Doué d’une culture et d’une mémoire phénoménales, Philippe David décrypte chaque matin du weekend ainsi que les mercredis, jeudis et vendredis soir l’actualité sur Sud radio. Avec succès, puisque son émission, « le Grand Matin Weekend » fait un tabac. Entretien avec ce journaliste hors norme, en quête d’authenticité. Propos recueillis par Emmanuel Razavi.

Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, quel est le concept de votre matinale ?

C’est une matinale de weekend, un moment qui se passe souvent en famille autour d’une tasse de café et de croissants. On a donc décidé cette année d’alterner l’actu chaude avec des respirations plus légères ou culturelles qu’on n’entend pas dans les autres matinales de weekend. Ainsi on a dès le samedi matin une chronique intitulée « on décrypte le monde » où on évoque avec un spécialiste ce qui se passe ailleurs et dont les médias français parlent peu voire pas du tout. Ces deux dernières semaines, on a évoqué le retour des USA en Amérique latine avec le coup d’état contre Evo Morales et la situation à Hong Kong avec les évolutions à venir (ou pas) du régime chinois. Le dimanche on a une chronique intitulée « c’était il y a… » où on revient dans le temps sur un événement ayant eu lieu au même moment de l’année avec des spécialistes du sujet. Les deux dernières chroniques ont été le 150ème anniversaire de l’inauguration du Canal de Suez et les 90 ans de la mort de Georges Clemenceau. On a également une chronique santé « la jeunesse n’est pas un âge », une chronique écologie « sauvons la planète », une chronique qui donne la parole aux gens qui font le bien autour d’eux, en particulier les associations intitulée « la bonne idée de la semaine ». On parle aussi voiture, évènements en région, découvertes tourisme. On a un débat le samedi entre femmes, intitulé « regards de femmes », celles-ci ayant souvent une approche différente des choses par rapport aux hommes et un débat le dimanche où hommes et femmes confrontent leurs points de vue. Bref, une matinale weekend éclectique où il y en a pour tous les goûts.

Comment expliquez-vous la réussite de Sud Radio ?

Parce que, ce sont nos auditeurs qui le disent, on entend sur Sud radio ce qu’on n’entend pas ailleurs. Tout le monde a la parole, dit les choses comme il ou elle les ressent sans aucun tabou, le slogan « Parlons vrai » n’étant pas de la publicité mensongère mais étant l’ADN de la station. Dans « sauvons la planète » du weekend dernier, un ingénieur des mines spécialisé en énergie, Gaspard de Veyrac, a expliqué aux auditeurs, chiffres à l’appui, que pour lutter contre le réchauffement climatique, il fallait relancer le nucléaire. Imaginez-vous ça sur une autre station ?

Sud radio est un OVNI dans le paysage audiovisuel français parce qu’on peut y entendre des propos contradictoires sur tous les sujets alors que les médias français aujourd’hui sont monocolores d’où coulent des robinets d’eau tiède, ce qui ne date pas d’aujourd’hui. Rappelez-vous la campagne de Maastricht en 1992 ou celle sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005 : le pluralisme était aussi flagrant que dans les médias nord-coréens puisque tous les médias « mainstream » appelaient à voter « oui » en caricaturant le « non ». Pareil en 2017 où il n’y avait qu’un seul candidat, Emmanuel Macron, la photo d’un kiosque à journaux avec des unes dithyrambiques à la gloire du candidat ayant fait le tour des réseaux sociaux. Où était le pluralisme ? Bonne question sans réponse. Enfin, on parle aux gens de leur vie, de leur quotidien, sans leur donner de leçons mais en les écoutant et, surtout, en les respectant. Ce n’est pas parce qu’on est à Pole emploi ou ouvrier non qualifié qu’on est un beauf inculte et un crétin. On est un citoyen comme les autres qui mérite considération et respect.

Plus que beaucoup d’autres médias, vous donnez une place importante au décryptage de l’actualité. Pensez-vous que les journalistes ne font pas assez de pédagogie ?

Ils ne font pas de pédagogie car ils pensent détenir le savoir. La principale qualité d’un chef d’entreprise, d’un sportif, d’un artiste est - et ça devrait être le cas de celui ou de celle qui informe les gens - de douter. Mais les écoles de journalisme formatent plus qu’elles ne forment (je n’ai pas fait d’école de journalisme puisque j’ai commencé ce métier à 50 ans après une carrière comme entrepreneur à l’international). Il y a quelques années, discutant avec un journaliste vedette qui n’est pas sur Sud radio, j’ai eu la surprise de lui apprendre que dans un bilan d’entreprise il y avait…le compte de résultat alors que pour lui il y avait seulement l’actif et le passif…Comment décrypter l’économie et la mondialisation quand on n’a jamais travaillé en entreprise idéalement à l’international ? Comment décrypter le monde si on n’a pas voyagé un peu partout, et pas seulement pour siroter des mojitos à la plage ? On peut décrypter un match de foot ou de rugby en n’ayant pas été sportif professionnel mais sur les sujets pointus, il faut avoir du vécu.

Vous êtes suivis chaque jour par des centaines de milliers de Français. Quels sont leurs premiers sujets de préoccupation ?

