Culture | 2 avril 2021

Patrick Juvet : la fin d'une époque

De Francis Mateo
3 min

La pop-star, retrouvée morte dans son appartement de Barcelone ce jeudi, incarnait la légèreté des années 70, période où rayonnait un certain esprit de liberté sous l'éclat des paillettes. L’hommage de notre reporter Francis Matéo à son ami Patrick Juvet.

Par Francis Matéo (de Barcelone)

Sa chevelure blonde éclairait les émissions de variétés sur les écrans de télévision des années 70, en France. Le mannequin Patrick Juvet était devenu, sur scène et sur les plateaux de télé, une icône de ces années « disco », dans leur plus belle version de paillettes, de strass, cheveux longs et « pattes d'eph ». Avec sa gueule d'ange et sa sensualité androgyne, Patrick Juvet incarnait cette insouciance, cet esprit de liberté qui a soufflé jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Une époque où la sexualité importait peu pourvu qu'on eût l'ivresse, où l'amour et l'humour s'exprimaient sans tabou, où l'action l'emportait sur la revendication... Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre ; sinon comme une époque exotique où l'invective était une invitation au débat, pas un anathème. Entre « fachos » et « cocos », on adorait se détester, mais en convoquant Maurras et Aragon. Depuis, la « génération chochotte » (dixit Bret Easton Ellis) est passée par là. L'ironie ne se manie même plus avec des pincettes et le second degré a perdu ses galons.

Aujourd'hui, les « tubes » de Patrick Juvet - pourtant si légers - passeraient difficilement le tamis du prêt-à-penser. Qu'on en juge par ces paroles subversives : « Où sont les femmes qu'on embrasse et puis qui se pâment ? ». Qu'on se rassure : Patrick Juvet ne s'est jamais considéré comme un idéologue, malgré son côté un peu nietzschéen qui l'incitait toujours à « prendre la vie avec le sérieux de l'enfant qui joue ».

La solitude est souvent la rançon du succès

Cinquante ans après sa jeunesse de star, Patrick Juvet traînait sa nostalgie au bar Monréal, juste à côté de son petit appartement de Barcelone, où il passait le plus clair de son temps ces dernières années, entre deux escapades à Paris ou Genève. Le chanteur conservait dans le regard ce reflet d'une gloire passée, et quelques larmes aussi, lorsque son copain Manolo chantait à la guitare la célèbre chanson de Luz Casal : « Piensa en mi ». C'est tout ce que voulait Patrick Juvet : que l'on pense à lui. Il gardait la blessure narcissique de ceux que le miroir aux alouettes du show-biz a laissé en chemin. Comme une panique enfantine qu'il essayait vainement de noyer dans des litres de vodka. Avec parfois des éclairs de lucidité qui le portaient à l'abstinence.

Avant sa dernière cure, pour tenter de se libérer une nouvelle fois des paradis artificiels, nous avions évoqué le projet d'un reportage « revival » pour Fild sur les années 70, « les meilleures » disait-il. Une décennie à son image : populaire.

C'est sa femme de ménage qui a alerté la police le 1er avril dernier. Elle s'étonnait de trouver la serrure fermée de l'intérieur, comme ce fut déjà le cas déjà une semaine auparavant. N'obtenant aucune réponse, les pompiers ont enfoncé la porte et trouvé le corps sans vie de Patrick Juvet. La solitude est souvent la rançon du succès. Ciao l'artiste !

02/04/2021 - Toute reproduction interdite.


Patrick Juvet en 2008
©Julien Reynaud
De Francis Mateo

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