Louis de Broissia, Membre Honoraire du Parlement et ancien Ambassadeur, nous livre son analyse sur l'état de l'alliance atlantique suite aux récentes déclarations de Emmanuel Macron.

Sainte colère, celle qui a emporté le Président Macron, déclarant – afin que tous nos partenaires de l’OTAN l’entendent haut et fort - « l’OTAN est en état de mort cérébrale ».

Colère légitime lorsque nous constatons que « la première armée de l’OTAN » (la Turquie) fait encore partie d’une organisation militaire, confrontée à l’éclosion d’un terrorisme islamiste, antichrétien et antioccidental, d’un niveau jusque alors inconnu. En même temps les milices stipendiées par Recep Erdoğan, et appuyées par son armée massacrent les forces kurdes : celles-là même qui détiennent tant de ressortissants européens soldats du djihadisme.

L’OTAN est-elle donc seulement en mesure d’organiser des manœuvres aux portes de la Russie pour dissuader l’héritier des tsars de nous envahir ? Certes Poutine se comporte bien mal en Ukraine ; certes il a réussi à réoccuper la Crimée qui n’a jamais oublié de rester russe ; sans craindre de réponse militaire mais en subissant des sanctions économiques qui nous atteignent souvent sévèrement en contrecoup direct !

L’OTAN a pour nos forces armées l’avantage de les obliger à l’interopérabilité, fut-ce avec du matériel disparate, des avions de conception opposée et des missiles français, américains ou russes (l’armée turque !).

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord rend d’immenses services à nos amis européens, à l’Allemagne d’abord, dont l’effort militaire est réduit et qui bénéficie du bouclier nucléaire de ses alliés : est-ce la seule raison de poursuivre, comme si de rien n’était ?

En vérité le temps est venu pour l’OTAN de définir une nouvelle doctrine stratégique ; la guerre froide est supplantée par tant de conflits dits asymétriques (le champ syrien en est, comme l’embrasement du Sahel) que la réalité s’impose à tous : à la puissante Amérique de Trump, comme à toute l’Europe. Le danger majeur porte un nom, terrorisme, avec la manipulation, la déstabilisation d’une Afrique minée par son immaturité.

J’ai relevé une déclaration voici quelques jours (qui m’a fait bondir) du Secrétaire Général de l’OTAN disant au Président français « mais vous ne nous avez rien demandé au Sahel». De quoi parlent-ils donc dans ces états-majors intégrés où des commandements importants sont confiés à des officiers généraux français ?

Le monde multipolaire, qui ne voit que de loin la fulgurance chinoise, ne mérite-t-il pas le sursaut d’une Organisation internationale responsable ?

Il convient de réagir en urgence absolue, car si le médecin légiste n’a pas déclaré « la mort cérébrale », le médecin traitant pronostique l’AVC !

08/12/2019 - Toute reproduction interdite


Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan quittent la scène après une photo de famille lors du sommet annuel des chefs de gouvernement de l'OTAN au Grove Hotel à Watford.
Peter Nicholls/Pool/Reuters
De Louis de Broissia