Interviews | 4 mai 2021
2021-5-4

Paul Melun & Jérémie Cornet : « Les déconstructeurs doivent rendre des comptes. »

De Emmanuel de Gestas
4 min

Quel avenir pour la jeunesse de France, et plus largement pour la jeunesse occidentale ? Pour répondre à cette question brûlante, deux jeunes auteurs, Paul Melun et Jérémie Cornet, s’attachent à dresser dans leur essai engagé « Enfants-de-la-deconstruction » (Ed. Marie B, 2019) le portrait d’une génération atomisée. 

Entretien conduit par Emmanuel de Gestas.

Fild : Quelles sont les principales caractéristiques de la jeunesse que vous décrivez dans votre essai ?

Paul Melun & Jérémie Cornet : La jeunesse de France hérite de la grande vague de déconstruction, professée depuis les années soixante. Ce courant philosophique, issu de la « French theory » est devenu peu à peu hégémonique en Occident. Sa puissance réside dans son aspect attrayant et bienfaiteur. Il s’agit en apparence de déconstruire des rigidités ou des stéréotypes au profit de libertés nouvelles et de minorités opprimées. Quelques décennies plus tard, le bilan de ce courant philosophique est effroyable. Il a plongé la civilisation occidentale dans un vide intersidéral, les structures traditionnelles s’effondrent les unes après les autres (éducation, autorité, christianisme, institutions...) et la jeunesse de France est plus divisée que jamais. Sans structures ni repères, les nouvelles générations sont particulièrement vulnérables face aux artifices d’une mondialisation qui les utilise comme des pions au service du profit et, à terme, du projet transhumaniste. Comme pour palier au déclin de la culture occidentale, la jeunesse est abreuvée de gadgets technologiques (applications de rencontres, réseaux sociaux...) qui l’affaiblissent et l’isolent chaque jour davantage. Nous constatons qu’à l’image de la société, la jeunesse française est particulièrement divisée, faisant courir le risque de violences majeures dans les années à venir.

Fild : Quel rôle joue la technique dans cette déconstruction ?

Paul Melun & Jérémie Cornet : La technique est le principal outil mis au service de la déconstruction. Sa force, - et c’est particulièrement vrai dans le contexte de la pandémie - est de rendre autonomes les individus, et de les isoler. La solidarité, l’amitié ou l’amour sont tous relayés au second plan par une profusion d’outils technologiques visant à « faciliter la vie ». En bon slogan marketing, cette expression est évidemment un mensonge éhonté. En réalité, l’arrivée d’internet a conduit à la perte de l’ennui et du temps de réflexion. Les individus se positionnent dans des canaux de pensée contraints par un algorithme leur proposant ce qu’ils veulent voir. Les idées se cloisonnent et se radicalisent. Les critiques elles mêmes, du fait du format imposé, sont lapidaires et souvent dirigées sur l’auteur d’un message plus que sur le propos lui-même.

Enfin, la technique est le meilleur allié de la déconstruction dans sa capacité à promouvoir l’égoïsme comme valeur cardinale. C’est le cas des réseaux sociaux, vecteurs d’auto-promotion, parfois monétisée, dont le but est de se vendre comme un paquet de lessive.

Fild : Et qu’en est-il de l’individualisme ?

Paul Melun & Jérémie Cornet : Le phénomène individualiste est intrinsèquement lié à la technique. Le groupe n’étant plus un fondement de la survie de l’espèce, l’homme occidental s’est éloigné des grandes idéologies collectives, qu’il s’agisse de la religion, du socialisme ou tout simplement de la famille. Le modèle capitaliste a triomphé et l’individu est perclus de micro-luttes défendant son intérêt par-delà le groupe. En bons élèves de l’école libérale, l’égoïsme des uns est censé faire le bonheur des autres par ruissèlement. Dans une société qui priorise l’individu et la liberté, chaque élément propre à contraindre ou priver de la passion de soi-même pour soi-même est rejeté. Toute entrave est vue comme passéiste et nuisible à la douce mélodie du progrès.

Fild : Faut-il déconstruire les déconstructeurs ?

Paul Melun & Jérémie Cornet : Bien sûr qu’il le faut. En la matière, les meilleurs instruments dont nous disposons sont les plus basiques. Nous devons opposer à la tiédeur de leurs théories fumeuses un contre-courant philosophique et intellectuel novateur, fier de nos valeurs. Nous avons trop laissé de terrain aux déconstructeurs : les universités, les laboratoires de recherches, les médias internationaux... Ils se sont emparés des plus grands canaux de communication dans le monde. Pour reprendre ces derniers, il nous faudra compter sur le peuple. L’écrasante majorité des citoyens, français et occidentaux, rejette la déconstruction (théories du genre, décolonialisme...). Il faudra s’appuyer sur cette force populaire pour reprendre une place dans ces cercles d’influence. Nous l’avons vu avec les récentes polémiques sur l’islamo-gauchisme, les Français en ont assez de ceux qui « déconstruisent » pierre après pierre ce que leurs ancêtres ont mis des siècles à ériger. Les déconstructeurs doivent rendre des comptes.

Fild : Comment sortir de la déconstruction par le haut ? Faut-il pour cela renouer avec la tradition ?

Paul Melun & Jérémie Cornet : Reconstruire est une priorité pour le Vieux Continent, aujourd’hui pris en étau entre le déclin de l’aigle américain, l’expansionnisme arabo-musulman et le triomphe asiatique. L’Europe et particulièrement la France doivent se positionner en rupture avec la mondialisation et sa détestation de l’idée de Nation. Non seulement l’Europe doit se protéger, mais elle doit renouer avec la prospérité. Si elle veut de nouveau éclairer le monde, la France devra reconstruire en misant sur trois axes fondamentaux : sa géographie unique et la vitalité de sa ruralité, sa capacité à innover grâce aux plus brillants scientifiques, et sa culture, en rayonnant de nouveau dans le monde entier. La tradition est probablement le plus précieux trésor de la France. Elle s’enracine dans les siècles d’une histoire extraordinaire, construite des mains de nos ancêtres. Le génie national a pénétré nos champs, nos villages et nos villes, il guidera nos pas. Parcourir la France, c’est ressentir son âme, sa singularité et sa force. Nous n’acceptons pas que cela s’éteigne. Comme Rome jadis, l’Occident décline, il revient à notre génération de le sauver.

03/05/2021 - Toute reproduction interdite


"Enfants de la déconstruction" par Jérémie Cornet et Paul Melun
Editions Marie B
De Emmanuel de Gestas