Le 27 avril 2020, le Pentagone a officiellement rendu publiques trois vidéos de phénomènes aérospatiaux non-identifiés (PAN).  Sur les trois séquences, on peut apercevoir des formes se déplacer dans le ciel à grande vitesse, pour ensuite disparaître du champ des caméras infrarouges en l'espace de quelques secondes. Filmées par des pilotes de l'US Navy en 2004, 2014 et 2015, elles sont apparues sur le site internet de la TTSA ( To the Stars Academy ), puis ont été relayées par des grands titres de la presse nationale américaine, comme le New York Times, en 2017. Mais si l'US Navy avait confirmé l'authenticité de ces vidéos, le Pentagone avait affirmé que leur divulgation n’était pas autorisée et portait atteinte à la sécurité des Etats-Unis.

                                                                                                     Par Marie Corcelle

Officiellement, depuis 1969 et le rapport Blue Book, l'armée américaine ne s'occupe plus des ovnis. Dominique Filhol, réalisateur du documentaire Ovnis, une affaire d'Etats, parle d'une véritable « volonté de communiquer sur le sujet, à travers une démarche de révélation ».

Alain Juillet, ancien directeur du renseignement au sein de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) suggère dans le film une succession de communications destinées à informer ou préparer l’opinion américaine, mais à quoi ? Que faut-il donc y voir ?

Pascal Fechner, le président du Mufon France (Mutual UFO Network), un organisme d'enquête et de recherche sur le phénomène ovni, y voit plutôt l'aboutissement d'une procédure. Après la divulgation des vidéos sur internet en 2017, le département de la Défense avait reconnu enquêter sur les ovnis à travers un programme nommé Advanced Aerospace Threat Identification Program (Programme d'identification des menaces aérospatiales avancée). Doté d'un budget de 22 millions de dollars et initié par l'ancien sénateur du Nevada Harry Reid, il aurait cessé son activité cinq ans après sa mise en place, en 2012. Cette déclassification opérée par le Pentagone serait donc seulement la suite logique de cette succession d'évènements, prévue préalablement dans l'agenda médiatique. Le département de la Défense (DoD) a indiqué que ces vidéos avaient été rendues publiques « afin de dissiper toute idée fausse du public sur la réalité ou non des images qui ont circulé ». L'intérêt serait donc de « faire taire les rumeurs et les voix dissonantes », selon Pascal Fechner. Pour autant, « faire un raccourci vers des extra-terrestres serait trop rapide, car pas acté ».

Des communications contradictoires mais convergentes dans un contexte de rivalités stratégiques La Commission SIGMA2 de la 3AF (Association aéronautique et astronautique de France ), présidée par Luc Dini, qui se consacre à l'étude technique des PAN, estime qu'il est difficile de comprendre cette communication pour le moins complexe. Plusieurs hypothèses seraient envisageables selon lesquelles elle serait le fruit soit d’actions contradictoires internes entre partisans et opposants à la communication, soit de communications dans un contexte plus large de compétition géostratégique. « Il peut s'agir d’actions de communications entre tendances contraires, quant à divulguer ou non des informations sur le programme AATIP et les données associées. Ou alors, cela relève d'une transmission globale, en apparence contradictoire, mais qui conduit à la reconnaissance du programme, de la réalité des vidéos et éventuellement d’autres révélations, mais peut-être progressives, ce qui rejoint le point de vue exprimé par Alain Juillet ».

Dans un contexte autre, géostratégique cette fois-ci, diffuser ces vidéos reviendrait à « une surenchère de certains pour promouvoir des programmes de recherche de technologies de défense, par exemple dans le contexte des Forces Spatiales ou de technologies de propulsion très avancées et affirmer un leadership américain ». Ainsi, « sans pouvoir affirmer quoique ce soit, il est difficile de comprendre la communication du Pentagone, qui est très complexe, et qui a été contradictoire sur le sujet, voire confuse jusqu’aux déclarations d’avril 2020 ».

Des phénomènes aérospatiaux non-identifiés
Si l'US Navy a évoqué des objets inconnus, des drones UAS (Unmanned Aircraft Systems ), le Pentagone, dans son communiqué officiel, précise que les phénomènes observés dans les vidéos restent considérés comme “non identifiés”. C'est ce qui est appelé, en France, dans le jargon du CNES (Centre national d'études spatiales), un PAN : un phénomène aérospatial non-identifié. Dominique Filhol explique que le terme '' phénomène '' est large et rend compte d'une grande diversité. Cela recoupe « des manifestations immatérielles, de l'énergie condensée. De même, '' ovni '' n'est pas nécessairement synonyme d'origine extra-terrestre. Si leur existence n'est pas prouvée, celles de phénomènes, oui ».

SIGMA2 précise aussi : « nous n'avons pas assez d'informations, d'où la difficulté d'analyse des vidéos qui pour certaines sont de qualité très moyenne. On ne peut pas leur faire dire ce qu'elles ne disent pas ». Il manque donc des éléments essentiels pour tirer des conclusions, telles « des données contextuelles et de situation radar ».

Les vidéos infrarouges étant en deux dimensions et non pas trois, « on ne sait pas où se situe l'objet dans l'espace, et on ne connaît pas mieux la position des avions F18 qui ont enregistré les séquences ». Ce sont des informations complémentaires et essentielles qui sont manquantes pour déterminer avec précision les caractéristiques des phénomènes observés (distance, vitesse, accélération,dimensions…).
Ces données n'ayant toujours pas été communiquées par le Pentagone, il est difficile de donner une interprétation basée sur des informations objectives.

En clair : on n’est pas encore près d’avoir percé le mystère OVNI.

09/06/2020 - Toute reproduction interdite


Capture d'écran d'un Phénomène Spatial Non Identifié
US Department of Defense/ Naval Air Systems Command FOIA
De GlobalGeoNews GGN