Maître Fabrice Di Vizio est l’avocat du Collectif de médecins C19 qui a porté plainte contre Agnès Buzyn et Edouard Philippe pour « mensonge d’Etat ». Dans ce texte qu’il nous a demandé de relayer, il appelle à ne plus reproduire les mêmes erreurs, à ne plus considérer notre monde comme une banque, et les hommes comme des pions.

Il y a un an la cathédrale Notre Dame de Paris brulait sous les yeux teintés de larmes des français et avec eux du monde entier !

Le 6 avril 2020, le journal Libération laissait la parole au procureur de la république de Paris pour qui « A ce stade, aujourd'hui, nous restons sur l'hypothèse qui a fait l'objet d'une communication (...), l'hypothèse accidentelle »

Un accident ! C'est par accident que le patrimoine de la France brûlait, ce n'est de la faute à personne sinon à cet ennemi qu'est le temps, à ces adversaires que sont les flammes.

Un an plus tard, un virus meurtrier ravage les colonnes de l'humanité tout entière, et il était imprévisible nous disent les scientifiques, les politiques, et même les juristes qui voient dans celui-ci un des éléments de la force majeure.

En somme, ce qui nous arrive est faute à pas de chance, un coup du sort comme on dit, et personne n'y peut rien !

D'ailleurs, le point commun entre l'incendie de Notre Dame et le Covid-19 ne s'arrête pas là : dans les deux cas, l'armée est à l'œuvre, dans les deux cas, la guerre et son langage, ses héros ! Les pompiers de Paris, corps militaire qui sont intervenus sur le plus grand incendie que la capitale ait connu, et héros incontestés. Et puis, un militaire et non des moindres : « un général qui dévoile son plan de bataille », titrait Libé il y a peu.

Un an plus tard, nos héros sont eux aussi casqués (ou devraient l'être), et le chef des armées a déclaré la guerre, tandis que les militaires sont dans nos hôpitaux pour soigner, sauver.

Ainsi va la France, elle mène ses guerres, elle déploie ses armées, elle célèbre ses héros.

Mais... les pompiers de Paris sont face à un terrible constat : " Si tu donnes la possibilité aux pompiers de Paris de démissionner, t'as la moitié de chaque caserne qui s'en va" titrait le journal Le Monde en septembre 2019, laissant la parole à l’un de ces hommes au cuir intérieur aussi épais que celui extérieur.
Et l’incendie avait ses prophètes, comme par exemple Paolo Vannuci, qui était chercheur au CNRS et qui expliquait les failles de sécurité de la cathédrale.

Pour le virus, ces héros en blouse blanche sont applaudis le soir, et certains leur proposent la légion d'honneur le matin du moment qu'ils meurent au combat.

Mais... les soignants pour la moitié d'entre eux, éprouvent un sentiment de burn-out généralisé et dans l'indifférence, de l'interne au chef de service, du médecin généraliste à l'infirmier, se suicident.

Et lorsqu'ils manifestent ... on connait la suite...

Et les prophètes ne manquent guère...

Alors ? Que va-t-il se passer maintenant ?

Pour le savoir, il faut regarder en arrière ! La cathédrale est vide, à moitié détruite, et la reconstruction s'avèrera longue et complexe, périlleuse et onéreuse ! En aura-t-on la force, en aura-t-on seulement le désir ?

Et c'est une merveilleuse image du monde qui nous attend: à moitié détruit, tandis que sa reconstruction sera longue et douloureuse, et en effet tout autant périlleuse et onéreuse que pour la cathédrale.

Déjà, pour elle, se font jour les "qu'ils la ferment," et les projets les plus farfelus doivent pouvoir s'exprimer : la reconstruction à l'identique, entendue comme la préservation de la mémoire ne saurait être érigée en principe : le monde bouge, pourquoi pas la flèche de la cathédrale ?

Et pour nous ? Si l'enjeu était le même que pour ce monument : préserver la mémoire de ce que nous sommes, en reconstruisant nos sociétés comme des flèches de cathédrales tournées vers le haut. Reconnaître que nous n'avons pas su préserver notre patrimoine immatériel comme notre patrimoine matériel. Se décider enfin à reconnaitre les cathédrales pour ce qu’elles sont : des symboles puissants de notre désir d'infini, et les hommes pour ce qu'ils sont, des flèches qu'il nous faut préserver car ils nous montrent les cieux

Nous avons pensé au tourisme, et nous découvrons que la cathédrale n'était pas un musée, mais un poumon et que passer devant celui-ci, alors qu'il peine à respirer, est une souffrance qui chaque jour doit nous conduire à proclamer comme une injonction à nous même : « plus jamais ça » !

Nous avons pensé à l'économie, et nous découvrons que notre monde n'est pas une banque, et que les hommes ne sont pas des pions interchangeables au service de la mondialisation, mais des frères, des flèches de cathédrale qui tournent notre regard vers le haut.

Quand demain, nous passerons devant nos hôpitaux, nos EPHAD, puisse raisonner en nous cette même injonction encore plus vitale : « non, plus jamais ça ! »

Nous sommes, comme pour Notre Dame de Paris, à la croisée des chemins : profiter de la destruction pour reconstruire en laissant libre cours à nos fantasmes les plus fous, le tout sous couvert de modernité ou alors prendre conscience que la mémoire de l'humanité a un besoin précieux d'être protégée car elle est aussi fragile que nécessaire.

Quoi qu'il en soit, attention car, comme le disait merveilleusement un auteur : « Le passé, parfois, vous saute à la figure, toutes griffes dehors, comme un chat.»

Et lorsqu'il nous sautera au visage, nos plaies à peine cicatrisées n'en seront que plus douloureuses…

10/04/2020


Maître Fabrice Di Vizio
DR
De GlobalGeoNews GGN