Patrick Clervoy est psychiatre, professeur agrégé du Val-de-Grâce, et ancien titulaire de la chaire de psychiatrie et de psychologie médicale appliquées aux armées. Ayant travaillé sur plusieurs théâtres de guerre, il est auteur de « Vérité ou mensonge », (éd. Odile Jacob, 2021), un livre fascinant et d’une puissance rare, dans lequel il analyse les mécanismes psychologiques qui organisent l’emprise du mensonge sur un groupe social.

Entretien conduit par Emmanuel Razavi

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Fild : Pourquoi certains préfèrent-ils le mensonge à la vérité ?

Patrick Clervoy : Le mensonge est séduisant, rassurant, modulable, alors que la vérité est incertaine, amère et parfois anxiogène. Inventer un mensonge est une faculté d’adaptation sociale. La capacité à mentir intervient dans la séduction, dans la diplomatie, dans l’art de gouverner. Imaginez un homme politique qui soit inapte à produire le moindre mensonge, sa carrière serait très courte… C’est l’un des paradoxes du mensonge : il empoisonne la relation sociale et en même temps il est nécessaire pour la faciliter dès lors qu’on est à l’échelle d’une population. Lorsqu’on regarde la place du mensonge dans le fonctionnement d’un groupe, l’une des surprises - que je développe dans le livre -, c’est que la population fait davantage confiance à un homme politique qui ment bien, avec agilité et avec aplomb, qu’à un autre qui serait rigide et obstiné, cramponné à des vérités.

Fild : On le voit avec la guerre en Ukraine, la guerre de l’information a rapidement engendré des tentatives de manipulation, notamment sur le nombre des pertes militaires, quels que soient les camps. Pourquoi le mensonge d’État est-il inévitable en temps de guerre ?

Patrick Clervoy : L’utilisation du mensonge est accélérée en temps de guerre parce qu’il constitue une arme supplémentaire. Le mensonge est une tactique efficace lorsqu’il prend la tournure d’une ruse. C’est l’art de feinter l’adversaire. Par exemple, faire croire à l’ennemi qu’on a des forces bien supérieures aux siennes. Avant l’affrontement, il faut dissimuler ses faiblesses et cacher ses avantages. Après l’affrontement, il faut effacer ses échecs et minimiser ses pertes. Il y a aussi la nécessité de rassurer son propre camp. On sait qu’en temps de guerre, surtout si les épreuves sont dures et prolongées, le moral collectif est une disposition décisive. Lorsque le moral est en faillite, la défaite n’est pas loin. Les gouvernants sont dans la nécessité d’escamoter les éléments susceptibles d’affaiblir le moral des troupes comme celui des forces à l’arrière. Enfin, il y a les falsifications du discours politique pour légitimer l’engagement du combat. Tous les peuples ont conscience que détruire des villes et tuer ses habitants est un crime. La mobilisation des soldats est forte s’ils ont la conviction qu’ils sauvent des populations menacées, et cette motivation peut s’effondrer s’ils prennent conscience qu’ils commettent des crimes. C’est pour cela que la manipulation des opinions est un exercice obligatoire. Le mensonge permet - au moins un temps - de justifier l’injustifiable. Il faut reconnaître un principe d’impunité dans ce domaine. Personne n’a poursuivi le Général Colin Powell lorsqu’il a affirmé en 2003 qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak pour justifier l’invasion de ce pays. Je cite cet exemple parce qu’il est le plus connu, mais ce sont les mêmes procédés partout, dans tous les pays, chaque fois qu’une armée a engagé un combat hors de son territoire… On trouve ces explications dans la sagesse des proverbes : « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage », et « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». En clair, les puissants peuvent mentir, il ne leur sera rien reproché tant qu’ils resteront puissants. D’où la nécessité pour eux de surenchérir dans le mensonge.

