Environnement | 30 juin 2019
2019-6-30

Pollution marine: "94% des plastiques ont une taille microscopique"

De GlobalGeoNews GGN
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Depuis quelques années, la problématique de la pollution en mer a changé de cap avec la découverte des micro-plastiques. Romain Troublé, navigateur et directeur général de la Fondation Tara Océans nous livre son analyse sur la question. Propos recueillis par Marine François. 

Que pensez-vous des projets de collecte des plastiques en milieu maritime ?

En ce qui concerne le plastique dans les océans, il convient d’abord de distinguer le « stocks » et les « flux ». Le stock concerne le plastique accumulé et présent en ce moment même dans l'océan. Les flux correspondent au plastique qui continue de se déverser quotidiennement dans l'océan. Des initiatives comme The Ocean Clean-up ou The Sea Cleaners s’attaquent à ce stock en nettoyant les macro-déchets plastiques en mer. Il n’y a en fait que peu de gros déchets en surface en pleine mer car ils s'accumulent surtout dans les baies. « Le continent de plastique » par exemple regorge de micro-plastiques difficiles à récolter comme nous l'avons constaté à deux reprises avec Tara. L’urgence est de s’intéresser aux flux : Comment arrêter l’hémorragie ? La question des fleuves est très importante, car c’est en grande partie par là que le plastique arrive dans l'océan. C’est sans aucun doute pour cette raison que The Sea Cleaners a orienté son projet sur la collecte aux embouchures par exemple. La Fondation Tara Océan prévoit quant à elle d’aller dans les dix des principaux fleuves européens pour d’abord relever des mesures sur le plastique avec le CNRS, déterminer son impact et on l'espère son origine, et tenter de comprendre quelles seront les actions à mener à terre. Ces éléments permettront de savoir où investir l’argent public. Les initiatives privées aident à la prise de conscience des gouvernements, et demain la force publique devra agir. Des lois émergent déjà et certains pays ont pris des initiatives comme le Japon lors du dernier G20.

Quelle est la mission de la Fondation Tara Océan ?

C'est une fondation dont l’objectif est de soutenir la recherche scientifique sur l'Océan et la sensibilisation des publics. On développe de nombreux projets depuis 15 ans. Tara Océan est un observateur spécial auprès de l’ONU. A bord de la goélette, chercheurs, marins, et artistes parcourent la planète pour différentes missions comme l’étude du plancton, de la pompe à carbone biologique dans l'océan, l’oxygénation, et la pollution plastique à la surface de la mer.

Qu’est-ce qu’un micro - plastique ? Comment le récupérer ?

Aujourd’hui, on ne sait pas précisément d’où vient cette pollution. Pendant longtemps on a cru que le problème venait des déchets macros, c'est-à-dire les déchets visibles de plusieurs dizaines de cm. Mais avec ces expéditions, on estime que 94% des bouts de plastique dans l’océan ont une taille microscopique. Il s’agit du stock de plastique accumulé depuis 70 ans, qui a coulé dans la mer via un flux qui continue de l’alimenter. On estime qu’à chaque minute, l’équivalent d’un camion d’ordures s’écoule dans les océans. En théorie, on peut les récupérer avec un filet très fin (300 microns) mis à l’eau. C’est techniquement possible, mais avec quelques nuances : dès que l’on va trop vite, le filet s’arrache car il laisse peu passer l’eau. Le vrai problème réside surtout dans la collecte de planctons avec ce procédé : on ne peut donc pas enlever ces micro plastiques sans affecter l’écosystème. En bref, on sera bien incapables de nettoyer l'océan aussi vite que nous le polluons. Il faut réduire notre pollution à terre par tous les moyens.

Quel est le devenir de ces déchets micro - plastiques en mer ?

Il va falloir se faire une raison quant au « stock » accumulé en mer : une partie va aller au fond des océans, l’autre sera ramenée sur nos côtes par les vagues. Au fil du temps, les particules vont devenir de plus en plus petites jusqu’à devenir des nano plastiques, et personne ne sait ce que ça deviendra. Peut être que dans un siècle nous observerons une couche de plastique dans les sédiments, une sorte de "plasticocène". La recherche sur la question date d’il y a à peine 10 ans. Pour vous donner une idée, le premier article concernant le plastique dans les fleuves date de 2013. C’est une situation compliquée et la communauté scientifique n’a pas encore les réponses concernant ce problème qui deviendra très vite un enjeu de santé publique à mon sens.

Pensez-vous que le plastique dans l'océan est une fatalité ?

Tout change dans ce monde. Regardez par exemple comment internet a changé très rapidement notre société (…). Je pense que les jeunes générations continuellement sensibilisées sur le principe du développement durable ne consommeront pas comme leurs parents, comme nous... Je crois au contraire que l’on peut arrêter ce flux dans les années qui viennent. Pour cela il faut évoluer dans nos habitudes de consommation, il faut éduquer encore et également légiférer. Là est la solution. Elle concerne aussi l’industrie qui doit revoir sa copie, et proposer des produits que les consommateurs de demain rechercheront. In fine c'est aussi une question de viabilité à moyen terme de l'industrie. Le plastique est un matériau magique, mais son utilisation pour les emballages représente la moitié de sa consommation globale. Il faut se demander comment nous passer de cet usage unique et temporaire. Plus qu'un problème, j'y vois un défi à relever, tous ensemble.

Quelles sont les autres problématiques qui impactent les océans ?

Des problématiques concernant le manque d’oxygène émergent, tout comme le réchauffement de l’écosystème et la migration des stocks de poissons vers le Nord en Atlantique. L'océan capte également beaucoup de CO2, ce qui aura des conséquences, notamment sur les animaux dotés de carapaces de calcaire et sur bien d’autres éléments de l’écosystème vers le milieu du siècle.

01/07/2019 - Toute reproduction interdite


Romain Troublé
©V.Hilaire /Fondation Tara Océan
De GlobalGeoNews GGN