Depuis le début de la pandémie, la députée Martine Wonner plaide pour un débat démocratique sur la crise de la Covid-19. Son expulsion du groupe politique de La République en Marche n’a pas été suffisante pour faire taire cette psychiatre, forte d'une longue expérience professionnelle, dans le public comme dans le privé, et ex-présidente du SAMU Social à Paris. Elle continue d'exercer la médecine pour « garder le contact » avec la réalité. « Ce que la plupart des élus à l'Assemblée nationale ont perdu », déplore-t-elle. Elle lance aujourd'hui son propre mouvement : Ensemble pour les Libertés.  En dépit des pressions et même des menaces de mort, elle continue de ferrailler contre le pass sanitaire.

Entretien conduit par Francis Mateo.

 

Fild : Comment jugez-vous le projet de loi d'extension du pass sanitaire en un mot ?

Martine Wonner : Scandaleux ! Ce gouvernement a tout de même réussi à transformer le code du travail d'un coup de baguette magique, sans aucune concertation avec les syndicats. Il a rendu ces nouvelles vaccinations obligatoires pour les soignants alors que les salariés ne peuvent jamais être stigmatisés au regard de leur statut de santé. Avec des modalités de suspension de salaire et de licenciement inadmissibles. Ce sont des mesures et des façons de procéder que je dénonce fermement, d'autant que tout cela n'est ni concerté, ni démocratique.

Fild : Le pass sanitaire serait-il donc un déni de démocratie ?

Martine Wonner : C'est évident ! Ce sont d'ailleurs des cabinets privés qui conseillent les États et qui dictent aujourd'hui la politique gouvernementale sur la gestion de la crise sanitaire. En l'occurrence, c'est McKinsey qui décide en France, sur le plan de la communication comme sur celui de la stratégie vaccinale. On a ouvert la porte en grand aux lobbys dans tous les ministères, jusqu'à l'Élysée. C'est pour cela que toutes les règles ont été piétinées depuis de la crise de la Covid, jusqu’à l'interprétation des chiffres. Je vous donne un exemple que tous les épidémiologistes reconnaissent : on parle généralement d'épidémie quand on atteint 150 cas pour 100.000 habitants, mais pour la Covid-19, le curseur épidémique a été baissé à 50 cas pour 100.000 habitants. Je pourrais vous donner des dizaines d'exemples de ce genre, qui ont justifié autant de décisions préfectorales avec, à la clé, des privations de liberté alors que la situation sanitaire ne le justifiait absolument pas.

« Des parlementaires qui ne connaissent pas les textes qu'ils votent »

Fild : Les députés n'auraient donc pas véritablement le pouvoir de décision ?

Martine Wonner : Emmanuel Macron exerce le pouvoir avec une majorité de parlementaires qui ne réfléchissent pas, ne travaillent pas et ne connaissent pas les textes qu'ils votent. Ils arrivent dans l'hémicycle sans savoir ce qu'ils vont voter, en suivant simplement les directives reçues sur leurs téléphones. Comment voulez-vous qu'il puisse y avoir le moindre débat dans ces conditions ? Au sujet de l'enfermement des personnes considérées comme « cas contact » et du projet de les isoler de force, j'ai ainsi tenté d'expliquer à mes collègues députés que cette mesure était uniquement applicable en psychiatrie, avec un certificat dûment établi, et à la condition que le juge des libertés vienne contrôler cette privation au bout de 72 heures. Je me suis alors aperçue que ces élus n'avaient même pas lu le texte de loi qu'ils voulaient faire adopter !

Fild : Mais que fallait-il faire alors, pour lutter contre cette pandémie ?

Martine Wonner : Il fallait d'abord laisser les médecins prescrire, comme je l'ai toujours dit. Depuis mars 2020, Emmanuel Macron a imposé une médecine d'État, où les médecins n'ont plus la liberté de soigner leurs patients comme ils le souhaitent, puisqu'on le leur interdit. C'est une aberration, alors que tout un arsenal thérapeutique existe, et cela permettrait d'éviter un très grand nombre d'hospitalisations. Je suis médecin et je passe mes nuits à lire des textes scientifiques en anglais, publiés notamment aux États-Unis, en Israël et en Grande Bretagne, qui attestent des limites de la vaccination. Face aux nouveaux variants, les doubles vaccinés sont tout aussi malades, voire plus. Il est donc absurde de continuer à présenter ce pass sanitaire comme la solution miracle contre la pandémie. À part contrôler les gens, stigmatiser ceux qui n'en ont pas, diviser, alimenter une forme de contrainte et de terreur, ce pass sanitaire ne sert à rien. Ce n'est pas un outil qui est adapté sur le plan épidémiologique. Je suis estomaquée d'entendre Olivier Véran affirmer à l'Assemblée nationale qu'il n'y aura plus de virus quand 100 % des gens seront vaccinés. C'est se moquer ouvertement de toute la communauté scientifique et de tous les citoyens.

Fild : C'est ce qui vous incite aujourd'hui à créer votre propre mouvement politique ?

Martine Wonner : Depuis six mois, les parlementaires sont totalement figés dans leurs postures, à calculer leurs chances en vue des prochaines élections. Ce n'est qu'un jeu d'ego et d'individualisme, uniquement pour être réélu. Ce qui explique cette horreur du pass sanitaire. Mon mouvement, « Ensemble pour les Libertés », va rassembler un maximum de collectifs citoyens nés pendant cette crise, des citoyens qui n'en peuvent plus, comme moi, de ce fonctionnement extrêmement néfaste des partis politiques actuels. Mes valeurs, ce sont celles des mémoires du général de Gaulle, dont l'intégralité trônait sur le bureau de mon père. Ce sont des valeurs du centre, ni de gauche ni de droite, qui écartent évidemment totalement les extrêmes. C'est l'idée d'un monde libéral, avec une économie forte pour faire des projets sociaux. Voilà comment je définis mon positionnement politique. C'était d'ailleurs ce qui m'avait séduit dans les promesses de campagne de Macron : un programme très équilibré, mais qui n'a jamais été appliqué.

04/08/2021- Toute reproduction interdite


Des députés applaudissent pendant le discours de Jean Castex pour présenter les mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus dans le pays, à l'Assemblée nationale à Paris, le 1er avril 2021.
© Benoit Tessier/Reuters
De Francis Mateo