Louis de Broissia est membre honoraire du Parlement  et ancien Ambassadeur. Fin connaisseur du Liban, il nous donne quelques clefs pour que le Pays du Cèdre sorte du chaos économique et politique.

                                                                                                                     Tribune.

Depuis que mon cousin, le RP Michel Allard, jésuite attaché à l’Université Saint-Joseph, est mort en janvier 1976 tué par un obus,

je professe mon affection pour ce pays, avec tant d’autres de mes compatriotes. Ami des franco-libanais si activement présents dans notre société hexagonale, j’affirme ma totale partialité ; puisque j’ai aussi une amitié respectueuse pour le Général Aoun, que j’ai connu d’abord pendant la guerre à Beyrouth, puis en son long exil en France.

Aujourd’hui le peuple libanais est fatigué de la décrépitude de ses institutions, de l’effondrement économique, de la corruption ; mais demeure debout, réactif, sans renier le rôle éminent du Pays des Cèdres : celui de l’accueil de tous, et de la médiation entre le Coran et la Bible. Sur un territoire exigu (un peu plus vaste que la Côte D’or…) vivent 4,5 millions de libanais, ayant accueilli 1,5 million de réfugiés syriens après ½ million de palestiniens. Quelle autre nation supporterait cette charge sans se sentir écrasée ? Le Liban s’honore de demeurer un exemple d’équilibre et d’engagement envers les plus défavorisés.

Alors, pour que cette mission se perpétue, nous devons – et le Président Macron s’y est engagé – organiser, avec l’appui de la forte diaspora (France, Canada, Afrique, etc), sous la responsabilité de l’ONU, avec le soutien des USA :

1/ l’aide financière structurée au Liban, dans toutes ses composantes ; permettant aux sinistrés de relever la tête hors des eaux boueuses du clanisme ;

2/ l’assistance politique et pratique aux autorités qui restent dans ce pays dévasté pour sortir des accords de TAEF, mettant en place une démocratie directe (élection du Président de la République au suffrage universel), sortant des pactes religieux ( mais pourquoi pas incarnée dans une Assemblée Nationale élue au suffrage universel et appuyée par un Sénat issu des diverses confessions et minorités) ;de très bons constitutionnalistes français sont disponibles ;

3/ le soutien à un Président de la République, le Général Aoun, qui doit organiser au plus vite cette transition que le peuple appelle du nom que la France connaît bien «révolution ».

4/ enfin la France, avec sa diplomatie, doit se montrer capable de concrétiser le respect dû au Liban par ses voisins immédiats ou proches, avec l’appui de l’Amérique.

Au Général Aoun d’affirmer sa volonté de faire bouger au plus vite son pays, fixant des échéances proches, et permettant à toutes et à tous, dans cette fière Nation, de croire que l’explosion dans le port de la capitale n’aura pas fait tant de morts, de blessés et de sans-abris pour rien ou presque rien.

Courage mon Général, le Liban que nous aimons tous reviendra !

14/08/2020 - Toute reproduction interdite.


Le président libanais Michel Aoun prononce un discours au palais présidentiel de Baabda, au Liban, le 25 juin 2020.
Mohamed Azakir/Reuters
De Louis de Broissia