Analyses | 3 janvier 2021

OppScience : Retrouver notre souveraineté en matière de renseignement

De Meriadec Raffray
3 min

Depuis la crise sanitaire, les dirigeants publics et privés sinterrogent sur la souverainetéet la perméabilité - de leurs outils de traitement des données, certains services du renseignement français utilisant des technologies américaines. Une aubaine pour OppScience, pépite française spécialisée dans lanalyse sémantique des textes, qui a pour ambition de concurrencer lAméricain Palantir, à la fois fournisseur de la DGSI et de la CIA.

                                                                                                     Par Mériadec Raffray

Quelles sont les entreprises véritablement stratégiques pour la santé des Français ? Leur gouvernance ? Leurs éventuelles failles ? Depuis la crise sanitaire, témoigne le petit milieu des experts en intelligence économique, un certain nombre de hauts fonctionnaires se posent à nouveau les « bonnes questions ». Pour y répondre, le problème de l’État est moins dobtenir les informations que de les identifier et les exploiter dans un délai raisonnable, et ce en toute sécurité. Très peu de technologies proposent un service global efficace de traitement des données numériques, et les meilleures sont dorigine étrangère. En 2015, on a reproché aux policiers de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) de s’équiper auprès du spécialiste américain du traitement des données à grande échelle pour les services de renseignement. Proche de la CIA et de la NSA, la start-up californienne Palantir a signé en 2019 un contrat de 800 millions de dollars pour servir toute larmée de Terre américaine. C’était « Une solution transitoire, faute d’équivalent sur le marché », avaient justifié à l’époque les policiers, sous la pression des attentats.

Lannée dernière, les espions de lIntérieur ont resigné avec Palantir en lui imposant dintégrer à la liste de ses partenaires technologiques le Français OppScience. Créée en 2017, la start-up sest vite taillé une solide réputation grâce à son logiciel danalyse sémantique des textes à partir des bases de données structurées ou non. Avec sa plateforme baptisée « Bee4sense », qui peut intégrer dautres briques technologiques, comme celle de Palantir, la jeune pousse marche sur les traces de lAméricain, dont elle n’atteint pas encore tout à fait le niveau de savoir-faire, reconnaissent ses concepteurs. Son application sait manipuler les données de toute nature - textes, images, vidéos, sons - pour en tirer des graphiques parlants, mettre en évidence des connexions techniques ou humaines indétectables à lœil nu. Mais, et cest un point capital, en préservant la liberté de travail de lanalyste ou de lenquêteur professionnel. Pour quOppscience entre dans le radar des fins limiers de la DGSI, il a fallu lattentat terroriste du 11 décembre 2018. Un voyou radicalisé, Chérif Chekatt, 29 ans, ouvre le feu au marché de Noël de Strasbourg. Bilan : 5 morts, 11 blessés. Au terme dune traque de 48 heures, il est abattu par la police, ses proches identifiés et interrogés. Cette fois, ce sont les policiers de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) qui ont été les plus rapides : en partant de Paris, ils avaient déjà en main, racontent-ils, la cartographie des relations de Chekatt, et leurs coordonnées. Ils avaient passés leurs fichiers au crible de la plateforme Bee4sense quils testaient. Quelques semaines plus tard, l’équipe de la start-up était conviée à faire une démonstration dans les locaux de la DGSI, à Levallois-Perret, en banlieue parisienne.

Le 1er janvier suivant, le Service de technologie des systèmes d’information de la sécurité intérieure (le STSI2), l’informaticien des forces de Sécurité Intérieures, a intégré la plateforme en vue « d’accélérer et d’optimiser les recherches multicritères des policiers et des gendarmes dans les fichiers judiciaires ». Et la DGSI a intégré la start-up à son nouveau programme top secret baptisé OTDH pour « Outil de traitement de des données hétérodoxes », qui permettra de traiter des données issues de capteurs différents ; bref le futur pendant national de la solution Palantir ! Oppscience, société française au capital de laquelle on trouve des fonds belges et marocains, travaille actuellement cet aspect pour se donner toutes les chances de percer le marché public français. Ce sont, rappelle son dirigeant à juste titre, les commandes publiques qui ont permis à Palantir d’atteindre la taille critique et d’investir massivement. Forte d’une trentaine de collaborateurs, de deux centres de recherche et de développement (l’un à Paris, l’autre à Caen), la start-up née de la fusion des pépites technologiques Polyspot et Noopsis voit son activité décupler depuis la crise sanitaire. « Dans le public comme dans le privé, on s’est brutalement interrogé sur la souveraineté des outils de traitement des données », confirme Guillaume Bréjaud, dont la société a pour clients de grands noms du CAC 40.

12/11/2020 - Toute reproduction interdite


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