Fild : Du Mali à l’Afghanistan, vous avez travaillé sur plusieurs théâtres de conflits. Vous êtes donc bien placé pour savoir que le réel d’une guerre est différent de ce qui est raconté par certains experts sur les plateaux télé, qui parlent de pays ou de situations qu’ils ne connaissent pas et décrivent parfois des réalités qui n’existent pas. Doit-on, dès lors, parler de manipulations ou de mensonges, même involontaires, de leur part ?

Patrick Clervoy : Toute personne qui parle n’est crédible que si elle a la modestie de reconnaître qu’elle n’exprime que son point de vue. Lorsqu’on parle de la guerre, on n’est dans le vrai que lorsqu’on parle de son expérience, de ce que l’on a vu, entendu et ressenti. Ne peuvent parler d’une guerre avec justesse que ceux qui en reviennent. Et ceux-là vous préciseront qu’ils parlent de « leur » guerre, et pas de celle des autres. Vous avez raison, ce ne sont pas la majorité des personnes invitées sur les plateaux télé pour parler de la guerre. On s’aperçoit que la parole est davantage donnée à des experts auto-proclamés. On a vu le même phénomène lors de la pandémie du Covid 19. On a pu voir l’une ou l’autre de ces personnes, présentées comme des références médicales, faire des annonces spectaculaires qui se sont révélées fausses. Mais il y a là encore un paradoxe. On constate que, malgré leurs erreurs, ces experts sont réinvités dans les médias pour produire de nouvelles prophéties tout aussi incertaines… Il y a une explication à ce phénomène : un événement grave provoque une angoisse collective, et face à cette angoisse, les gens veulent des réponses qui les apaisent. Pour calmer leurs stress, ils ont besoin d’anticiper l’avenir, de pouvoir se projeter dans un futur et planifier des comportements qui peuvent les sécuriser. Un expert honnête dira « qu’on ne sait pas prédire le futur de cet événement parce qu’il y a trop d’inconnues à prendre en compte » ; le pseudo-expert qui veut briller dans le ciel médiatique dira « Je sais … je vous dis que… vous verrez que… ». C’est une lune de miel entre un beau parleur qui sait dire ce que chacun veut entendre et un public dans une forte attente pour avoir des réponses à ses angoisses. Cela explique que l’espace médiatique soit saturé de mauvaises informations. Un menteur n’est jamais seul. Il y a son mensonge, et il y a aussi la complicité passive de tous ceux qui répètent ces informations mensongères pour s’en convaincre et se rassurer.

Fild : Dans votre ouvrage, vous parlez de la rumeur d’Orléans qui, en 1969, racontait que des commerçants juifs étaient complices d’enlèvements de leurs clientes, envoyées par sous-marin au Moyen-Orient pour être prostituées. Comment ce type de rumeur, totalement dingue, peut impacter toute une ville sans que les autorités y mettent un terme ?

Patrick Clervoy : C’est l’effet du conformisme. C’est un instinct collectif. L’effet de groupe est un puissant facteur de propagation d’un mensonge. Solomon Asch est un psychologue américain qui a étudié les facteurs qui inhibent la capacité à résister à un mensonge. Dans certaines conditions, une personne peut se sentir contrainte à formuler un énoncé dont elle sait qu’il est faux, uniquement parce qu’autour d’elle tout le monde répète le même mensonge. Les statistiques sont terribles. Devant un mensonge, 40 à 60% des personnes répètent ce mensonge pour ne pas se trouver en difficulté par rapport aux autres membres de ce groupe. Cette étude sur le conformisme montre que l’homme a une tendance spontanée à répéter un mensonge si cela est nécessaire pour maintenir son inclusion dans le groupe au sein duquel il a été placé. On ment en société, et on ment d’autant plus que le groupe est important. Le mensonge est un instinct qui participe à l’insertion sociale de chaque individu. Placé dans une perspective évolutionniste, le mensonge apparaît comme un caractère adaptatif de l’homme. Avec le mensonge, un individu s’en sort mieux dans la lutte pour sa survie et celle de son groupe. D’où cette déduction : mieux il ment, plus il bénéficie de la force du groupe, et plus il est apte à s’y développer.

