Après avoir vécu plus de soixante ans dans le mythe de l´unicité, les algériens découvrent, comme partout dans le monde arabe et musulman, la diversité des différentes mouvances islamistes.

Abdelaziz Bouteflika et son gouvernement partent en guerre contre les courants islamistes, considérés comme une véritable agression contre la cohésion et la sécurité nationale. Le président algérien a dit en substance, dans un message adressé à la nation, le 16 avril dernier: « L’unité du peuple algérien sunnite est confrontée, aujourd’hui, à des idées, qui nous sont complètement étrangères et à d’effrayantes thèses religieuses qui ont été, dans un passé très proche, source de Fitna et pourraient encore l’être si elles ne sont pas appréhendées avec clairvoyance »

Pourtant, depuis l´ « intronisation » en 1999 de Abdelaziz Bouteflika, le nombre de mosquées est passé de 8.000 à plus de 20.000 (*), sans compter les salles de prières et les écoles coraniques. En parallèle plus de 4.000 bars et commerces de débit de boissons ont été, pour une raison ou une autre, fermés, avec la bénédiction de l’État, dont le projet-phare est l’érection à Alger de « la plus grande mosquée du monde », après celles de La Mecque et de Médine en Arabie saoudite. Le cercle présidentiel accélère sa construction pour la livrer en cette fin de 2018. Capable d’accueillir 120 000 fidèles, cette « mosquée de Bouteflika », comme se plait-on à l’appeler ici, portera certainement son nom, susurre-t-on çà et là. « On y célèbrera même l´office religieux de son décès » s´amuse à dire un général-major à la retraite.

Aujourd´hui, tout courant islamiste importé d´Orient ou d´Asie est supposé être dans le collimateur du pouvoir. Des Ahmadis, membres d´une confrérie pakistanaise, sont arrêtés et poursuivis en justice. Des Chiites connaissent le même sort. À Ghardaïa, ville du sud de l’Algérie où vit la majorité des membres de la communauté mozabite ibadite, des affrontements souvent meurtriers opposent cette minorité aux chaambas malékites (sunnites). Partout sont persécutés les adeptes du courant des Coranistes et de la voie Karkaria (importée du Maroc).

En Algérie, l´islamisme n´a pourtant pas eu besoin de parti politique ni de leader, ni d´ailleurs de mouvement pour s´imposer dans la société. Presque normalement, le foulard pour une partie des femmes est devenu une vertu nationale et le Kamis une norme, le vendredi, jour de la grande prière…

Pour faire face à la prolifération de nouveaux rites importés de l'étranger et évidemment récupérer, voire amadouer la base de l´ex parti du Front Islamique du Salut dissous, qui se chiffre, selon des sources sécuritaires à plus de deux millions de sympathisants, l´État algérien a renforcé le contrôle des mosquées mais aurait aussi conclu avec certains cheikhs du salafisme algérien un accord leur permettant de veiller à la morale publique. Tout en surveillant de près sur ce que peut représenter ce réservoir électoral qui grossit lors des différentes élections/

Car l´intention du clan au pouvoir est aussi économique. Par l´encouragement de la finance islamique et le Banking Halal, la présidence a initié le projet de siphonner la sphère de l´économie informelle, contrôlée en majorité par les salafistes et qui est chiffrée en moyenne à plus de 50 milliards de dollars en 2018. Ce qui représente entre les 40 à 50% de la masse monétaire en circulation en Algérie, données corroborées au début de l´année, par le Premier ministre Ahmed Ouyahia et Mohamed Benmeradi, l’ ex ministre du commerce.

(*) Pendant ce temps, la population est passée de 32 à presque 42 millions.

11/05/2018 - Toute reproduction interdite.


Les membres du Front islamique du salut (FIS) interdit en Algérie crient des slogans lors d'une manifestation à Alger le 14 septembre 2012
De Bouziane Ahmed Khodja