Les gens aiment qu’on leur parle de leur vie et de leur quotidien. Leur principale préoccupation est bien évidemment comment faire bouillir la marmite chaque jour, le mouvement des gilets jaunes a été là pour le rappeler. Nous sommes allés sur les ronds-points avec les Vraies Voix de Sud radio dès le début du mouvement, à Montauban, Saint Gaudens, Perpignan… Quand un retraité agricole qui a travaillé dur toute sa vie vous dit, les larmes aux yeux, qu’il a 700 euros de retraite par mois et qu’il fait 7° chez lui, vous ne pouvez avoir que le cœur brisé. Et, quand on a 700 euros par mois, on se fout de la fin du monde promise par ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche et qui traversent l’Atlantique dans un voilier de milliardaire pour aller leur faire la leçon. On pense à la fin du mois qui commence parfois le 10… Le déclassement économique et social est la principale préoccupation des français, surtout quand ils pensent aux générations à venir. La laïcité et la place de l’islam dans la société les préoccupent aussi. Il y a 30 ans les seins nus étaient majoritaires sur les plages. Aujourd’hui ils ont disparu quand dans le même temps on voit des baigneuses en burkini voir toutes habillées comme j’ai pu le constater sur une plage de Toulon cet été. Quel recul quand on pense aux acquis post mai 68.

Laïcité, immigration, argent … Pourquoi semble-t-il si difficile d’aborder certains sujets dans les médias français ?

Pour les deux premiers sujets parce que celui qui l’aborde se fera immédiatement traiter de raciste ou d’islamophobe et parce que le politiquement correct est la doxa du temps présent. On a d’ailleurs changé le vocabulaire pour inverser les valeurs. Il n’y a plus de clandestins, terme mettant la faute sur celui qui a contourné la loi en étant illégalement dans un pays, mais des sans-papiers, terme qui met la faute sur le pays qui ne donne pas de papiers à celui qui est entré ou est resté illégalement sur le territoire de ce même pays. Pour la pensée unique, le migrant, nouveau terme à la mode, représente le bien, quand celui ou celle qui veut contrôler l’immigration est un ringard, un passéiste et bien sur un raciste. Pour l’argent c’est pathologique en France où on déteste l’argent et les gens qui réussissent au contraire des USA. Ceci s’explique par le fait que la politique française a oscillé pendant des décennies entre Marx et Jésus. Pour la gauche, marxiste, les riches ont volé leur argent tandis que pour la droite, catholique, ils ne l’ont pas assez partagé. On comprend mieux pourquoi l’argent est un sujet au moins aussi tabou que la mort dans la société française. Pourtant l’argent, quand il est gagné honnêtement, n’est pas sale mais en France la richesse a toujours quelque chose de suspect.

Faites-vous partie de ceux qui pensent que la liberté d’expression est en danger, que l’on était plus libre avant ?

Bien sûr que la liberté d’expression est en danger. Imaginez-vous Desproges, Coluche ou Le Luron aujourd’hui ? Ils dépenseraient tous leurs cachets en frais d’avocat vu les procès qui leur seraient intentés par toutes les ligues de vertu autoproclamées. Ceci est d’autant plus vrai que la mauvaise foi dépasse parfois toutes les limites. On a ainsi vu il y a quelques jours sur LCI Georges Kiejman qualifier Pierre Desproges d’antisémite pour son sketch sur les juifs qui était au contraire une dénonciation sans ambigüité de l’antisémitisme. Mon ami Gilles-William Goldnadel a d’ailleurs remis la synagogue au milieu du village sur Twitter en rappelant une célèbre phrase du Général de Gaulle fort à propos dans le cas de l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand : « la vieillesse est un naufrage ». Le drame est qu’aujourd’hui on peut rire de certaines choses tandis que d’autres sont intouchables. C’est l’humour à géométrie variable. Que les années 70-80 semblent loin…

Qu’est ce qui doit changer pour que les journalistes retrouvent grâce aux yeux du public ?

Déjà de faire du journalisme et pas du militantisme. Le service public de la radio est dans ce domaine caricatural puisque, bien que payé par l’ensemble des français toute tendances politiques confondues, il est totalement monocolore au niveau des idées. Ensuite de traiter tous les invités de la même manière, ce qui est loin d’être le cas dans nombre de médias, ce qui se sent lors des interviews : on sent quand un journaliste veut se faire un invité alors qu’il déroule le tapis rouge pour un autre, ce qui pose un problème tant d’équité que d’éthique. Il faudra également faire preuve d’humilité : on n’en sait pas plus sur le monde parce qu’on est journaliste. On en sait plus parce qu’on a été au contact du terrain. Enfin il faudra perdre la sale manière de toujours couper la parole aux invités, un vice qui touche une grande partie des intervieweurs aujourd’hui. Cependant, les journalistes étant la profession la plus détestée de France avec les politiques, il y a du travail, beaucoup de travail pour que la profession retrouve grâce aux yeux du public.

27/11/2019 - Toute reproduction interdite


Mes Mots du jour - Philippe David
/ Fauves Eds
De Emmanuel Razavi