Fild : Vous revenez sur la notion de « faits alternatifs », terme qui fut employé par la conseillère de presse de Donald Trump pour justifier l’un de ses mensonges. Qu’est-ce que qualifie cette notion, presque Orwellienne ?

Patrick Clervoy : En 2015 PolitiFact, un site Internet qui surveille les déclarations des hommes politiques américains, avait honoré Donald Trump du titre de « menteur de l’année ». Cela ne lui porta pas préjudice. Durant la campagne présidentielle, il forçait sa caricature : il ne modérait ni ses outrances, ni les assertions mensongères concernant ses opposants, la malignité de la presse, l’état de son pays et les relations avec les puissances étrangères. Il prouvait chaque jour qu’il mentait mieux et plus fort que n’importe quel autre candidat. Il plut suffisamment à une majorité relative pour conquérir ce poste. Le jour de son investiture, il fut exposé à une vexation : la foule n’était pas au rendez-vous. Malgré l’évidence, Donald Trump fanfaronna sa gloire d’un bref message sur les réseaux sociaux, écrivant que « depuis la naissance des États–Unis, jamais une telle foule ne s’était assemblée pour célébrer son nouveau président ». Les journalistes comparèrent les photos aériennes de son investiture à celles de son prédécesseur Barack Obama. Ils avancèrent que la foule assistant à l’investiture du nouveau président était inférieure d’au moins un tiers à celle rassemblée au même endroit huit ans plus tôt. La première photo aérienne montrait une place noire de monde, la deuxième montrait de larges espaces vides et blancs. Contre l’évidence, Sean Spicer, le directeur de communication de la Maison Blanche, reprit le message de Donald Trump et déclara sèchement que la foule qui avait acclamé le nouveau président était « … la plus importante n’ayant jamais assisté à une inauguration, ici et dans le monde, point barre ». Son argument était le suivant : la photo était mauvaise et les espaces clairs qui paraissaient vides étaient en fait emplis de gens vêtus de blanc. Comme la presse renchérissait à dénoncer ce grossier mensonge, la conseillère du président, Kellyanne Conway, inventa la formule suivante : Sean Spicer avait présenté « des faits alternatifs ». Dans le monde de Donald Trump, il n’y avait pas des vérités opposables à des mensonges, il y avait des vérités pour les uns et des vérités pour les autres. À chacun le choix de celle qu’il préférait croire. L’équipe de communication ajouta qu’on offensait le Président chaque fois qu’on opposait une vérité à la sienne. La conclusion du porte-parole du président fut claire et péremptoire. Il annonçait la méthode politique à venir : la vérité est ce que le Président déclare vrai et le mensonge est ce qu’il déclare faux. Il ajouta l’avertissement suivant : la presse serait tenue responsable si elle écrivait autre chose.

L’affaire n’eût pas de suite. Les journalistes de la presse américaine comprirent qu’il n’y avait rien à gagner à insister. D’où cette observation : pour maintenir des tensions à un niveau minimal, on peut renoncer à soutenir une vérité qui dérange. Sans que l’on puisse encore dire si c’est de la sagesse ou de la lâcheté, on constate que dans certaines situations, abdiquer devant un mensonge apaise une crise, alors que le combat pour la vérité peut générer une situation sociale de menace et d’insécurité…

Fild : En quoi le mensonge peut-il avoir une fonction sociale, voire historique ? Finalement, la formule « nos ancêtres les gaulois » n’est-elle pas le signe même qu’un mensonge peut contribuer à forger une histoire nationale ?

