graal de la puissance militaire et politique

De Meriadec Raffray
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Dix ans après la chute de l’URSS, seuls 9 des 52 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la flotte soviétique sont encore opérationnels. Ce bouleversement politique va transformer « l’océan mondial », jusqu’alors théâtre privilégié de l’affrontement Est-Ouest, en arrière-cour des marines occidentales.

Cette période vient de s’achever avec l’émergence ou à la réémergence de puissances navales non occidentales, qui ont tiré les leçons stratégiques de la mondialisation du commerce et de la maritimisation des économies. Le phénomène s’incarne dans leur volonté de se doter de porte-avions, ces outils de diplomatie politique, de suprématie navale et de supériorité aérienne. Quelques-unes s’efforcent de (re)construire leur flotte autour de cette unité. Elles ciblent in fine la version la plus aboutie, que seuls alignent les Etats-Unis et la France, à pont plat, catapultes et brins d’arrêt. La plupart aspirent à intégrer le club des puissances aéronavales grâce à des formules intermédiaires (à tremplin et brin d’arrêt) ou minimales (à tremplin et avions à décollage et atterrissage vertical). Toutes progressent au rythme des contraintes liées à ces navires complexes et coûteux. Leur avancée reflète l’état de leurs bases industrielles et technologique de défense (BITD).

La Russie de Poutine possède un seul bâtiment : le Kuznetsov. Fin 2016, ce navire à propulsion classique, de type intermédiaire, presque trentenaire, se déploie pour la première fois en Méditerranée orientale. Fautes de ressources, sa rénovation prévue entre 2018 et 2020 sera réduite, et la commande de ses deux successeurs, des unités de 100 000 tonnes à propulsion nucléaire et catapultes électromagnétiques, repoussée au-delà de 2025. Pour Moscou, la modernisation de la flotte sous-marine stratégique est prioritaire. Puissances océaniques en devenir, l’Inde et la Chine misent sur le porte-avions et déroulent une stratégie similaire. New Dehli possède un ex porte-aéronef soviétique. Elle achève la construction d’une seconde unité. Avec plusieurs années de retard, sa livraison pourrait intervenir en 2020. Une troisième unité est programmée pour 2030. Son voisin chinois opère lui aussi un ex-bâtiment soviétique, le Liaoning. Depuis 2013, il lui sert à se roder. Son décalque made in China va bientôt commencer ses essais à la mer. Une troisième unité est commandée ; beaucoup plus grosse, elle sera équipée de catapultes électromagnétiques.

A l’extrême sud-est, le Japon a répliqué en s’équipant de deux porte-hélicoptères lourds capables d’accueillir des F35-B, la version à décollage et atterrissage vertical du nouveau chasseur américain polyvalent. C’est aussi le compromis adopté par des marines occidentales de second rang, comme Italie, l’Espagne ou l’Australie, mais également la Grande-Bretagne, à plus grande échelle. Pour renouer avec sa capacité sacrifiée en 2010, Londres a construit deux gros porte-aéronefs de 65 000 tonnes qui seront armés du F35-B. Le premier entre en service en 2020.

Quant aux Etats-Unis, ils ont commandé deux mastodontes de nouvelle génération pour soulager la charge pesant sur leurs 10 groupes aéronavals. La première unité supplémentaire (112 000 tonnes, des catapultes électromagnétiques, 60 avions de combat) entrera en service en 2020. Dans une position singulière, la France s’apprête à lancer les études du successeur du Charles de Gaulle, qui arrive en fin de vie vers 2038-2040. Le flou subsiste sur son intention d’en fabriquer deux afin de rétablir la permanence à la mer de son groupe aéronaval.

29/05/2018 - Toute reproduction interdite.


Un avion de combat Rafale français se prépare sur le pont d'envol du porte-avions Charles-de-Gaulle opérant en Méditerranée orientale le 9 décembre 2016.
De Meriadec Raffray

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