Avec le soutien de la Marine nationale et de sponsors privés, le nageur de combat suit les traces d’Eric Tabarly. A 38 ans, il s’attaque à la Solitaire du Figaro. Et rêve déjà du Vendée Globe. Portrait.

            Par Mériadec Raffray

Forcément, la comparaison vient à l’esprit : depuis Eric Tabarly, disparu en mer le 13 juin 1998, aucun marin de la « Royale » n’avait repris le flambeau de cette figure de légende de la course au large. On l’oublie parfois, derrière le navigateur, il y avait le militaire. Le Breton s’était engagé en 1952 pour suivre le cours des pilotes à Saint-Mandrier, avant de partir pour l’Indochine, puis de gravir les échelons jusqu’au grade de capitaine de vaisseau. C’est sur ses traces que marche désormais le premier maître Philippe Hartz. A 38 ans, après deux décennies d’une vie trépidante chez les commandos marine, le nageur de combat, instructeur à l’école de plongée de Saint-Mandrier, renoue à plein temps avec sa passion d’enfance : la voile de compétition. Un virage pris avec l’appui de la Marine nationale. L’institution lui garantit son statut et sa solde de sous-officier contre la perspective de « communiquer autrement ses valeurs ». Dans une lettre d’encouragement, le pacha de la Marine, l’amiral Pierre Vandier, loue son engagement. L’intéressé confie : « La comparaison avec Tabarly me rend tout petit. Statistiquement, j’ai peu de chances de briller sur l’eau durant cette saison. Mais je vais vite grandir, et j’ai mon orgueil. Si un autre l’a fait avant moi, alors c’est possible ! »

Début mars, le militaire avait déjà collecté auprès de mécènes privés la moitié de son budget, qui s’élève à 150 000 euros. Leur nom figurera sur son bateau. N’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure qui, en janvier, lors qu’il « sort du bois », prédisent son échec. Philippe sera bien, le 19 mars aux Sables-d’Olonne, au départ de la course inaugurale de la saison 2021 : la Solo Maître Coq. Une épreuve qu’il disputera aux commandes de son Figaro Benneteau 3 baptisé « Marine Nationale-Fondation de la Mer » - ses deux principaux sponsors. C’est le premier monotype de série doté de foils, qui promet d’accrocher les 25 nœuds en vitesse de pointe, s’enthousiasme le guerrier alors qu’il achève ses préparatifs au cœur de cette « Sailing Valley » française éclose à l’ombre de l’ancienne base sous-marine de Lorient, à quelques encablures du QG des commandos marine. « Beaucoup sont au courant de ce que je fais, et me témoignent de la sympathie ». Philippe reste discret sur sa vie d’avant. « En passant de l’ombre à la lumière, j’ai tourné une page », justifie-t-il. Tout en concédant quand même que son expérience lui confère quelques atouts pour creuser l’écart sur l’eau : « une excellente condition physique, la résistance au mal, un sens marin complet et une façon de voir les choses ; quand on se dit que rien n’est impossible, on a déjà gagné le combat ».

« Il est permis de rêver en grand »

Philippe Hartz insiste sur la « confiance en soi ». Un trait de caractère développé grâce, d’abord, à l’éducation reçue de ses parents. « En ne me fixant pas de limites dans ce que j’entreprenais, ils m’ont signifié que tout m’était accessible ». A 7 ans, le blondinet - son père est danois, son grand père était baleinier - découvre l’Optimist sur les plages de Loire-Atlantique. C’est le déclic. A 18 ans, le gaillard est champion de France et d’Europe dans la catégorie dériveur 420. L’année dernière, pour son retour à la compétition, le commando marine décroche une deuxième place avec son « Laser »* dans le circuit national. Cette confiance en soi, il l’a affermie dans le giron de la Marine : « A condition d’être prêt à ne pas se ménager, cela vaut le coup de pousser la porte. On peut y apprendre un métier, évoluer, connaître l’aventure. J’ai de nombreux exemples autour de moi ». Avec de l’engagement et de la foi, « il est permis de rêver en grand ». En relevant ce défi sportif, c’est l’un des messages que Philippe souhaite adresser aux jeunes, en particulier des pupilles de la Nation, et aux blessés de guerre. Fin août, lors de la Solitaire du Figaro - la course qui révèle les futurs skippers d’exception - son objectif est de monter sur le podium des bizuts. Dans 8 ans, il se verrait bien s’attaquer au Graal de la course de large, le Vendée Globe. Que l’aventure commence !

*catégorie de dériveur ultra léger, type 420

06/03/2021 - Toute reproduction interdite


Portrait du premier maître Philippe Hartz, nageur de combat, instructeur plongeur de Marine à l'école de plongée du Pôle École Méditerranée de St Mandrier dans le cadre de sa candidature à la solitaire du Figaro 2021.
Rémy Martin/Marine Nationale/Défense
De Meriadec Raffray