Patrick Clervoy : Je raconte une anecdote dans le livre. Dans une prestigieuse université française, un professeur d’histoire avait accueilli ses étudiants avec un avertissement : « Ici, on travaille sur les documents. Si vous cherchez une vérité, allez-vous inscrire en philosophie, c’est en face ! ». Le message était clair. Pour ce professeur, la première leçon était qu’en matière d’histoire, il n’y avait pas de vérité qui tienne. Que faire alors des livres d’histoire ? Ce qui est établi dans nos livres d’histoire n’est jamais que la face exposée d’un événement. Il restera toujours une part restée dans l’ombre. Si on prend la phrase « nos ancêtres les gaulois », on repère qu’elle est extraite du premier chapitre du livre d’histoire distribué aux enfants dans les écoles de la IIIe République. L’intention de l’auteur était de forger un sentiment d’identité nationale. Lorsque Bossuet enseigne l’Histoire de France au Dauphin, il la fait démarrer en l’an 420 avec celui qui est considéré comme le premier roi Franc, Faramond, qui n’a probablement jamais existé. Lorsque Jules Michelet rédige le « Tableau de la France », il écrit que l’Histoire de France commence avec la langue française. Alors il la fait démarrer en 843 au premier texte officiel rédigé en français. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les Gaulois n’apparaissaient pas dans l’identité nationale. Puis parût un ouvrage historique, le premier qui leur fût entièrement consacré, la monumentale Histoire des Gaulois écrite par Amédée Thierry et publiée en trois gros volumes entre 1828 et 1845. Quel était l’élan de cette entreprise historique ? De l’aveu de l’auteur, c’était une œuvre de piété. Dans l’introduction, il expliquait qu’il voulait donner une même origine au peuple français qu’il nommait « notre famille ». C’était une entreprise nationaliste. Amédée Thierry construisait une origine commune pour chaque Français, qu’il désignait comme un « entre nous », une famille qui s’appellerait la France après s’être appelée la Gaule, habitée par un peuple qu’il voulait unique, « antérieur à tout mélange de sang étranger ».

Fild : En quoi distinguez-vous la mauvaise foi du mensonge ?

Patrick Clervoy : Sur le fond, je ne vois pas de différence. Allez ! Soyons un tout petit peu honnête… Il y a un potentiel de mauvaise foi en chacun de nous. La mauvaise foi, c’est le mensonge réflexe. C’est la malhonnêteté intellectuelle au service de son bénéfice personnel. On est en difficulté devant une lâcheté, un parti-pris douteux, une faute ancienne. On a tort. On le sait. Mais ça nous gêne de le reconnaître. Ça nous irrite. Alors on dit que ce n’est pas vrai. On efface cet embarras en tordant la réalité pour la rendre plus acceptable. La mauvaise foi est une chose ordinaire et malsaine. Elle est une stratégie efficace pour celui qui l’utilise. Elle lui évite de se sentir dévalorisé. Elle le protège de la honte et de la culpabilité. Elle lui permet de se maintenir face au jugement des autres. Mais elle agace ceux auxquels elle s’oppose. Elle les agace d’autant plus que la mauvaise foi est la forme de mensonge la plus difficile à faire tomber. La mauvaise foi laisse la partie adverse impuissante et désarmée. Celui qui y est confronté est tenté de s’y mettre à son tour. Deux personnes de mauvaise foi qui s’affrontent, c’est la comédie, et parfois la tragédie de la condition humaine. On peut illustrer un comportement de mauvaise foi avec le conte du chaudron percé. L’histoire est la suivante : un homme emprunte à son voisin un chaudron puis, ses affaires faites, il le lui restitue. Le voisin est mécontent parce que ce chaudron lui a été rendu avec un trou, donc inutilisable. Le voisin demande à celui qui a emprunté son chaudron qu’il assume ses responsabilités et le fasse réparer. L’homme, qui ne veut rien débourser, commence par un premier mensonge. Il déclare qu’il n’a jamais emprunté ce chaudron. Il ne convainc personne. Son mensonge a échoué et il en essaie alors un autre. Il réplique que lorsque son voisin lui a prêté ce chaudron, le trou y était déjà. Cette deuxième déclaration est la reconnaissance implicite que la première était un mensonge. Mais il fait comme si personne ne s’en était rendu compte. Comme on ne le croit toujours pas, il ment une troisième fois et affirme que lorsqu’il l’a rendu au voisin, le chaudron n’avait pas de trou.

