Interviews | 26 avril 2021

Pierre Rehov : « Les nazis et les islamistes ont entretenu une relation très amicale »

De Fild Fildmedia
4 min

Romancier et reporter spécialiste du Proche-Orient, Pierre Rehov publie « 88 », son quatrième roman (Éditions Cosmopolis, 2021). Dans une histoire où nazisme, communisme et islamisme se mêlent, l’auteur plonge ses lecteurs dans un monde pas si éloigné de la réalité.

Entretien conduit par Alixan Lavorel.

Fild : Que signifie le titre de votre roman, « 88 » ?

Pierre Rehov : C’est un signe de reconnaissance entre les néonazis. Le 8 correspond à la huitième lettre de l’alphabet, le H. 88 forme donc un double - H, comme « Heil Hitler ». Il est notamment utilisé en Allemagne de l’Est et aux États-Unis. C’est une pratique qui se développe malheureusement de plus en plus en Europe et en France. Dire « 88 » est une façon d’assumer d’être un néonazi aujourd’hui, sans être dans l’illégalité car personne ne va en prison pour avoir prononcé ce chiffre.

Fild : Au fil des pages, les lecteurs découvrent une histoire se déroulant autour des totalitarismes nazis, staliniens et islamistes. Ont-ils de réels points communs ?

Pierre Rehov : Le facteur déterminant de tous les totalitarismes est la peur générée depuis le sommet vers la masse afin de continuer à exploiter et à pousser une idéologie qui appartient à un petit nombre. Il n’y a pas d’autres moyens pour les populations que d’accepter de sacrifier une partie de leurs libertés en contrepartie d’une sécurité illusoire. Voilà le point commun faisant qu’une grande masse va accepter d’être dirigée par une minorité, qu’elle soit cléricale, avec l’islamisme, ou politique, avec le nazisme, et le stalinisme.

Fild : Les groupes islamistes actuels se sont-ils inspirés du Troisième Reich ?

Pierre Rehov : Totalement. Les nazis et les islamistes ont entretenu une relation très amicale. Le monde musulman était largement dominé par les grandes puissances coloniales qu’étaient la France et le Royaume-Uni. Ces pays se sont partagé le Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale. Les islamistes ont donc pensé qu’en se rapprochant de l’Allemagne nazie, ils pourraient lutter contre leurs colons et s’en débarrasser grâce à un nouvel allié qui montait en puissance en Europe. Au-delà du rapprochement stratégique et ponctuel, il y avait une véritable convergence d’idéologies. Aujourd’hui encore dans le monde arabo-musulman, on ressent cette cristallisation contre les juifs et un antisémitisme virulent, né de cette alliance avec les nazis de l’époque. Nombre de ces-derniers ont échappé à la justice des Alliés en se réfugiant en Syrie ou en Égypte et en devenant des conseillers politiques ou militaires.

Fild : On rencontre dans le roman des familles entières dévouées au régime nazi au XXIème siècle aux États-Unis. Qu’en est-il en Europe ?

Pierre Rehov : Mes recherches pour ce livre m’ont principalement conduit à découvrir le néonazisme en Allemagne et dans la Russie post-soviétique. Dans cette dernière, l’un des mouvements les plus virulents et dangereux s’appelle le Pamiat. Ses membres propagent encore aujourd’hui les idéologies nazies les plus féroces. Ils sont très organisés avec des camps d’entraînement remplis de déçus du communisme et des nostalgiques de la toute-puissance Soviétique. Le phénomène du néonazisme en Allemagne est aussi la résultante de la domination de l’URSS. À l’Ouest, il y a eu un tel choc et une telle prise de conscience de l’abomination nazie qu’il y a eu un rejet massif de la population allemande envers ces idéologies. Toutefois, en Allemagne de l’Est, la chape communiste qui s’est installée et qui empêchait la société d’évoluer les a conduits à rester dans la nostalgie du nazisme.

Fild : L’un des personnages dit au début du récit : « la crainte de nos experts c'est qu'ils [les islamistes, les nostalgiques de Staline et les nazis, ndlr] trouvent un leader commun ». Sommes-nous plus proches de la réalité ou de la fiction ?

Pierre Rehov : La réalité est en train de rattraper la fiction. Vous le voyez de plus en plus aujourd’hui, des entreprises comme Daesh ont porté en elles tous les serments du nazisme. J’ai très peur de ce qui est en train de se créer dans le monde réel. Imaginez une alliance entre le pire système religieux actuel, c’est-à-dire l’islamisme, et le pire système politique que l’humanité a pu créer, le régime nazi !

Fild : Quel est le message de votre roman ?

Pierre Rehov : C’est un livre qui voudrait ouvrir la porte vers une société nouvelle dans laquelle les religions n’auraient plus le même poids qu’elles avaient jusqu’à une époque récente. Mon message est beaucoup plus philosophique que politique et découle d’une vraie réflexion personnelle sur la spiritualité et les religions en général. Au final, je ne prône qu’une chose : la liberté individuelle. Ne jamais sacrifier sa liberté, quoi qu’il advienne, et se battre pour la préserver sans jamais laisser d’autres diriger sa vie. C’est donc un message contre les religions, mais aussi contre les systèmes autoritaires.

22/04/2021 - Toute reproduction interdite


"88" par Pierre Rehov
© Editions Cosmopolis
De Fild Fildmedia

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