La scène donne ceci :

- « Non, je n’ai jamais emprunté de chaudron » ;

- « Oui mais quand on me l’a prêté, il y avait déjà un trou » ;

- « Oui mais quand je l’ai rendu, il n’y avait pas de trou ».

Quel que soit l’ordre dans lequel on aligne ces trois phrases, les contradictions du menteur sautent aux yeux. La mauvaise foi, c’est la fabrique du faux en refusant ce que la logique et l’analyse permettent de comprendre. Imaginons un instant que cet homme qui ne veut pas reconnaître sa responsabilité soit un personnage puissant. On a envie de rire devant autant de maladresse, mais on ressent aussi une inquiétude. L’embarras de cet homme puissant perturbe la tranquillité du groupe social sur lequel il exerce son emprise. La tentation sera forte pour ce groupe d’accepter et de répéter ces mensonges pour ne pas irriter cet homme de pouvoir. C’est l’histoire de l’investiture de Donald Trump et de l’invention des « faits alternatifs ». C’est là que la mauvaise foi joue un rôle considérable dans le consentement au mensonge de toute une communauté. La mauvaise foi est le comportement d’une personne qui multiplie les versions de son mensonge jusqu’à obtenir gain de cause. L’homme de mauvaise foi n’a qu’une stratégie : ne jamais fléchir sur son effort pour tordre la réalité, quitte à multiplier des invraisemblances et à laisser derrière lui les preuves de ses mensonges précédents. Son seul but est d’obtenir, après épuisement de son contradicteur, un consentement général sur ce qu’il veut faire établir comme un fait immuable. Qu’il soit exercé par un individu ou par un groupe, le pouvoir d’une personne se mesure à sa capacité à imposer des mensonges.

Fild : Il y a aussi les pieux mensonges. Qu’est-ce qui les qualifie ? Ceux-là sont-ils condamnables ?

Patrick Clervoy : Il n’y a pas de pieux mensonges. Mensonge et vérité sont deux notions intriquées. Les facteurs qui nous permettent de distinguer l’un de l’autre sont subjectifs. Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations. Nietzsche déclarait que la vérité était un mensonge coagulé. Byron disait que le mensonge n’était rien d’autre que la vérité travestie. Pour l’un comme pour l’autre, il n’y a pas une vérité qui ne contienne le levain d’un mensonge, et réciproquement. Dans les échanges qui lient entre eux les membres d’une société, les allers-retours entre la vérité et le mensonge jouent un rôle essentiel. Ces oscillations réalisent un mouvement subtil qui apaise notre existence. En même temps, plus les relations sociales sont élaborées, plus ces oscillations perdent en visibilité. Le mensonge fait partie des choses que nous ne voyons plus ou que nous affectons de ne pas voir. Pourtant, le mensonge est surabondant, et la vérité bien plus pauvre que ce qu’elle garantit d’apporter. Le mensonge n’est pas systématiquement associé à une intention de nuire ou de tromper. Jusqu’à une certaine limite, le mensonge exerce une fonction de réconciliation. Il nous rassemble. C’est pour cela qu’il vaut mieux l’accepter. En contrepartie, il convient de ne pas se laisser endormir. Distinguer un mensonge et sa place dans notre société nécessite un effort. Il faut regarder, analyser et en même temps douter de ce que nous comprenons. C’est le travail du journalisme d’investigation. Cela n’est pas un exercice facile, car le mensonge apaise autant que la vérité dérange.

30/03/2022 - Toute reproduction interdite


"Vérité ou mensonge" par Patrick Clervoy
© Editions Odile Jacob
De Emmanuel Razavi